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Charles Aznavour : 70 ans de carrière discographique

Charles Aznavour semble songeur, assis dans des escaliers, en 1965.

Charles Aznavour, en 1965

Photo : Getty Images / Archives/Reg Lancaster

Philippe Rezzonico

Le légendaire Charles Aznavour, âgé de plus de 90 ans, a plus de 80 années de carrière derrière lui, mais c'est en 2018 que l'on célèbre ses 70 ans de carrière discographique.

Comédien et danseur amateur au théâtre dès l’enfance et l’adolescence durant les années 1930, c’est après sa rencontre avec Pierre Roche au début des années 1940 qu’Aznavour se met professionnellement à l’écriture. Et c’est Jacques Canetti, le 28 avril 1948, qui grave dans la cire les premiers enregistrements du duo.

Histoire de souligner l’apport de ce corpus discographique d’une durée comparable à nul autre dans l’histoire de la francophonie, on retrace et commente ici le parcours de la discographie française d’Aznavour – et de quelques titres en anglais – en excluant les compilations, les disques de spectacles et les albums dans d’autres langues, sinon, on ne finirait plus.

Charles Aznavour tient la plaque honorifique qu'il a reçue au Hollywood Pantages à Hollywood le 27 octobre 2016Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles Aznavour tient la plaque honorifique qu'il a reçue au Hollywood Pantages à Hollywood le 27 octobre 2016

Photo : Getty Images / JONATHAN ALCORN

Notez que certaines chansons ont parfois été interprétées sur scène avant d’être immortalisées. Les dates sont celles des parutions officielles des répertoires Polydor, London, Ducretet-Thompson, Barclay, Columbia, Tréma et EMI dans différents formats (78 tours, 45 tours, 45 tours EP, 33 tours 25 et 30 cm et CD).


1948 : Enregistrement à Paris et parution du premier 78 tours Polydor (560071) de Roche et Aznavour : J’ai bu/C’est le printemps. J’ai bu avait été gravée l’année précédente par Georges Ulmer. Le second 78 tours, qui comprend Le feutré taupé, et Départ express (Quality/Polydor 004) sera le premier disque d’Aznavour pressé au Canada.

1950 : Installés au Québec depuis la fin de 1948, Rocher et Aznavour enregistrent à Montréal quatre chansons qui feront l’objet de deux 78 tours sous l’étiquette London. En revenant de Québec, à saveur locale, et Il pleut, qu’Aznavour avait offert à Édith Piaf dès 1947, en sont les chansons phares.

Édith Piaf pose avec Michel Emer (à gauche) et Eddie Constantine et Charles Aznavour (à droite)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Édith Piaf pose avec Michel Emer (à gauche) et Eddie Constantine et Charles Aznavour (à droite)

Photo : AFP / AFP

1952 : De retour en France en solo et mis sous contrat par Ducretet-Thompson-Seller, Aznavour enregistre sur 78 tours Plus beau que tes yeux, gravée par Piaf l’année précédente. Il la reprendra en duo virtuel avec la disparue 45 ans plus tard, pour l’album Plus bleu…, en 1997.

1954 : La compagnie de disques (Ducretet-Thompson) réduit son appellation, mais Aznavour met les bouchées doubles : six 78 tours, deux 45 tours et deux 33 tours 25 cm voient le jour. Chansons phares : Viens pleurer au creux de mon épaule, qui révèle le chanteur au grand public, et Parce que. Aznavour a interprété cette dernière lors de son passage au Centre Bell à Montréal en 2016, après l’avoir ignorée plus de 50 ans sur scène. Un pur bonheur.

1955 : Sur ma vie, la première grande chanson emblématique, voit le jour dans sa première version discographique en 78 tours et deviendra le premier numéro 1 du chanteur l’année suivante. C’est également l’année de naissance d’Après l’amour, qui sera victime de censure.

L'auteur-compositeur-interprète Charles Aznavour écrit ses chansons au piano.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles Aznavour au travail, en 1965

Photo : Getty Images / Reg Lancaster

1956 : Écrite des années plus tôt à Montréal, la première version du monument Sa jeunesse… entre ses mains est enregistrée en 1956. Elle sera ensuite rebaptisée Sa jeunesse.

1958 : C’est dit, Aznavour sera un artiste de stature internationale. Donc, parution du 33 tours 25 cm Believe in me!, qui comprend les versions en anglais de Sur ma vie (Believe in Me), À t’regarder (I Look at You) et Viens pleurer au creux de mon épaule (Cry upon My Shoulder).

