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Le début de l'après-Castro à Cuba

Les électeurs cubains font la file devant le bureau de scrutin le 11 mars 2018, à Santa Clara. Photo: Reuters / Stringer
Radio-Canada

L'élection d'un successeur à Raoul Castro et d'un nouveau Conseil d'État à Cuba, le mois prochain, marquera le passage au pouvoir d'une nouvelle génération d'élus qui n'ont pas connu la révolution et qui feront, pour la première fois en près de 60 ans, sans les frères Castro.

Un texte de Jean-Michel Leprince

Le processus électoral cubain est très particulier. Il est décrit par les affiches de propagande comme une « authentique démonstration de démocratie ». Ce qu’on peut en dire, c’est qu’il est compliqué et qu’il commence par la base : par des élections municipales. Celles-ci ont eu lieu en novembre 2017. Plusieurs candidats se sont présentés pour chaque poste.

Même s’il n’y a pas de campagnes électorales – un tabou à Cuba – les électeurs ont un choix et, en général, ils connaissent personnellement les candidats même si leur prestation se limite à une photo et à une courte biographie.

Une vieille dame regarde une des feuilles collées dans une vitre sur laquelle on voit une photo et des phrases. La dame a le doigt de sa main droite appuyée sur la vitre, devant une des feuilles. Une dame regarde la photo et la courte biographie d'un candidat aux élections municipales à Cuba. Photo : Reuters

Ensuite, 168 assemblées municipales ont choisi, le 21 janvier 2018, les candidats à l’Assemblée nationale parmi le bassin de plus de 12 000 conseillers municipaux. Ces derniers ont été élus en novembre 2017. Les noms sont proposés par différents syndicats et organisations civiques : étudiants, Fédération des femmes cubaines, Union des écrivains, Centrale des travailleurs cubains, Syndicat de la culture, etc.

Les assemblées municipales ont choisi parmi toutes les propositions 605 personnes, qui deviennent « précandidats ». Ces derniers se sont présentés à l’élection le 11 mars 2018. Là, il n’y a pas de choix. Il y a un seul candidat par circonscription. On vote pour lui ou on ne vote pas.

La seule exigence pour les candidats : aller se faire connaître dans la région qu’ils vont représenter à l’Assemblée nationale, surtout s’ils n’en sont pas originaires. Une bonne moitié des députés doivent quand même être originaires de la région qu’ils représentent.

Deux gros établissement, dont un qui a une impressionnante coupole, sont photographiés de loin, le jour. Le Capitole à La Havane et le Grand théâtre de La Havane Alicia Alonso, qui sont photographiés d'un toit à Cuba Photo : Reuters / Stringer

Ces 605 députés, élus dimanche, ont un bon mois jusqu’au jour J, le 19 avril, pour dresser une liste de 31 noms pour le futur Conseil d’État qu’ils éliront. On suppose qu’il y aura des négociations, des tractations, mais elles resteront secrètes.

Ces 31 personnes seront toutes des députés et, parmi elles, l’Assemblée choisira le président, successeur de Raul Castro, un premier vice-président et cinq vice-présidents. Les membres du Conseil d’État choisiront ensuite parmi eux les ministres qui formeront le prochain gouvernement.

Cette « élection » devrait faire partir les derniers « révolutionnaires » encore en poste au Conseil d’État, où le « rajeunissement », déjà bien commencé, sera complété. Aucun de ses membres ne devrait avoir connu la révolution.

Un homme aux cheveux gris est entouré par plusieurs personnes qui tentent de le prendre en photo avec leur cellulaire. Il porte une chemise pâle et sourit aux caméras. Il semble aveuglé par le soleil, puisqu'il a les yeux plissés. Le premier vice-président, Miguel Diaz Canel est pris en photo par plusieurs personnes après avoir été voter le 11 mars 2018, à Santa Clara. Photo : Reuters

Le premier vice-président, Miguel Díaz-Canel, est quant à lui pressenti pour succéder à Raul Castro.

Qui est Miguel Díaz-Canel?

Cet homme politique occupe le poste de premier vice-président des Conseils d'État et des ministres depuis février 2013. Il fait aussi partie du bureau politique du Parti communiste de Cuba depuis 2003. Par le passé, Díaz-Canel s'est également trouvé à la tête des branches provinciales du Parti communiste cubain dans les provinces de Villa Clara et de Holguín.

