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Les ambulanciers du Nouveau-Brunswick se disent surchargés de travail

Une ambulance.

Les ambulanciers interviennent sur la scène d'accidents et constatent chaque jour la misère humaine de notre société, selon Steve Hébert, du SCFP (archives).

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

Radio-Canada

La pression augmente sur les travailleurs paramédicaux du Nouveau-Brunswick dans un contexte d'épuisement professionnel, de problèmes de santé mentale et de recrutement difficile.

Ambulance NB aurait dépensé plus de 8 millions de dollars en heures supplémentaires en 2017, ce qui constitue une augmentation de 22 % comparativement à 2016 et une hausse de 47 % en cinq ans, selon des chiffres obtenus par le Telegraph-Journal.

Plusieurs facteurs expliquent la situation. Tout d'abord, les besoins augmentent dans la province. Il est question de 5000 trajets de plus par année par rapport aux années antérieures.

La difficulté de recruter des travailleurs médicaux est mise en cause.

De plus, des travailleurs paramédicaux qui acceptaient habituellement de faire des heures supplémentaires le refusent maintenant plus souvent, selon l’ambulancier Steve Hébert, vice-président de la section 4848 du Syndicat canadien de la fonction publique.

« J’étais un de ceux-là qui travaillaient énormément, beaucoup, pas mal. Nos rotations de travail sont normalement des quarts de 12 heures, quatre jours de travail pour quatre jours de repos à la maison. Il y en a beaucoup de nous autres qui travaillons deux jours dans les jours de repos. Présentement, plus le temps avance, [plus] on voit ces personnes-là qui travaillaient beaucoup travailler une journée sur les quatre, des fois une journée sur les huit », explique Steve Hébert.

Les gars sont brûlés. Ils sont rendus à bout. Le système est pesant à suivre.

Steve Hébert, ambulancier et vice-président de la section 4848 du Syndicat canadien de la fonction publique

L'exigence du bilinguisme ajoute aux difficultés?

Dans certaines régions de la province, il est encore difficile à l'heure actuelle de trouver des travailleurs paramédicaux bilingues, capables de servir le public dans les deux langues officielles. Cela ajoute une difficulté à Ambulance NB.

« Le bilinguisme, on ne s’en cache pas. Depuis des années on le sait, partout dans la province aux différents départements comment [...] ça peut [complexifier] la tâche de faire du recrutement pour [satisfaire] les exigences du provincial », affirme Steve Hébert.

Ambulance NB s'efforce de recruter des employés, assure son directeur des opérations, Jean-Pierre Savoie.

« Nous continuons à mettre en œuvre plusieurs efforts en matière de recrutement, notamment des campagnes nationales, des partenariats avec des écoles de formation paramédicale, des visites dans les écoles et des salons de l’emploi à l’échelle de la province. Ceci dans le but, entre autres, de réduire le nombre d’heures supplémentaires travaillées par nos employés », explique Jean-Pierre Savoie.

Le ministère de la Santé souligne pour sa part que les ambulanciers sont un maillon essentiel du système de santé provincial en matière de services d'urgence, et que le recrutement est une priorité pour cette raison.

Santé mentale et stress post-traumatique

Plusieurs ambulanciers souffrent de problèmes de santé mentale, selon le Telegraph-Journal. Il y aurait 109 employés d'Ambulance NB en arrêt de travail, et 43 % de ces cas seraient liés à des problèmes de maladie mentale ou à des traumatismes.

Exercer le métier d’ambulancier est psychologiquement difficile. L’environnement de travail est stressant. Ils sont témoins de situations que le commun des mortels voit rarement.

« Oui, c’est plate d’arriver à un accident et voir du monde dans des états qui ne sont pas nécessairement agréables à voir. Mais ça n’arrive pas tous les jours. Sauf que la misère du monde, la misère de notre société, on est exposés à ça tous les jours. Ça va d’un jeune enfant dans un environnement défavorable à une personne âgée qui est toute seule depuis des années, qui n’a plus de famille ni rien de cela et qui fait appel à nos services pour X raisons », explique Steve Hébert.

À l’échelle nationale, un grand nombre de travailleurs paramédicaux ont des idées suicidaires ou ont fait des tentatives de suicide, selon une récente étude de la revue Psychologie canadienne.

Un travailleur paramédical ouvre la porte d'une ambulance.

Ambulances Nouveau-Brunswick a reçu quatre plaintes en 2016, deux en 2015 et cinq en 2014.

Photo : Radio-Canada

Un programme national, qui fait en sorte que les travailleurs paramédicaux sont mieux outillés, améliore cependant les choses depuis deux ans, selon Steve Hébert. Des ambulanciers veillent les uns sur les autres, ils se parlent, ils offrent leur aide à leurs collègues qui en ont besoin.

« Nous offrons également divers programmes de soutien en santé mentale à nos employés afin de les aider à se préparer pour la nature parfois exigeante de leur travail et de les aider suite à un appel difficile. Ces outils de soutien incluent le programme En route vers la préparation mentale, le programme de gestion du stress lié à un incident critique et le programme d’aide aux employés et leur famille. La maladie mentale est une affection. Si une personne a besoin de soins aigus, nous l’aiderons aussi à obtenir l’aide médicale nécessaire au moyen de notre programme de recommandation pour de l’aide psychologique », précise le directeur des opérations d'Ambulance NB, Jean-Pierre Savoie.

Mais le sujet de la santé mentale est encore tabou au sein du personnel, ajoute Steve Hébert. Selon lui, des ambulanciers qui ont peur de perdre leur travail pour cette raison préfèrent ne pas en parler.

Steve Hebert conclut qu’il est urgent de recruter plus d’ambulanciers et de modifier le système pour ne pas brûler la chandelle par les deux bouts.

D’après un reportage de Catherine Dumas.

Nouveau-Brunswick

Emploi