1960 : Aznavour prend la plus importante décision professionnelle de sa carrière. Il quitte Ducretet-Thompson et va chez Barclay. La fiévreuse chanson d’ouverture du premier 25 cm (Les deux guitares) annonce la longue collaboration entre Aznavour et le pianiste et chef d’orchestre Paul Mauriat. C’est aussi la parution d’un autre standard de légende (Tu t'laisses aller).

Les deux artistes chantent en duo.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles Aznavour et Liza Minelli le 20 novembre 1987 à Paris

Photo : AFP/Getty Images / JOEL ROBINE

1961 : Clou du spectacle à l’Alhambra en décembre 1960, Je m’voyais déjà est le titre phare du 33 tours de 1961, et Il faut savoir paraît en format 45 tours. Avec son beau-frère Georges Garvarentz, Aznavour compose trois tubes (Retiens la nuit, Il faut saisir sa chance, Sam’di soir) pour un jeune chanteur nommé Johnny…

1962 : Trousse-chemise, L’amour c’est comme un jour, Esperanza et Les comédiens, première chanson à succès avec le parolier Jacques Plante, sont diffusées en 45 tours.

1963 : Année du premier 33 tours 30 cm d’Aznavour (le format actuel) et du dernier 33 tours 25 cm. Sur le premier, on trouve la bilingue For me… Formidable, la déchirante Qui?, l’ingénue Donne tes seize ans et la théâtrale Bon anniversaire. Sur le second, il y a la tragique La mamma (créé avec Robert Gall, le père de France), Je t’attends (la meilleure collaboration d’Aznavour avec Gilbert Bécaud), la jazzy Sylvie ainsi que la puissante Et pourtant, l’une des plus grandes chansons du duo Aznavour-Garvarentz. Notons aussi que l’historique concert au Carnegie Hall, le 30 mars à New York, jamais édité en album durant plus de 50 ans, a fait l’objet d’une gravure pour le coffret Aznavour Anthologie (60 CD, 2014). L’année 1963, la meilleure de toutes?

1964 : Peut-être pas… L’année suivante est celle du disque à la pochette grise, sans titre, avec un Aznavour dessiné sous la pluie. Les monuments Que c’est triste Venise, Le temps et Hier encore y figurent, tout comme À ma fille, Il suffisait que je t’aime, Avec et Quand j’en aurai assez. Le meilleur disque de la carrière d’Aznavour. C’est aussi l’année du film Cherchez l’idole, où Sylvie Vartan (La plus belle pour aller danser) et Johnny Hallyday (Bonne chance) sont bien servis par le grand Charles. Et 36 chansons des années 1950 (re)voient le jour, parées de nouveaux arrangements sur 3 disques 33 tours édités par Columbia.

1965 : Parution de Aznavour 65, l’un des albums les plus éclectiques qui soit. L'atmosphère brûlante de mise à mort dans Le Toréador, l’amour réconfortant dans la froidure de Je te réchaufferai - l’une des chansons préférées des Québécois - la théâtralité intime d’Isabelle et l’immense Reste, avec son crescendo imparable, en font foi.

1966 : Créée un an plus tôt pour l’opérette Monsieur Carnaval, La bohème – titre signature d’Aznavour composé avec Jacques Plante – est la chanson phare de l’album Barclay 80 296, qui est pratiquement autant le triomphe de Plante que d’Aznavour avec Sarah, Aime-moi, Ça vient sans qu’on y pense et Quelque chose ou quelqu’un, dotées d’orchestrations d’exception. La gigantesque Paris au mois d’août, qui ouvre la face B, est l’incontestable chef-d’œuvre du duo Aznavour/Garvarentz. Avec La bohème naît aussi la mise en scène du mouchoir, qu’il fait tournoyer avant de le laisser tomber.

Et moi dans mon coin, chanson de rupture cinématographique par excellence, et Les enfants de la guerre, sont les immortelles en ouverture des faces A et B de l’autre vinyle majeur de 1966 (De t’avoir aimée), qui multiplie les vignettes musicales arrache-cœur (la chanson-titre, Les bons moments, Je l’aimerai toujours). De grand, de très grand calibre.

1967 à 1969 : Les dernières années de la décennie comprennent leur lot de compilations dans plusieurs langues, un disque pour le cinéma (Caroline chérie) et des réenregistrements. Deux disques de matériel inédit – Entre deux rêves (1967) et Désormais… (1969) – immortaliseront les chansons Emmenez-moi et Désormais.

