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Des syndicats de fonctionnaires reprochent à Québec l'usage excessif de pesticides et d'antibiotiques

Au Québec, des animaux qui ne sont pas malades reçoivent des antibiotiques et des champs qui ne sont pas menacés reçoivent des pesticides.

Au Québec, des animaux qui ne sont pas malades reçoivent des antibiotiques et des champs qui ne sont pas menacés reçoivent des pesticides.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le Syndicat des professionnels du gouvernement et le Syndicat de la fonction publique et parapublique accusent Québec d'être responsable de la crise qui secoue le milieu de l'agriculture. Les syndicats dénoncent la perte d'expertise dans la fonction publique au profit du privé, responsable, selon eux, de l'utilisation abusive de pesticides dans les champs et d'antibiotiques dans les élevages.

Un texte de Thomas Gerbet (Nouvelle fenêtre)

« Il y a péril en la demeure et il est temps que le gouvernement donne un coup de barre, dit le président du Syndicat des professionnels (SPGQ), Richard Perron. C'est une question de santé publique. »

Le SPGQ demande à Québec d'embaucher à nouveau des experts en agronomie pour fournir un accompagnement indépendant aux agriculteurs, « pour faire en sorte qu'on ne consomme pas trop de pesticides et d'antibiotiques [pour animaux] ».

Le président du SPGQ, Richard Perron

Le président du SPGQ, Richard Perron

Photo : Radio-Canada

À la fin des années 1970, presque tous les agronomes étaient fonctionnaires du gouvernement du Québec. Aujourd'hui, ils représentent moins de 10 % des effectifs.

Parmi les agronomes qui conseillent les agriculteurs sur l'usage des pesticides, la majorité travaille pour des compagnies qui produisent les pesticides, comme le révélait Radio-Canada en 2017. Or, des quantités records de pesticides ont été vendues au Québec au cours des dernières années.

« Si on n'a pas assez d'agronomes pour aller sur le terrain conseiller nos agriculteurs, à qui profite le crime? Évidemment aux compagnies qui vendent de façon surabondante ces pesticides et ces antibiotiques. »

— Une citation de  Richard Perron, président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec

Le SPGQ remarque que plusieurs agronomes préfèrent travailler pour des compagnies privées où ils sont mieux payés et où ils bénéficient du remboursement de leurs cotisations professionnelles. Le syndicat fait un parallèle avec la perte d'expertise du ministère des Transports. Il y a 25 ans, il y avait 275 agronomes employés par le ministère de l'Agriculture. Aujourd'hui, il n'y en a plus que 163.

Le ministère de l'Agriculture du Québec (MAPAQ) reconnaît la volonté de diminuer les effectifs dans la fonction publique, et ce par différents gouvernements successifs depuis plusieurs décennies.

Le MAPAQ rappelle qu'en parallèle, il contribue financièrement aux clubs-conseils en agroenvironnement et aux réseaux Agriconseils. « En 2017, on dénombrait près de 700 agronomes inscrits auprès des réseaux Agriconseils et aptes à offrir des services-conseils subventionnés aux entreprises agricoles », écrit dans un courriel la porte-parole du ministère Mélissa Lapointe.

Appel pour un réinvestissement dans la recherche indépendante

De son côté, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) dénonce les conditions de travail de certains chercheurs du secteur public. « Ils commencent à en avoir par-dessus la tête de la façon avec laquelle ils sont traités », affirme le président pour la région Montréal-Laval-Montérégie, Jean-François Sylvestre.

Le SFPQ ne digère pas la situation réservée à ses membres employés du Centre de recherche sur les grains, le CÉROM. Radio-Canada et Le Devoir révélaient, la semaine dernière, l'influence et l'ingérence du secteur privé dans l'administration de ce centre de recherche financé majoritairement par le gouvernement du Québec.

Une étude faite au CÉROM avait démontré l'inutilité des néonicotinoïdes, qu'on surnomme les pesticides « tueurs d'abeilles », mais la recherche avait été remise en cause par la direction et par des membres du conseil d'administration.

Plusieurs chercheurs syndiqués ont démissionné pour dénoncer le manque d'indépendance.

« C'est comme si on leur disait : c'est super bien tes recherches, mais ce que tu as trouvé, ce n'est pas nécessairement ce qu'on voulait. »

— Une citation de  Jean-François Sylvestre, président local du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec

Une étude toujours pas publiée par le MAPAQ

Malgré sa promesse de le faire, le 1er mars, le ministère de l'Agriculture du Québec n'a toujours pas publié sur son site web les résultats d'une étude du CÉROM, en sa possession depuis plus d'un an.

Cette étude, menée sur des champs dans tout le Québec, démontre que les gains de rendement pour les producteurs de maïs qui utilisent des néonicotinoïdes sont seulement de 0,5 % et même nuls pour les producteurs de soya. Il serait donc inutile d'utiliser ces pesticides sur 99 % des champs de maïs et sur la moitié des champs de soya québécois, comme c'est le cas actuellement.

Mardi, la CAQ a demandé un mandat d'initiative en commission parlementaire afin que des députés puissent se pencher sur l'indépendance des agronomes ainsi que sur leurs liens avec des entreprises qui commercialisent des pesticides.

Le ministre de l'Agriculture Laurent Lessard a, de con côté, annoncé qu'il rencontrera l'Ordre des agronomes du Québec, vendredi, pour parler de leur indépendance et des risques de conflits d'intérêts.

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