Détenteur d'un diplôme en ingénierie électronique, il a enseigné cette discipline à l'Université de Las Villas. En 2009, il a été nommé ministre de l'Enseignement supérieur. Plus tard, en mars 2012, il est devenu l'un des vice-présidents du Conseil d'État, chargé des questions d'éducation.

Le 24 février 2013, à la suite d'élections législatives, il a été nommé premier vice-président du Conseil en remplacement de José Ramón Machado Ventura, et est donc devenu le numéro deux du gouvernement dirigé par Raul Castro.

Et l'opposition dans tout ça?

Le Parti communiste cubain n’intervient pas dans le processus électoral. Il n’en a pas besoin. Il reste parti unique à Cuba, principe réaffirmé par Raul Castro, premier secrétaire du Parti, lors de son dernier congrès, le 7e, en avril 2016.

Nous proposons de ratifier la nature irrévocable du système politique et social appuyé par la Constitution actuelle, qui comprend le rôle dirigeant du Parti communiste cubain dans notre société.

Raul Castro, le 17 avril 2016
Un vieil homme portant des habits de l'armée et des lunettes ovales est photographié devant des jeunes filles qui le saluent.Le président cubain Raul Castro a été voter. Photo : AFP

Aux élections municipales, des groupes d’opposants comme « Otro 18 » ou « Candidats pour le changement » ont tenté de se faufiler parmi les candidats. Contrairement à 2015, où l’un d’entre eux avait réussi à se faire élire, tous ont été repérés et rejetés par « le système ».

Donc, selon le Parti communiste cubain, il n’y a pas de place pour une opposition.

Pourtant, de plus en plus de Cubains osent discrètement dire que le système politique doit changer, devenir plus ouvert à d’autres opinions, à d’autres idées. Des groupes se sont formés ces dernières années pour débattre sur les sujets de la démocratie et du système électoral.

Nous devons être plus transparents. Nous devons accepter la possibilité d'avoir différentes opinions. Il faut créer la mentalité qui fera que les décisions politiques doivent être le résultat d'une discussion, une délibération profonde, ample, des problèmes, parce que je pense qu'un des problèmes du gouvernement cubain, c'est qu'il y a beaucoup d'opacité. Il n'y a pas beaucoup de transparence.

Carlos Alzugaray, ex-ambassadeur et universitaire cubain

Mais ces idées n’ont pas encore pénétré le système. S’il y a débat, il se fait à l’interne et dans les milieux intellectuels. Carlos Alzugaray en est témoin.

« Il y a eu une campagne par des gens très proches du gouvernement contre les centristes pendant l'été. Je suis un centriste. Pour eux, vous devez accepter totalement la ligne. Si la ligne change, tout change avec la ligne. Si vous ne faites pas ce qu’ils veulent, vous êtes un ennemi de la révolution. Ça, c'est introduire une division terrible », dit-il.

Nouveaux élus, nouvelle politique?

Carlos Alzugaray est convaincu que les « idéologues de la gauche dure » n’ont pas gagné la partie. De là à ce que des réformistes puissent s’imposer à l’intérieur de l’Assemblée nationale, du Conseil d’État, du prochain gouvernement, c’est peut-être aller un peu loin, un peu vite. Raul Castro a toujours eu la réputation d’être un pragmatique : « libéral » sur le plan économique, partisan de réformes qu’il aurait voulu plus rapides et radicales, dit-on, mais tout à fait orthodoxe sur le plan politique.

Il faut donc s’attendre du pouvoir de la nouvelle génération à Cuba à beaucoup de continuité et à quelques changements, surtout sur le plan économique.

Son grand défi : unifier les deux monnaies, soit le peso cubain (CUP) et le peso convertible (CUC), et surtout hausser le salaire des employés de l’État qui constituent encore 70 % de la main d’œuvre. Il y a 500 000 petits entrepreneurs ou coopératives, dont la pertinence a été reconnue par le dernier congrès du Parti communiste cubain.

Les nouveaux dirigeants devront s’attaquer aussi à un projet de nouvelle constitution qui devrait être débattu par les Cubains et ratifié par un référendum. Quand? Aucune échéance n'a été mentionnée.

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