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Autres temps, autres moeurs : le 8 mars vu par deux femmes centenaires

Radio-Canada

Pour les centenaires Annette Nicolas et Jeanne Garand, la Journée internationale des femmes est une journée comme les autres. Même si elles confient que le quotidien des femmes était plus difficile à leur époque, elles n'auraient rien changé à leur parcours de vie... bien différent de celui des femmes d'aujourd'hui.

Un texte de Geneviève Lapalme

Annette Nicolas et Jeanne Garand avaient 20 ans en 1938. Leur rôle au sein de la société, de la famille, du couple, sur le marché du travail et aux yeux de la religion était très différent de la réalité des femmes d’aujourd’hui. Une réalité qui, depuis, a été modelée et transformée par trois grandes vagues de féminisme.

« Le rôle de la femme suit son temps. Dans ce temps-là, c’était comme ça et aujourd’hui, c’est autrement et les deux ne pourraient pas se mélanger », confie Annette Nicolas, qui a consacré une bonne partie de sa vie au bien-être de ses 10 enfants et de son mari.

Annette Nicolas âgée de 28 ans et accompagnée de son premier enfantAnnette Nicolas était âgée de 28 ans lorsqu'elle a eu son premier de dix enfants, en 1946. Photo : Radio-Canada

La professeure émérite en sociologie à l’Université d’Ottawa, Diane Pacom, explique que le rôle de la majorité des femmes de cet âge a été façonné par la société de cette époque, elle-même influencée par la religion.

« Elles étaient campées dans une vision du monde, dans un imaginaire qui plaçait la femme dans un espace symbolique complètement différent. Les femmes ne s’en rendaient pas compte parce qu’elles avaient accepté cette domination », précise-t-elle.

Mariage dans la vingtaine, quotidien rythmé par les tâches ménagères, accouchements périodiques : Annette et Jeanne partagent beaucoup de souvenirs malgré leurs deux parcours de vie différents.

Tous les 18 mois, il y avait un nouveau bébé. On n’était pas capable d’empêcher ça dans ce temps-là, on n’avait pas de pilule.

Annette Nicolas, centenaire

Malgré les difficultés entraînées par ce mode de vie, elle ne changerait rien à son parcours.

Jeanne Garand est du même avis. Elle qui a commencé à fonder sa famille dès l’âge de 25 ans, croit qu’être mère en 2018 comporte d’autres défis.

« C’est plus facile d’une manière pour les jeunes femmes de vivre aujourd’hui, mais c’est plus difficile parce qu’il faut qu’elles laissent la maison pour aller au travail. Il faut qu’elles laissent leurs jeunes enfants. Ça doit être dur », expose Jeanne Garand.

Jeanne Garand accompagnée de son mari Jean Garand.Jeanne Garand s'est marié à Jean Garand à l'âge de 23 ans. Photo : Radio-Canada

Diane Pacom rappelle que la révolution industrielle, l’accès à la contraception et les deux guerres mondiales ont contribué à diversifier le rôle de la femme. Elle se définissaient autrement qu’à travers la maternité.

Annette Nicolas accompagnée de cinq infirmière à l'hôpital de Saint-BonifaceCe n'est qu'en 1962, qu'Annette Nicolas, alors âgée de 44 ans, quitte le foyer pour aller travailler comme infirmière à l'hôpital de Saint-Boniface. Photo : Radio-Canada

« Pour plusieurs femmes, ces changements étaient toutefois vus comme une perte de ce rôle symbolique, rôle presque sacré qui leur était accolé », estime la sociologue.

L’émancipation grâce à la liberté d’expression et à l’éducation

Le Manitoba fut la première province au Canada à adopter le suffrage féminin en 1916. Les deux centenaires ont donc eu accès aux urnes toute leur vie, mais n’avaient pas nécessairement une voix au niveau politique.

« Je n’écoutais pas beaucoup les nouvelles dans ce temps-là. Je n’avais pas le temps, avec toutes les tâches ménagères. Mon mari, lui, écoutait les nouvelles. Il savait donc pour qui voter. C’est de même que ça marchait », se souvient Annette Marchand, de son nom de naissance.

Annette accompagnée de son mari Ernest Nicolas, lors de leur voyage de noces en 1945Annette, accompagnée de son mari Ernest Nicolas, lors de leur voyage de noces en 1945. Photo : Radio-Canada

La division entre la sphère publique et privée était très claire à cette époque, explique la sociologue Diane Pacom.

« Le public était l’affaire des hommes, le privé était le domaine de la femme, précise-t-elle. Ces femmes résistaient quand même à ce système patriarcal, mais d’une façon plus discrète. Même si elles agissaient et pensaient différemment, elles ne le disaient pas. La parole n’était pas libre comme elle l’est aujourd’hui. »

L’éducation est un facteur déterminant pour l’émancipation des femmes, grâce auquel la tutelle des femmes serait pratiquement impossible aujourd’hui en Occident, croit Diane Pacom.

Elle n’est ni optimiste ni pessimiste quant à la lutte pour l’égalité des sexes, mais plutôt confiante.

Nous ne sommes pas encore dans une société égalitaire, mais il y a une flamme. On sent qu’il y a un ressac. Il y a une brèche qu’on continue d’élargir. Grâce à des petits gestes, nous continuons d’essayer d’ouvrir cette brèche.

Diane Pacom, professeure émérite en sociologie à l'Université d'Ottawa

Une brèche qui fait sourire Jeanne Garand.

« Oui, les femmes sont plus libres. Je suis contente de ça. Elles se révoltent et elles gagnent aussi parfois. Pas toujours, mais… »

Manitoba

Société