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Faut-il craindre le plomb dans le sirop d’érable?

Des conserves de sirop d'érable.
Le sirop d'érable contient trop de plomb pour le marché américain. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

La nouvelle a de quoi faire frémir. Le plomb est un métal hautement toxique qui ne devrait pas se retrouver dans nos aliments. Pourtant, on en détecte – en quantité négligeable – dans le sirop d'érable. Pourquoi? Est-ce dangereux pour notre santé? L'épicerie a mené ses propres analyses et, heureusement, les résultats sont plutôt rassurants.

Un texte de Gildas Meneu de L’épicerie

Depuis près de quatre ans, l’industrie acéricole se démène pour éliminer le plomb contenu dans le sirop d’érable. En effet, en 2014, dix emballeurs-transformateurs canadiens et américains ont signé une entente avec les autorités californiennes qui stipule que les sources de plomb qui contaminent le sirop doivent être supprimées d’ici 2020. Faute de quoi, l’étiquetage devra mentionner le danger lié à la consommation de plomb.

Cette entente prend non seulement effet en Californie, mais partout aux États-Unis. Or, le Québec y exporte 60 % de sa production.

Un enjeu majeur, donc, pour cette industrie qui souhaite garder l’image d’un produit pur et naturel.

Du plomb naturel?

Si l’eau d’érable peut naturellement contenir des traces infimes de plomb, le sirop, lui, en contient encore trop. Pourquoi? On attribue la faute aux équipements de transformation : chalumeaux, chaudières, seaux, réservoirs, peinture, valves, connecteurs, joints, préchauffeurs, pompes, unités de filtration, etc. Ces équipements dont certains alliages renferment parfois du plomb sont susceptibles de contaminer le sirop.

Un échantillon de sirop d'érable.Un laboratoire indépendant a mesuré le taux de plomb contenu dans 22 échantillons de sirop d'érable. Photo : Radio-Canada

Les analyses

Et en effet, le sirop d’érable québécois contient bien du plomb. Nos analyses, tout comme celles menées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) et l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), montrent que les échantillons analysés en contiennent de 10 à 60 parties par milliards. Une faible dose, mais qui inquiète quand même Sébastien Sauvé, toxicologue à l’Université de Montréal.

Le toxicologue Sébastien Sauvé de l'Université de Montréal.Pour le toxicologue Sébastien Sauvé, les aliments devraient contenir le moins de plomb possible. Photo : Radio-Canada

Il n’existe pas de seuil minimal de toxicité du plomb. Autrement dit, les aliments ne devraient simplement pas en contenir.

Sébastien Sauvé, toxicologue à l’Université de Montréal

Le plomb n'a aucune fonction connue dans l'organisme humain, explique Santé Canada. Les nourrissons et les enfants sont plus sensibles à ses effets néfastes. Le plomb est interdit dans la peinture depuis 1976 et dans l’essence depuis 1990. Les dernières sources de plomb sont donc l’eau potable et les aliments. « Il y a de moins en moins de plomb dans nos aliments, précise le nutritionniste Bernard Lavallée. Si on compare à la fin des années 70, la quantité de plomb qu’on ingère dans les aliments a diminué de huit fois. »

Des normes à suivre

Au Québec, l’eau potable ne peut contenir plus de 10 parties par milliard (ppb) de plomb. Dans le sirop d’érable, la norme fédérale est de 500 ppb. La Fédération des producteurs acéricoles du Québec s’est fixé un maximum de 250 ppb.

Les analyses

L’épicerie a acheté 22 bouteilles ou conserves de sirop d’érable partout dans la province pour les faire analyser par un laboratoire indépendant. Les résultats sont encourageants, car ils frôlent en majorité la limite permise dans l’eau potable.

La Fédération des producteurs acéricoles du Québec mène ses propres tests aléatoires sur des barils. Ceux qui contiennent du sirop qui dépasse la norme de 250 ppb de plomb sont systématiquement détruits.

La Fédération analyse aussi chaque année quelque 350 conserves achetées aléatoirement dans des épiceries. Le directeur général de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, Simon Trépanier, mentionne : « Depuis 10 ans, un seul cas au-dessus de la norme a été retrouvé, ce qui est une bonne nouvelle pour le consommateur. Dans ce cas, nous avons averti le MAPAQ et c'est eux qui font le suivi auprès du commerce et du producteur. »

Jusqu’en 2014, le MAPAQ menait également des analyses. Constatant que tout était conforme la plupart du temps, il a cédé le mandat de ces tests à la Fédération des producteurs acéricoles.

Au fédéral, l’Agence canadienne d’inspection des aliments continue d’analyser, année après année, plus d’une centaine d’échantillons.

Conclusion de notre nutritionniste, Bernard Lavallée : « Très souvent en alimentation, on met l’emphase sur une molécule positive ou négative… mais on oublie de regarder l’ensemble. »

Le nutritionniste Bernard Lavallée.Il ne faut pas trop s'inquiéter de la présence de plomb dans le sirop d'érable, affirme le nutritionniste Bernard Lavallée. Photo : Radio-Canada

Les effets néfastes du sirop, comme celui d’autres produits sucrés, sont déjà démontrés. Le problème, ce n’est donc pas le plomb!

Bernard Lavallée, nutritionniste

Alimentation