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Xi Jinping, vers l'immortalité politique

Le président chinois Xi Jinping.

Xi Jinping pourrait rester président de la République populaire aussi longtemps qu'il lui plaira, à la faveur d'un changement constitutionnel.

Photo : Getty Images / Pool

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

En Chine, les députés s'apprêtent à accorder à Xi Jinping la possibilité de rester à la tête du pays aussi longtemps qu'il le voudra. Sauf énorme surprise, l'Assemblée nationale populaire va supprimer en fin de semaine la limite de deux mandats à la présidence, en adoptant un amendement constitutionnel. Cette perspective suscite pourtant des préoccupations.

Souvenirs de Xi Jinping et de Mao Tsé-Toung vendus en Chine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Souvenirs de Xi Jinping et de Mao Tsé-Toung vendus en Chine.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

Li Datong fait partie des observateurs qui sont inquiets. Cet ex-journaliste d'un quotidien d'État rappelle que cette limite avait été inscrite dans la Constitution pour servir de rempart à la dictature, aux abus de pouvoir. C’était en 1982, à l’époque de la libéralisation, des réformes. La Chine sortait de la Révolution culturelle de Mao, le Grand Timonier dont le long règne (1949-1976) s’était traduit par de la répression, des persécutions et des meurtres.

Pour Li Datong, le retour à des mandats illimités va marquer « un retour en arrière historique, qui risquerait de semer une fois de plus le trouble dans le pays et d'avoir des conséquences irrémédiables ».

Li Datong, ex-journaliste du Quotidien de la jeunesse de Chine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Li Datong, ex journaliste du Quotidien de la jeunesse de Chine. Pékin, mars 2018.

Photo : Li Datong

« Tout dépendra de ce que Xi Jinping fera lorsqu’il succédera à lui-même dans cinq ans », affirme Hu Xingdou, un analyste politique et économique que nous avons rencontré chez lui à Pékin.

Il explique que ce serait un véritable recul et une catastrophe pour le pays si le président gouvernait de manière encore plus stricte, s’il laissait l’État planifier l’économie, « s’il adoptait la voie de Mao ».

Mais l’expert ajoute avoir bon espoir que le président mène la Chine dans une réelle économie de marché et qu’il construise un État de droit.

Certains disent que l’histoire se répète souvent. La première fois, c’est un drame. La deuxième fois, c’est ridicule. Je pense que Xi Jinping ne sera pas aussi stupide de vouloir s’attribuer un rôle ridicule.

Hu Xingdou, analyste
Hu Xingdou, analyste politique et économiqueAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hu Xingdou, analyste politique et économique. Pékin, 6 mars 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Hu Xingdou croit qu’il y a peu de risques de voir la Chine retomber sous une dictature impériale. « On vit dans une époque où les citoyens sont éveillés. À l’ère d’Internet, on est connectés par les médias sociaux, comme WeChat. Je crois que Xi Jinping ne va pas suivre les pas de Yuan Shikai », dit-il. Yuan Shikai s’était autoproclamé empereur en 1916.

« Longue vie à l’empereur », « immortalité »… des expressions et des mots visés par la censure

Internet est très contrôlé en Chine. Et la censure a rapidement fait son œuvre dans les réseaux sociaux dès que sont apparus des commentaires qui se moquaient ou qui dénonçaient la volonté de Xi Jinping de rester président pour une durée illimitée. Même le nom « Yuan Shikai » alerte les censeurs. Tout comme ce qui peut être perçu indirectement comme une critique. Les comptes des utilisateurs peuvent être fermés sans préavis.

Li Datong explique qu’il a dû poster à la verticale sa lettre ouverte, en format photo, pour éviter que son message ne soit effacé trop vite. Sa lettre du 26 février a lancé un appel urgent aux 55 députés qui représentent Pékin à l’Assemblée nationale populaire pour qu’ils votent non à l’amendement constitutionnel. Il les somme de prendre en considération les intérêts les plus fondamentaux du peuple.

