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Eddy de Pretto, coup de poing musical et scénique

L'auteur-compositeur-interprète Eddy de Pretto a livré une prestation aux 33es Victoires de la Musique à Paris, en février 2018.
Eddy de Pretto aux 33es Victoires de la Musique à Paris, en février dernier. Photo: Reuters / Archives/Benoit Tessier

Il est la vedette musicale du moment en France. Entre rap et chanson, Eddy de Pretto jongle avec les styles musicaux et parle de sa vie avec des paroles qui s'apparentent parfois à des claques. Les Québécois découvriront, le 10 juin prochain aux FrancoFolies de Montréal, qu'il est tout aussi détonnant sur scène.

Un texte d'Antoine Aubert

Sorti le 2 mars en France comme au Québec, Cure, premier album du chanteur de 25 ans, fait évidemment beaucoup jaser. Le propos brut, où Eddy de Pretto déconstruit la virilité (Kid), évoque ses excès nocturnes (Fête de trop), décrit tant avec tendresse que dureté sa banlieue (Beaulieue) ou parle de ses amours gaies (Quartier des lunes), apporte un vent de fraîcheur bienvenu à la chanson francophone.

Avec raison, depuis la sortie de son microalbum, en octobre 2017, les compliments pleuvent. On compare le nouveau venu à Stromae, pour ce quotidien brillamment raconté de manière réaliste et poétique. De leur côté, certains Québécois reconnaissent dans la voix du Français celle de Pierre Lapointe.

Néanmoins, tout en se montrant fier de son premier opus, l’artiste originaire de Créteil s’éclate avant tout en concert, comme il nous le confirme en entrevue. « Un album studio fige les choses », enlevant une part de vie et de liberté, indique-t-il, calme et posé au téléphone, à l’inverse de ce qu’il montre dans ses chansons et sur scène.

C’est aussi au fil des concerts qu’il s’est fait remarquer. Il a d’ailleurs été nommé dans la catégorie de la Révélation scène aux dernières Victoires de la musique, l’équivalent français du Gala de l’ADISQ. Lors de la cérémonie du 9 février, Eddy Pretto y a interprété Fête de trop, utilisant les codes qui ont fait sa réputation.

Seul sur scène avec un téléphone et un batteur

Première surprise : il s'accompagne seulement d’un téléphone intelligent pour faire jouer la musique et d’un batteur pour le rythme. Le choix, précise-t-il en entrevue, vise à établir une plus grande intimité sur scène, pour que les paroles des chansons soient ce qui marque d’abord les spectateurs.

Pourtant, sa gestuelle et ses pas de danse ne manquent pas d’attirer le regard. Au premier abord, on peut être déconcerté par cette volonté d’occuper ainsi, presque seul, une grande scène. Pourtant, ces chorégraphies intenses, quasi agressives par moments – lui préfère le mot « incisives », hypnotisent.

Dans un entretien accordé au journal Le Monde, Eddy de Pretto disait revêtir « son costume de monstre » pour donner des concerts. Il devient une version extrême de lui-même, laissant la timidité et les doutes dans les coulisses, ajoute-t-il au téléphone avec nous.

L’influence du théâtre

S’il évoque un spectre large de chanteurs ayant inspiré sa musique (de Claude Nougaro à Frank Ocean), il parle plutôt de l’influence du théâtre pour ses compositions scéniques. Samuel Beckett et, dans les années 2000, Christophe Honoré, avec créations « très corporelles, où le corps est identifiable et identifié », arrivent en tête de liste pour celui qui est monté sur les planches dès le début de l’adolescence.

Avec sa musique à part, ses concerts à part et, disons-le aussi, sa gueule à part, il n’y a rien d’étonnant à ce que le public ait répondu présent. On s'arrache les billets. Le chanteur se dit « méga ravi de cet engouement. Cette folie, c’est la plus belle des réponses ».

Devant les innombrables entrevues qu’il accorde, l’intensité de ses prestations et les mises à nu que ses textes représentent, on aurait pourtant presque peur pour lui. Une de ses plus récentes créations, Ego, raconte d’ailleurs la folie de la notoriété : « Je deviendrai fou de moi », chante-t-il, après avoir décrit ces gens qui l’adorent et le « dévorent ».

Alors qu’on évoque la possibilité d'un épuisement, Eddy de Pretto se montre rassurant : « Non, et si c’était le cas, j’arrêterais. » La carapace serait donc solide. On s’en réjouit, tant on a hâte de le voir aux FrancoFolies.

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