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Jérémie Lecompte dessine pour surmonter sa phobie sociale

Un homme, qui porte des lunettes, est assis devant un ordinateur.  Il parle à un journaliste qu'on ne voit pas dans l'image.

Pour l'illustrateur autodidacte Jérémie Lecompte, dessiner s'avère une façon d'exprimer qui il est malgré ses difficultés à entrer en communication avec les gens.

Photo : Radio-Canada / Raphael Tremblay

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le Gatinois Jérémie Lecompte signe les illustrations du livre pour enfants L'aventure de monsieur Ouaniche publié aux Éditions L'interligne. Un point d'honneur pour l'artiste de 27 ans souffrant d'une phobie sociale qui l'empêche souvent d'aller à la rencontre des autres. Son art lui permet de réaliser un rêve et de reprendre confiance en soi.

Un texte de Kevin Sweet

Jérémie Lecompte a installé l’ordinateur qu’il utilise pour faire ses illustrations dans la chambre à coucher de l'appartement où il habite dans le secteur de Hull. La toute petite pièce ne contient qu’un lit simple, une commode et son poste de travail, où il passe parfois jusqu'à 16 heures à dessiner.

Un homme qui porte des écouteurs est assis devant un ordinateur.  Il contemple un dessin qu'il vient de faire. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'illustrateur gatinois Jérémie Lecompte se sert de son art pour surmonter des troubles mentaux.

Photo : Radio-Canada / Kevin Sweet

« Ça dépend des jours. Des fois, je travaille de jour. Des fois, c’est de nuit. Ça dépend comment je me sens », confie l’illustrateur.

« Ça m’aide à penser à autre chose », poursuit-il.

Ces jours-ci, Jérémie Lecompte saisit toutes les occasions qui se présentent à lui pour se divertir et se changer les idées. Il est souvent préoccupé par le manque de confiance, la peur et l’anxiété qui accompagnent la phobie sociale avec laquelle il doit composer. Une phobie parfois trahie par l'incapacité, pour celui qui en souffre, de regarder son interlocuteur dans les yeux, et qui fait en sorte que Jérémie Lecompte détourne souvent le regard.

La vie avant...

Un homme portant des lunettes et une veste brune regarde un album contenant diverses illustrations.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'illustrateur gatinois aspire à exposer ses oeuvres, un jour.

Photo : Radio-Canada

« J’essaie de passer à travers », mentionne-t-il d’une voix timide qui le fait par moments paraître plus jeune que ses 27 ans.

« C’est comme une peur intense. Une méfiance. Tu te sens crispé, t’es tout le temps sur tes gardes. T’étouffes un peu aussi. C’est très difficile à vivre. »

— Une citation de  Jérémie Lecompte, illustrateur

Jérémie Lecompte vit depuis toujours du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), mais les choses ont vraiment basculé en 2015, lorsqu’il a commencé à faire des hallucinations à la suite d’une psychose.

Cet épisode a particulièrement miné sa confiance en soi. C’est d'ailleurs à ce moment que sa phobie sociale a commencé à se manifester.

« Ma confiance en moi en a mangé un coup. Quand j’étais à l’hôpital et qu’on m’a dit ce que je voyais n’existait pas, j’ai commencé à douter de moi-même. »

— Une citation de  Jérémie Lecompte

La thérapie par le dessin

Portrait d'une femme aux courtes mèches de cheveux rose et bleus, tenant une bouteille à la main. En arrière-plan, on voit de la vaisselle sur un comptoir et un quartier de lune à travers la fenêtre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chacune des oeuvres de Jérémie Lecompte est créée sur ordinateur.

Photo : Radio-Canada

Jérémie Lecompte, qui a également des problèmes d’apprentissage depuis qu’il est tout petit à cause de son TDAH, dessinait tout le temps dans ses cahiers pendant les cours de mathématiques et de français.

« Je ne peux pas apprendre les choses par coeur si ça ne m’intéresse pas. Il faut que ça me passionne. Comme le dessin. Je connais toutes les techniques quasiment », explique-t-il.

Le Gatinois a fait des études en graphisme à l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Cela ne l'empêche pas de se décrire plutôt comme un autodidacte. Il a appris et peaufiné son art en étudiant le travail d’autres créateurs sur des sites tel Pinterest.

« Ça me permet de créer mon propre univers et de m’entourer de choses que j’aime. Le dessin, ça permet d’exprimer mon intelligence. C’est une façon pour moi de montrer ce dont je suis capable. »

— Une citation de  Jérémie Lecompte

La belle aventure de monsieur Ouaniche

Page couverture du livre « L'aventure de monseur Ouaniche » où l'on voit l'illustration d'un crapaud qui porte un manteau.  Il est au centre de ce qui ressemble à une plante.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Page couverture du livre « L'aventure de monsieur Ouaniche »

Photo : Courtoisie - Les Éditions l'Interligne

Le rêve de Jérémie Lecompte était d’illustrer un livre pour enfants. Une intervenante de la Maison Réalité, organisme qui accompagne ceux et celles qui souffrent de troubles mentaux, l’a donc recommandé comme illustrateur pour donner vie en images au texte de Cécile Beaulieu Brousseau dans L’aventure de monsieur Ouaniche.

Sur un écran d'ordinateur, des animaux sont crayonnés dans le décor à peine esquissé d'une double page d'un album jeunesse.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'illustrateur fait des esquisses avant d'ajouter les couleurs à ses images.

Photo : Radio-Canada

Il a consacré 12 heures de travail à chacune des 35 pages du titre. Il est même parvenu à surmonter sa phobie en se rendant au Salon du livre de l'Outaouais, la semaine dernière, pour présenter l'album au public.

« C'était pas pire. J'étais avec une personne que je connaissais. J'étais avec l'auteure du livre. Donc, je lui parlais et je ne portais pas trop attention à la foule », raconte-t-il.

Son premier rêve maintenant concrétisé, Jérémie Lecompte souhaite devenir un grand artiste visuel.

« Je veux être un artiste comme les grands peintres dans les beaux-arts. Je veux pouvoir un jour exposer dans un musée », conclut-il avec une confiance renouvelée.

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