Un document écrit en chinois.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ce document, présenté aux députés, contient le projet d'amendement constitutionnel pour permettre au Président Xi Jinping de rester en poste au-delà de deux mandats de 5 ans. Pékin, 5 mars 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Lettre ouverte de Li Datong, ex-journaliste opposé à la suppression de limite de mandats à la présidence. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Extrait de la lettre ouverte de Li Datong, ex-journaliste opposé à la suppression de limite de mandats à la Présidence.

Photo : Li Datong

Joint au téléphone le 6 mars – il n’accorde pas d’entrevue en personne ces jours-ci –, Li Datong répète que le règne d’un homme à vie l’inquiète au plus haut point.

Quant à l’avenir des libertés individuelles sous Xi Jinping, l’ex-journaliste répond que la situation n’a jamais été bonne depuis qu’il est arrivé au pouvoir.

Nous avons connu une courte période d’ouverture aux opinions dans les années 1980. Mais depuis les tirs de 1989 [la répression sanglante sur la Place Tiananmen], ça n’a jamais été rétabli. Et les cinq dernières années sont les pires en plus de 30 ans. Sans aucun doute.

Li Datong
Place Tiananmen, Pékin, 5 mars 2018.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Place Tiananmen (et en toile de fond la Cité interdite), des soldats saluent les véhicules transportant dignitaires et députés qui quittent le Palais du peuple après la première journée de la session annuelle du Parlement. Pékin, 5 mars 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Xi Jinping s'est entouré de proches à la tête du pays. Sa lutte anticorruption a également écarté des adversaires potentiels. Il est le chef le plus puissant qu'ait connu la Chine depuis Mao.

Il a déjà la mainmise sur l’armée, en tant que président de la Commission militaire, et sur le Parti communiste chinois, en tant que secrétaire général. Deux postes dont les mandats sont illimités. Rien de plus logique que de lever celle de la présidence, question de cohérence à la tête de l’État, assure Victor Gao, du Center for China Globalisation, à Pékin.

L’analyste, qui a déjà œuvré au ministère des Affaires étrangères, ajoute que rien ne laisse croire que l’on se dirige vers une présidence à vie... mais il voit très bien Xi Jinping rester en poste 5, 10, 15 ans de plus. Pour lui, le président a su faire preuve de courage, de fermeté contre la corruption, ou encore de vision pour que la Chine se positionne à l’international, en économie par exemple.

Nous souhaitons à Xi Jinping santé, sagesse et courage pour poursuivre son travail, pour continuer à contribuer au bien-être du peuple et pour faire la promotion de la stabilité.

Victor Gao, analyste

La stabilité est un des arguments du gouvernement pour justifier le mandat prolongé du président, en vantant ses réalisations depuis cinq ans et en assurant que c’est nécessaire pour aller de l’avant avec la pensée de Xi Jinping sur « le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère ».

Victor Gao, analyste. Pékin, 6 mars 2018Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Victor Gao, analyste, lors d'une entrevue à Pékin en mars 2018.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Victor Gao rejette les comparaisons que l’on peut faire entre le désir de Xi Jinping de rester plus longtemps au pouvoir et le jeu d'alternance de Vladimir Poutine entre les postes de président et de premier ministre en Russie pour rester l’homme fort de Moscou. « Ici, tout se fait par la transparence d’un amendement constitutionnel », rétorque-t-il.

Cet amendement sera soumis dans quelques jours au Parlement, qui est dominé par le Parti communiste chinois contrôlé par Xi Jinping. Il y aura peut-être des voix dissidentes ou des abstentions durant ce scrutin anonyme, peut-être chez les autres partis. L’analyste Hu Xingdou croit que certains députés, de peur que l’on puisse remonter jusqu’à eux malgré l’anonymat, rentreront dans le rang… quelle que soit leur opinion.

Entrée du Grand Palais du PeupleTiananmen, Pékin. 5 mars 2018Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Derrière ces portes, Xi Jinping cimente son pouvoir. Grand Palais du Peuple, Pékin. 5 mars 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

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