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Le Canada et le Mexique exemptés des tarifs sur l'acier et l'aluminium aux États-Unis

Donald Trump a signé jeudi les déclarations imposant des droits de douane sur les importations américaines d'aluminium et d'acier en présence de travailleurs de l'industrie.

Photo : CNN

Radio-Canada

Le Canada et le Mexique seront exemptés des droits de douane sur l'acier et l'aluminium exportés aux États-Unis, mais rien ne garantit que ce soit le cas pour toujours.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a promulgué le décret imposant ces tarifs douaniers lors d’une cérémonie de signature officielle à la Maison-Blanche, jeudi après-midi.

Les États-Unis imposeront bel et bien un droit de 25 % sur l'acier importé et une taxe de 10 % sur l'aluminium. Ces tarifs entreront en vigueur dans 15 jours.

Tous les pays du monde sont visés, sauf le Canada, qui fournit plus d'un sixième de tout l'acier que les États-Unis utilisent et plus de 40 % de son aluminium, et le Mexique.

Le président invoque des raisons de sécurité nationale en vertu du Trade Expansion Act de 1962, une loi américaine peu utilisée jusque-là, pour justifier cette exemption.

Un « pas en avant » pour le Canada

Pour la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, l’exemption du Canada de ces droits de douane est un « pas en avant ».

« Le Canada est le meilleur ami et le plus proche allié des États-Unis, dit-elle. Que le Canada soit considéré comme une quelconque menace pour la sécurité des États-Unis est inconcevable. »

Elle soutient que l’obtention de l’exemption du Canada est le résultat d’un travail acharné.

Le travail se poursuit et ne cessera que lorsque la menace que représentent ces droits de douane disparaîtra totalement et de manière permanente.

Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada

« Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que les moyens de subsistance des Canadiens sont mis en péril », a ajouté la ministre lors d'une conférence de presse à Toronto.

La ministre des Affaires internationales Chrystia Freeland.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La ministre des Affaires internationales Chrystia Freeland indique que l'exemption du Canada des droits de douane sur l'acier et l'aluminium importés aux États-Unis est un pas en avant

Photo : Radio-Canada

Une exemption qui dépend de la réussite de l'ALENA

« Si nous arrivons à une nouvelle entente avec le Canada et le Mexique à propos de l’ALENA, ces deux pays ne se verront pas imposer de tarifs sur l’acier et l’aluminium », a déclaré le président lors de son allocution, jeudi après-midi.

Il s’agit d’une référence directe aux négociations de l'ALENA, qui en sont actuellement à leur huitième ronde de pourparlers et qui doivent permettre aux trois pays de mettre à jour l'accord vieux de plus de 20 ans.

L’exemption temporaire pourrait donc être levée si les États-Unis n'obtenaient pas les concessions voulues lors de ces pourparlers.

Les producteurs canadiens de métaux pourraient ainsi être assujettis au même tarif punitif que l'est le reste du monde, et ce, très bientôt.

Le Canada a exporté pour 15 milliards de dollars de ces deux métaux vers les États-Unis l'an dernier, de sorte qu'un tarif douanier entraînerait probablement des mesures de rétorsion sur les marchandises américaines importées au Canada.

Le Canada maintient de son côté que les négociations de l’ALENA et les raisons de sécurité nationale invoquées pour imposer les droits de douane sont deux enjeux complètement distincts.

« L’annonce d’aujourd’hui ne changera rien à notre stratégie », a soutenu la ministre Freeland, qui rappelle que le Canada suit la même méthode depuis que les négociations ont commencé l’an dernier, afin de « moderniser l’ALENA d’une façon qui favorisera les intérêts des Canadiens ».

L'Asie dénonce les tarifs douaniers

Les réactions à l’imposition des droits de douane sont fortes en Asie, le Japon et la Chine s’y opposant fermement.

Le ministère chinois du Commerce a dénoncé par voie de communiqué « l’abus de la clause de sécurité nationale par les États-Unis », la qualifiant « d’attaque délibérée du système commercial multilatéral incarné par l'Organisation mondiale du commerce ».

La Chine a par ailleurs averti d’un « impact grave sur l'ordre commercial mondial ».

Le ministre chinois des Affaires étrangères a pour sa part assuré que Pékin adopterait une « réponse appropriée et nécessaire » en cas de guerre commerciale avec les États-Unis.

La Chine est le premier producteur mondial d'acier et d'aluminium. Sa production ne représente cependant que 2,7% des importations américaines d’acier et 9,7% des importations d'aluminium.

« Nous prendrons les mesures appropriées après avoir étudié avec attention les conséquences sur l'économie japonaise », a également déclaré le ministre des Affaires étrangères du Japon, qui a qualifié de « regrettables » les taxes aux importations américaines.

Il a averti que la mesure pourrait avoir « un impact grave sur les relations économiques entre le Japon et les États-Unis, qui sont alliés, et également sur l'économie mondiale ». Le Japon est le sixième fournisseur d'acier des États-Unis.

Une liste de produits américains ciblés par l'UE

L'Union européenne a pour sa part promis de taxer lourdement des dizaines de produits américains si elle était touchée par les droits de douane. Il s'agit de :

  • Certains aciers laminés, les barres en acier inoxydable, les tubes sans soudure, les fils en acier, des portes, des fenêtres, des outils et des couverts.
  • Les haricots, le maïs et le riz, les airelles, le jus d'orange, le beurre de cacahuètes, le bourbon, les cigares, les cigarettes, le tabac.
  • Des t-shirts et maillots de corps, des jeans, des shorts, le linge de lit en coton et certaines chaussures en cuir.
  • Le rouge à lèvres, le maquillage pour les yeux, le vernis à ongles et le fond de teint.
  • Les motos d'une cylindrée supérieure à 500 cm3, les bateaux à voile, de plaisance ou de sport, avec ou sans moteur, les bateaux à rames et les canoës.

Les explications de Jean-François Bélanger

Des retombées économiques se font déjà sentir aux États-Unis

« L'industrie américaine de l'acier et de l'aluminium a été dévastée par des pratiques commerciales étrangères agressives », a déploré M. Trump. « C'est une véritable agression contre notre pays. »

Donald Trump a dit que ce « dumping » longtemps pratiqué par des entreprises étrangères avait amené plusieurs usines à fermer ou à supprimer de nombreux postes. « Nous allons rouvrir ces usines, elles vont produire de nouveau et ce sera très positif pour notre pays », a-t-il conclu.

Lors de son discours après la signature du décret, Donald Trump a annoncé que les avantages sur l’économie américaine se faisaient déjà sentir. « U.S. Steel a annoncé sa réouverture dans l’Illinois et a rappelé 500 travailleurs au chômage technique sur-le-champ. »

« Century, une aluminerie au Kentucky, va investir plus de 100 millions de dollars pour rouvrir son usine de production d’aluminium de qualité militaire […] C’est 150 000 tonnes de plus d’aluminium qui entreraient en production et 300 autres ouvriers seront engagés », a-t-il ajouté.

M. Trump a également invité les entreprises métallurgiques à venir s’implanter aux États-Unis.

« Nous n’allons pas imposer de taxes sur les produits fabriqués aux États-Unis. Vous ne voulez pas payer la taxe? Déplacez votre usine ici! », a déclaré le président américain.

« Nous exhortons toutes les entreprises à acheter américain », a-t-il répété.

Le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a exprimé son désaccord dans un communiqué, et « craint les conséquences imprévues ». Il a toutefois salué l'exemption accordée au Canada et au Mexique.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et CBC News

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