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Éducation à la sexualité : des syndicats demandent à Philippe Couillard d’agir

Des élèves assistent à un atelier sur le consentement sexuel à l'école secondaire de Rivière-du-Loup.
Des élèves assistent à un atelier sur le consentement sexuel à l'école secondaire de Rivière-du-Loup. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

PRIMEUR – D'importants syndicats d'enseignants interpellent directement le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, relativement à l'implantation des cours obligatoires d'éducation à la sexualité. Dans une lettre qui a été acheminée au bureau du premier ministre et dont Radio-Canada a obtenu copie, ces syndicats dénoncent un manque de préparation qui risque de faire échouer l'objectif d'éduquer adéquatement les jeunes à la sexualité.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

À la veille d'un forum sur les agressions sexuelles à la fin de 2017, M. Couillard a donné le mot d’ordre afin que tous les élèves québécois, du primaire au secondaire, suivent obligatoirement des cours d’éducation sexuelle dès septembre prochain. C’est la raison pour laquelle la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) et l’Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec lui ont adressé personnellement cette lettre, plutôt qu’au ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

La lettre signée par les présidents des deux organisations – qui représentant près des trois quarts des 100 000 enseignants de la province au primaire et au secondaire – soulève plusieurs préoccupations.

Les cours devront être donnés sous forme de notions pendant le parcours scolaire par des enseignants. Puisqu’il s’agit d’un « sujet au si grand potentiel de charge émotionnelle chez les élèves », les syndicats s’inquiètent que des enseignants non préparés se portent volontaires « pour cette entreprise improvisée ».

Que répondriez-vous à l’élève qui se confie à vous pour avoir pris la pilule du lendemain après un viol collectif? […] vous conviendrez que cela nécessite de la préparation et des ressources à portée de main pour des gens formés à enseigner des disciplines autres.

Extrait de la lettre destinée au premier ministre Philippe Couillard

Selon la lettre, les formations, les canevas et le matériel pédagogique ne seraient toujours pas complétés et le moment pour enseigner ces notions reste encore à définir. « Les changements, ça se planifie », dénoncent les syndicats qui se sentent lésés dans ce processus, parce que non consultés. Pourtant, Philippe Couillard promettait lors de son annonce d’impliquer les enseignants dans l'implantation des cours obligatoires d'éducation à la sexualité.

Conséquences de l’absence d’un responsable?

Appelée à commenter cette lettre, la présidente de la FSE, Josée Scalabrini, a reconnu ne pas connaître le nombre d’écoles n’ayant pu identifier des enseignants responsables de l’éducation à la sexualité. De nombreux milieux auraient toutefois levé un drapeau rouge, assez pour justifier cette sortie publique.

« Nous, on dit que nous ne sommes pas prêts. Quelles seront les conséquences pour tous les milieux où il n’y aura pas de volontaires? » demande Mme Scalabrini au premier ministre.

Bien qu’il reste six mois avant la rentrée scolaire, la marge de manœuvre est réduite de jour en jour. « On commence toujours à préparer la prochaine année scolaire fin octobre, début novembre, ajoute-t-elle. On est en mars. Comment voulez-vous qu’on décide qui fera quoi avec des consignes qui ne sont pas claires? »

Seulement 200 des 3000 écoles du Québec participent à un projet pilote d’éducation à la sexualité du ministère de l’Éducation. L’implantation du programme sur tout le territoire représente un défi de taille, à un point tel que les syndicats y voient la nécessité « de prendre un pas de recul » pour « éviter les dérives annoncées ».

Réponse difficile à obtenir

Selon toutes vraisemblances, les syndicats resteront sur leur faim. Le cabinet du ministre de l’Éducation a commenté la lettre en répétant que les enseignants seront prêts et les ressources, au rendez-vous. Il nous a été impossible également de connaître les conséquences pour un établissement d’enseignement qui ne parviendra pas à offrir les cours d’éducation à la sexualité.

Aux dires du cabinet, le tiers des commissions scolaires auraient donné des formations jusqu’ici et ces mêmes commissions peuvent toujours embaucher des ressources externes, tel qu’un sexologue ou un travailleur social, en l’absence d’enseignants volontaires.

Points saillants du programme :

  • Éducation sexuelle obligatoire pour tous les élèves à compter de septembre 2018;
  • Clientèle visée : élèves du primaire et du secondaire;
  • Sujets abordés au primaire : rôles sexuels, situations d'agression sexuelle, conception, stéréotypes sexuels, changements associés à la puberté, sexisme, homophobie, éveil amoureux et sexuel;
  • Sujets abordés au secondaire : orientation sexuelle, notion de consentement, relations amoureuses, désir et plaisir sexuel, relations sexuelles non protégées, infections transmises sexuellement.

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