•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Londres accuse Moscou d'avoir trempé dans la tentative d'assassinat d'un ex-espion russe

Plan rapproché de Mme May, qui porte un grand chapeau asymétrique.

Theresa May, peu avant de s'adresser aux parlementaires britanniques, lundi.

Photo : Getty Images / Jack Taylor

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La première ministre britannique, Theresa May, juge « très probable que la Russie soit responsable » de la tentative d'assassinat au gaz innervant dont ont été victimes l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Youlia, le 4 mars, à Salisbury. La Russie a rejeté cette accusation, disant y voir une « provocation ».

Dans une déclaration faite devant le Parlement, Mme May a fait valoir que les deux victimes avaient été empoisonnées par une substance toxique de type militaire mise au point par la Russie. Deux explications sont donc possibles, conclut la première ministre : soit la Russie est responsable, soit elle a permis que la substance en question se retrouve entre les mains des assassins.

La chef du gouvernement britannique a sommé Moscou de s'expliquer d'ici mardi, en fin de journée, auprès de l'Organisation pour la prohibition des armes chimiques.

Elle a par ailleurs assuré que son pays était prêt à prendre des mesures de rétorsion à l'endroit de la Russie.

En l'absence de réponse crédible, nous en conclurons que cette action constitue un usage illégal de la force par l'État russe contre le Royaume-Uni. Et je reviendrai alors devant la Chambre et présenterai l'éventail des mesures que nous prendrons en représailles.

Une citation de : Theresa May, première ministre du Royaume-Uni

Mme May a rappelé que l'empoisonnement s'inscrivait « dans un contexte bien établi d'agressions menées par l'État russe ». Elle a donné en exemples « l'annexion illégale de la Crimée », les violations « répétées » de l'espace aérien de plusieurs pays européens, des campagnes de cyberespionnage, ainsi que « l'attaque barbare » contre Alexandre Litvinenko, ancien agent secret russe empoisonné au polonium 210 et mort à Londres en 2006.

C'est la première fois que Mme May vise la Russie de cette manière, bien que son ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, ait montré Moscou du doigt la semaine dernière.

Moscou proteste

La Russie a qualifié ces propos de « campagne politique fondée sur la provocation ».

C'est un numéro de cirque devant le Parlement britannique.

Une citation de : Maria Zakharova , porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères

Le gouvernement britannique joue à « un jeu très dangereux », qui fait « dévier l'enquête vers une piste politique inutile, et porte le risque de graves conséquences à long terme pour [les] relations » entre les deux pays, a déploré l'ambassade russe à Londres.

Le Kremlin avait affirmé plus tôt dans la journée que l'empoisonnement de Skripal ne concernait pas les autorités russes.

« Le ressortissant russe que vous mentionnez travaillait pour les services de renseignement britanniques. L'incident s'est déroulé au Royaume-Uni. Cela ne concerne pas le gouvernement russe », avait dit Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine, avant l'intervention de Theresa May.

Le président Poutine avait pour sa part conseillé à Londres d'attendre les résultats de l'enquête avant de tirer des conclusions. Interrogé par la BBC sur une éventuelle responsabilité de la Russie dans cette affaire, M. Poutine avait répondu, selon les agences de presse russes : « Tirez les choses au clair de votre côté et, après, nous en parlerons avec vous. »

Le général des services de sécurité russes, Vladimir Dzhabarov, estimait quant à lui que l'empoisonnement de Skripal pourrait avoir été commis par le Royaume-Uni ou un pays tiers dans le but de « blâmer et noircir la Russie ».

« Une honte », dit Washington

La Maison-Blanche a par ailleurs exprimé lundi son indignation au sujet de l'empoisonnement « irresponsable » de Sergueï Skripal, affirmant sa solidarité avec Londres.

« L'utilisation d'un agent innervant mortel contre un citoyen britannique sur le sol britannique est une honte », a déclaré Sarah Sanders, porte-parole de Donald Trump.

« Nous sommes au côté de notre allié et nous le soutenons pleinement », a poursuivi Mme Sanders.

Toutefois, il n'était pas question pour elle de se prononcer sur l'éventuelle responsabilité de Moscou dans cette affaire.

De son côté, l'OTAN estime que l'empoisonnement de l'ex-espion russe Sergueï Skripal constitue un « incident très préoccupant », a affirmé lundi le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg.

« Le Royaume-Uni est un allié très précieux et cet incident est très préoccupant pour l'OTAN », déclare dans un communiqué M. Stoltenberg, selon qui l'organisation militaire atlantique est « en contact avec les autorités britanniques sur le sujet ».

En 2006, l'ancien agent russe, Sergueï Skripal, était  derrière les barreaux. Il attendait son procès.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sergueï Skripal, ancien agent russe, lors de son procès à Moscou en 2006.

Photo : Reuters / Reuters TV

Aux soins intensifs

Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, 33 ans, ont été retrouvés inconscients sur un banc public de Salisbury en fin d'après-midi le 4 mars. Ils avaient préalablement mangé ensemble dans un restaurant italien de l'enseigne Zizzi et pris un verre au pub The Mill, situés tout près.

Ils se trouvent aujourd'hui dans l'unité de soins intensifs d'un hôpital britannique dans un état « critique mais stable »; un policier de Salisbury, qui a aussi été victime de l'agent innervant après être intervenu auprès d'eux, est quant à lui « conscient », bien que son état soit considéré comme « grave mais stable ».

Ancien colonel des services de renseignement de l'armée russe, le GRU, Sergueï Skripal avait été accusé de « haute trahison » pour avoir vendu à partir de 1995 des informations aux renseignements britanniques. Au cours de son procès, il a admis avoir révélé l’identité de plusieurs dizaines d’agents secrets russes opérant en Europe, en échange de 100 000 $.

Un policier britannique, debout devant la scène de crime, qui a été scellée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un policier britannique monte la garde devant la scène de crime, un banc public situé devant un centre commercial de Salisbury. Le banc est protégé par une tente.

Photo : Reuters / Toby Melville

M. Skripal a été condamné en 2006 à 13 ans de prison, mais il n'a pas eu à purger toute sa peine; en 2010, il a été libéré lors d'un échange de prisonniers organisé entre Moscou d'une part, et Londres et Washington d'autre part. Il s'était installé en Angleterre dans la foulée.

La ministre britannique de l'Intérieur, Amber Rudd, a révélé samedi que plus de 250 policiers de l'unité antiterroriste britannique étaient à pied d'oeuvre dans cette affaire. Plus de 240 témoins ont été identifiés et environ 200 éléments de preuve ont été recueillis, dont une « énorme quantité » d'images de vidéosurveillance.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !