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Un organisme communautaire pour les personnes déficientes intellectuelles dénonce l'austérité

On voit de profil cinq personnes qui jouent du djembé.
Un atelier de musique et de percussion chez la Gang à Rambrou Photo: Radio-Canada / Michel Labrecque

Les 4000 organismes communautaires du Québec jouent un rôle crucial dans des secteurs comme la santé et les services sociaux. Ils disent ne plus avoir les moyens de remplir leur mission et demandent plus de financement. C'est le cas de la Gang à Rambrou. Portrait.

Un texte de Michel Labrecque, de Désautels le dimanche

La Gang à Rambrou, c’est un organisme communautaire de l’est de Montréal. On y fait de la musique, du théâtre, de la peinture et beaucoup d’autres choses. En tout, 80 personnes déficientes intellectuelles ou affectées du trouble du spectre de l’autisme le fréquentent régulièrement et y font de la création.

On voit Mme Brissette qui sourit à la caméra, à côté de son oeuvre.Marie-Josée Brissette, de la Gang à Rambrou, montre son œuvre (à droite) à l’exposition « D’un oeil différent ». Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

On peut en ce moment voir certaines de leurs œuvres à l’exposition D’un œil différent, qui réunit des artistes professionnels et des artistes déficients intellectuels à l’Écomusée du fier monde, à Montréal, jusqu’au 18 mars.

On voit des oeuvres qui font partie de l'exposition.L'exposition « D'un oeil différent », présentée à l'Écomusée du fier monde, à Montréal. Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

On peut aussi entendre chanter des membres de leur chorale dans le film Gabrielle de Louise Archambault (2013).

La Gang à Rambrou est l'un des nombreux organismes communautaires qui travaillent avec les personnes handicapées et qui ont l’impression d’avoir de plus en plus de travail et de moins en moins de financement.

« Il faut toujours chercher du financement et ça me fait beaucoup travailler », explique la directrice de la Gang à Rambrou, Suzanne Beaulieu.

On voit Mme Beaulieu qui sourit à la caméra.Suzanne Beaulieu, directrice de la Gang à Rambrou Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Suzanne Beaulieu travaillait auparavant dans un centre de réadaptation en déficience intellectuelle.

J’étais cheffe en réadaptation. Quand il y a eu les fusions en 1995, le premier mandat qu’on m’a donné, c’était de mettre fin aux activités de théâtre. Des déficients intellectuels m’ont supplié de continuer. La Gang à Rambrou a commencé dans ce cadre.

Suzanne Beaulieu, directrice de la Gang à Rambrou

Cette histoire illustre bien ce qui s’est produit dans l’ensemble du secteur de la santé et des services sociaux : avec les compressions budgétaires, les mailles du filet social se sont agrandies. Et ce sont les organismes communautaires qui doivent en quelque sorte « boucher les trous ».

Parlez-en à Claude Béliveau, parent d’une enfant trisomique. Le financement des organismes gouvernementaux a diminué, ce qui a créé un engorgement dans le milieu communautaire.

Il y a des listes d’attente qui s’allongent et des gens qui sont laissés à eux-mêmes. Tout ça a un effet de débordement sur les organismes communautaires qui sont eux-mêmes sous-financés. C’est comme si on revenait avant les années 70.

Claude Béliveau, parent d’une déficiente intellectuelle

« Mais qu’est-ce que ça donne de faire des activités artistiques avec des personnes déficientes? », vous demandez-vous peut-être. Discutez-en avec les gens du programme « arrière-scène » de la Gang à Rambrou, qui montent les décors d’un spectacle de théâtre ou avec ceux qui ont fait un slam sur leur vie et leurs revendications. Vous allez voir leurs yeux briller.

On voit Marie-Josée Dodier et Sacha Dodier, de face.Marie-Josée Dodier et son fils, Sacha Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

Sacha aura bientôt 40 ans. Il est né aveugle, puis on a découvert qu’il était déficient intellectuel et autiste. Il est passé par toutes sortes d’organismes, mais ici, « il a fait beaucoup de progrès », souligne sa mère, Marie-Josée Dodier.

Sacha joue du djembé, chante et fait des tableaux. Il passe ses journées chez la Gang à Rambrou, ce qui permet à Marie-Josée, mère d'une famille monoparentale, de reprendre son souffle et de travailler.

On voit le tableau, qui représente un ange.Agrandir l’imageTableau de Sacha Dodier Photo : Marie-Josée Dodier

C’est capital! Sans Rambrou, je serais mal prise. Je n’ai pas de vie personnelle, je vis la vie de mon fils. Il y a beaucoup de parents comme moi, et il faut changer les choses.

Marie-Josée Dodier, parent
On voit des gens lors d'une manifestation, avec une banderole du mouvement PHAS.Manifestation du mouvement PHAS Photo : Radio-Canada / Michel Labrecque

C'est pourquoi les organismes communautaires comme la PHAS (Personnes handicapées pour l’accès aux services) réclament un investissement massif dans les organismes institutionnels et communautaires, « après les années d’austérité qui ont frappé de plein fouet », précise Mathieu Francoeur, le coordonnateur de la PHAS.

En fait, les 4000 organismes communautaires du Québec réclament 475 millions de dollars en réinvestissement dans le cadre de la campagne « Engagez-vous pour le communautaire », ce qui équivaut à un peu plus de 100 000 $ par organisme.

« 100 000 $, c’est exactement ce qui nous manque pour bien servir notre clientèle », indique Suzanne Beaulieu, la directrice de la Gang à Rambrou. D'ailleurs, l'organisme a presque dû fermer l'an dernier, mais c'est reparti pour une autre année.

Le reportage de Michel Labrecque est diffusé à Désautels le dimanche, à 10 h, à ICI Radio-Canada Première.

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