1971: Le disque Non, je n’ai rien oublié révèle l’une des chansons nostalgiques par excellence d’Aznavour, mais aussi la légendaire Mourir d’aimer, inspirée de l’histoire d’amour d’une professeure et d’un de ses élèves qui mènera au suicide de l’enseignante. Quand la chanson voit le jour, elle fait débat.

1972 : Comment être intemporel et avant-gardiste tout à la fois? En créant, d’une part, un bijou qui mêle le présent et le passé (Les plaisirs démodés), et de l’autre, en composant la première chanson (Comme ils disent) sur l’homosexualité sans ironie, qui demeure, encore aujourd’hui, un moment fort dans un concert d’Aznavour.

1974 : She n’est pas seulement le plus grand succès anglo-saxon d’Aznavour. La chanson a aussi servi de thème à la télésérie britannique Seven Faces of Woman, diffusée en 1974 et en 1977.

1975 : Parution en 45 tours d’Ils sont tombés, inspirée du génocide arménien.

Charles Aznavour sur scène.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles Aznavour à Berlin le 22 mai, jour de son 90e anniversaire de naissance.

Photo : AP

1976 : En raison de ses enregistrements en plusieurs langues et de ses ennuis avec le fisc, la production francophone d’Aznavour s’étiole. Gros retour en force avec l’album Voilà que tu reviens, qui comprend l’autobiographique Mes emmerdes et Merci Madame la vie.

1978 : Un enfant est né, album de Noël atypique, n’est pas un grand succès, mais Aznavour interprète Ave Maria depuis ce temps dans tous ses concerts.

1980-1983 : Fin de régime chez Barclay. Quatre albums, dont le disque hommage de 1983 au poète Bernard Dimey, qui comprend La salle et la terrasse. Du lot, c’est l’album Autobiographie (1980) qui s’impose avec la chanson-titre, Mon émouvant amour – un classique de scène depuis lors –, Je fantasme et Mon ami, mon judas.

Le chanteur français chante sur scène.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles Aznavour en concert à Paris le 13 décembre 2017

Photo : AFP / ERIC FEFERBERG

1986-1994 : Quand Eddie Barclay vend sa maison de disques à Universal, Aznavour quitte la boîte pour Tréma. Période moins prolifique (quatre albums), elle mène néanmoins à des chansons fortes – Les émigrants (1986), L’aiguille (1987) –, à des constats de désastre – Je bois (1987), Les bateaux sont partis (1987), On ne veut plus de nous ici (1992) –, ainsi qu’à une chanson drôlement prophétique : Je ne ferai pas mes adieux (1987). Disque-clé : l’album Toi et moi (1994), où Aznavour se livre à un exercice de style avec Je t’aime A.I.M.E. et renoue avec les grandes orchestrations et les mélodies classiques par l’entremise de Jacques Revaux (Toi et moi), Michel Legrand (Un concerto déconcertant, Va-t’en) et Charles Trenet (Trenetement).

1995 : Arrivée à la maison de disques EMI et première grande réédition en CD de l’œuvre d’Aznavour des débuts jusqu’à nos jours.

1998 : Jazznavour, très solide exercice de relectures avec Diane Reeves, Jacky Terrasson, Michel Petrucciani et Richard Galliano, annonce la couleur. À plus de 70 ans, Aznavour va privilégier les duos dans les années à venir.

2000 : Album classique du nouveau siècle où Aznavour brille en mode jazz (Le jazz est revenu), avec de la pop d’orchestre (Dans tes bras), où il salue le Déshabillez-vous, de Juliette Gréco, avec une version masculine (Habillez-vous) et rend hommage à Dalida (De la scène à la Seine).

Charles Aznavour se pointe le visage en posant avec son autobiographie en langue allemande.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En 2005, le chanteur Charles Aznavour présentait la traduction allemande de son autobiographie, Le temps des avants.

Photo : Getty Images / Jens Schlueter

2003 : Premier duo père-fille avec Katia Aznavour (Je voyage), splendide conservation avec l’enfer et le paradis (J’ai des amis des deux côtés) et une puissante chanson dénonçant la torture et l’assassinat du journaliste Daniel Pearl (Un mort vivant).

2011 : Album lancé alors qu’il amorce une huitième décennie professionnelle, Toujours (2011) contient quelques-unes des meilleures chansons (Va, Viens m’emporter, Ce printemps-là, La vie est faite de hasard) d’Aznavour des 20 dernières années.

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