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Hydro-Québec changée par la pièce J’aime Hydro?

Le comédien prend la comédienne par les bras

Christine Beaulieu et Mathieu Gosselin dans une scène de « J'aime Hydro »

Photo : Les productions Porte-Parole

Radio-Canada

Le succès populaire de la pièce J'aime Hydro a-t-il inspiré la société d'État à modifier ses pratiques?

Un texte de Cécile Gladel

Il est difficile pour l’idéatrice de la pièce et la directrice artistique des productions Porte Parole, Annabel Soutar, de répondre à cette question. Celle qui a demandé à Christine Beaulieu d'enquêter sur la relation amour-haine qu'entretiennent les Québécois avec la société d’État et l'hydroélectricité avoue qu’il est impossible d’en mesurer les conséquences réelles.

Mais c’est une question qui doit être posée. Beaucoup de gens sont venus voir la pièce, je serais étonnée qu’il n’y ait eu aucun impact. Ça a soulevé une conversation essentielle sur l’état actuel et le futur d’Hydro-Québec.

Annabel Soutar

D’ailleurs, le contact avec Hydro-Québec a commencé avant même que la pièce ne soit montée. Contrairement à l’équipe du film Chercher le courant avec Roy Dupuis, Christine Beaulieu a rencontré plusieurs personnes de la société d’État, des employés au vice-président, en passant par des ingénieurs et des relationnistes, et même le président-directeur général Éric Martel.

Cette ouverture a surpris Annabel Soutar. « On n’avait aucun accès, car c’était très fermé. Les gens contrôlaient beaucoup la communication et n’étaient pas motivés à être en contact avec d'autres qui critiquaient leur façon de faire. »

Portrait d'Annabel Soutar

Annabel Soutar

Photo : Les productions Porte-Parole/Vivian Doan

L’artiste soutient qu’il y a eu deux éléments qui ont joué en leur faveur et facilité le lien : le moment opportun et la personnalité de Christine Beaulieu.

Tout d’abord, la création de la pièce est arrivée au bon moment. Christine Beaulieu et Annabel Soutar avaient déjà eu une première rencontre avec deux relationnistes d’Hydro-Québec en avril 2015. Puis le nouveau président-directeur général, Éric Martel, est entré en fonction en juillet 2015 avec la volonté de changer la culture de l'entreprise.

Éric Martel est arrivé en disant qu’il voulait plus de transparence et être en conversation avec les citoyens. Et justement, on était en train de créer la pièce. D’ailleurs, j’ai su qu’il avait été choisi parce que cette stratégie était dans ses plans.

Annabel Soutar

L’un des relationnistes de la première rencontre, Marc-Antoine Pouliot, confirme que le changement de dirigeant a accéléré la collaboration avec les artistes. Pour lui, c’est la nouvelle administration qui changé Hydro-Québec, pas la pièce.

« Ç’a été beaucoup plus facile quand Thierry Vandal est parti; l’arrivée d’Éric Martel a donné une orientation de transparence. [...] Sans dire que c’est la pièce qui a changé Hydro, notre participation aux différentes étapes témoigne d’un changement de culture important dans notre organisation », reconnaît Marc-Antoine Pouliot.

Le PDG d'Hydro-Québec, Éric Martel

Le président-directeur général d'Hydro-Québec, Éric Martel

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Même si Hydro-Québec n’est pas d’accord avec l’ensemble de la pièce, le porte-parole de la société d'État souligne que la participation de celle-ci est venue confirmer son nouvel engagement : « Ça a été un test, et la manière dont la haute direction a répondu illustre notre virage transparence. »

Il confirme que beaucoup de ses collègues ainsi que de nombreux membres de la haute direction ont vu la pièce. « Elle invite à la réflexion. Individuellement, ça a eu un impact », ajoute-t-il.

La personnalité de Christine Beaulieu

Le deuxième élément qui a permis d’ouvrir les portes d’Hydro-Québec est l’esprit de Christine Beaulieu. « Elle est charmante, vulnérable, ouverte d’esprit, curieuse et elle fait tomber les murs. Elle ne juge pas. La conversation ne s’ouvre pas si on attaque et on juge », soutient Annabel Soutar.

Elle ajoute que lorsque la comédienne a commencé son enquête, on ne connaissait pas vraiment le théâtre documentaire et qu’il était plus facile d’être ouvert à son questionnement que de parler à des journalistes.

Elle porte une robe noire à motifs.

La comédienne Christine Beaulieu

Photo : Radio-Canada / Julie Mainville

D’ailleurs, Marc-André Pouliot raconte que lors de la première rencontre au printemps 2015, il avait commencé par présenter, avec sa collègue, un document PowerPoint aux deux artistes.

On s’est vite rendu compte que ce n’était pas du tout ce qu’elles voulaient. À l’époque, c’était plus difficile de collaborer. On avait une certaine fermeture, encore plus pour un projet qui nous sortait totalement de notre zone de confort. On est plus habitués à répondre à des journalistes en économie.

Marc-André Pouliot

Les déceptions d’Annabel Soutar

Malgré sa grande satisfaction devant le succès populaire de la pièce, Annabel Soutar garde quelques déceptions.

« Quand Christine demande à Éric Martel si on doit continuer de construire des barrages, il est ouvert, mais on sent qu’il y a toujours un déni, dit-elle. Je suis déçue qu’on ne soit pas plus innovateurs au Québec. Comme citoyenne, je veux qu’on réalise la transformation liée aux changements climatiques. »

Cependant, Annabel Soutar constate que sa déception se situe plus sur le plan de la réponse politique aux questionnements de la comédienne : « Hydro-Québec reste une entité politique et on n’a pas eu des réponses très engagées du ministre Pierre Arcand. »

La comédienne regarde une image de René Lévesque qui apparaît sur un écran

Christine Beaulieu dans la pièce « J'aime Hydro »

Photo : Sylvie-Ann Paré

Elle donne l’exemple de la transformation de Gaz Métro, qui a pris des risques et a changé de nom pour devenir Énergir. « Est-ce qu’Hydro va être capable de faire ça? » se questionne-t-elle.

Marc-André Pouliot répond qu’Hydro-Québec prend actuellement un virage technologique. « Batteries, panneaux solaires, maisons intelligentes, outils pour réduire la consommation, thermostats électroniques sont plusieurs exemples de ce que l’on fait. »

Il ajoute que l’annonce récente d’un microréseau électrique à Lac-Mégantic et les maisons expérimentales à Shawinigan sont d’autres exemples du virage amorcé.

Des satisfactions?

La pièce J'aime Hydro

La pièce J'aime Hydro

Photo : Pierre Antoine Lafon Simard

La réponse du public, pas seulement en matière de vente de billets, a réjoui son idéatrice. « La connexion entre la pièce et le public est tellement dynamique et sincère. On a répondu à une soif des citoyens qui sont totalement capables de comprendre des enjeux complexes. »

Cette pièce, qui a hissé les productions Porte Parole et Champ gauche parmi les finalistes du Grand Prix du Conseil des arts de Montréal, a montré le rôle social que peut jouer le théâtre. « Ça me donne du sens, ça me touche au coeur », conclut Annabel Soutar.


Après une tournée à travers la province, J'aime Hydro sera de retour à Montréal du 17 au 20 avril 2019 au Théâtre Maisonneuve.

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