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L'Isle Madame sans munitions pour attirer des médecins

L'infirmière Charmaine Boudreau en avait assez de faire des heures supplémentaires. Elle a décidé de s'engager dans un comité de recrutement pour attirer de nouveaux professionnels de santé dans sa région.

L'infirmière Charmaine Boudreau en avait assez de faire des heures supplémentaires. Elle a décidé de s'engager dans un comité de recrutement pour attirer de nouveaux professionnels de santé dans sa région.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Radio-Canada

La communauté d'Arichat, à l'Isle Madame, en Nouvelle-Écosse, a mis sur pied, il y a un an, un comité dans l'espoir de recruter des médecins prêts à venir travailler sur l'île. Depuis, la situation ne s'est guère améliorée. Elle a peut-être même empiré.

Un texte d'Olivier Lefebvre

Charmaine Boudreau est infirmière au Centre de santé Ste. Anne. Elle travaille souvent six jours par semaine et fait des heures supplémentaire.

La nuit, elle est souvent seule pour veiller sur la trentaine de résidents et la salle d'urgence.

On peut pas avoir de jours pour nous autres. On travaille overtime.

Charmaine Boudreau, infirmière

Malgré la surcharge de travail, l'infirmière trouve l'énergie pour s'investir dans un comité de recrutement de médecins.

Ce comité formé de sept personnes - des professionnels de la santé, mais aussi des citoyens - a vu le jour il y a environ un an. Il est à la recherche de candidats, francophones ou non.

L'urgence du Centre de santé Ste. Anne à Arichat, au Cap-BretonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Centre de soins communautaires et infirmières Ste Anne à Arichat au Cap Breton.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Fermeture de l'urgence à répétition

L'offre de soins de santé s'était détériorée l'année précédant la formation du comité. Le manque de personnel a forcé l'administration du centre de santé à fermer sa salle d'urgence pendant des centaines d'heures.

C'est du jamais vu. Ça pourrait avoir des conséquences graves. On pourrait perdre des patients.

Annette Fougère, administratrice

La salle d'urgence a fermé 358 heures en tout d'avril à septembre 2016, la moitié du temps parce qu'il n'y avait pas de médecins disponibles.

Pour la même période l'an dernier, on compte plus de 500 heures de fermeture, la plupart du temps, encore une fois, en raison du manque de médecins.

L'autre urgence la plus proche se situe à une trentaine de kilomètres, à l'hôpital Strait Richmond. Il arrive toutefois qu'elle ferme en même temps et pour les mêmes raisons que celle d'Arichat.

L'administratrice du Centre de santé Ste. Anne fait état de centaines d'heures de fermeture de la salle d'urgence cette année, notamment en raison du manque de médecins.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Annette Fougère est l'administratrice du Centre de soins communautaires et infirnières Ste Anne à Arichat.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

« Ça veut dire qu'il faut conduire une heure et demie pour arriver à l'urgence la plus proche. C'est bien si on a mal à un pied, mais pas tellement bien si on a une crise cardiaque », affirme Charmaine Boudreau.

Trois médecins pratiquent à l'Isle Madame. Deux sont de garde, chacun leur tour, à la salle d'urgence d'Arichat. Ils ont déjà été une quinzaine, se rappelle l'infirmière.

Le plus âgé pendra sa retraite bientôt comme plusieurs autres médecins généralistes en Nouvelle-Écosse. Plus de la moitié des médecins de famille dans la province sont âgés de plus de 50 ans.

Le village de Petit-de-Grat, près d'Arichat au Cap-BretonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le village de Petit-de-Grat au Cap Breton.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Pourquoi quitter l'Isle Madame?

L'Isle Madame est isolée. On dit souvent qu'il s'agit d'« une île sur une île », puisqu'elle fait partie de l'île du Cap-Breton.

Dans l'espoir d'offrir un milieu attirant pour de futurs médecins, Charmaine Boudreau réalise des entrevues de départ avec ceux qui ont quitté la communauté.

L'infirmière Charmaine Boudreau s'est intéressée aux raisons pour lesquelles les médecins décident de quitter sa communauté.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charmaine Boudreau est infirmière au Centre de soins communautaires et infirnières Ste Anne à Arichat.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Pour plusieurs, leur qualité de vie était minée par une charge de travail trop lourde. « Les médecins qui viennent ces jours-ci, qui sont éduqués ces jours-ci, ne sont pas ceux qui veulent travailler comme des animaux. Ils veulent leur time off [congés] et leurs vacances », renchérit l'administratice Annette Fougère.

Pour d'autres, leur conjoint n'arrivait pas à dénicher du travail ou le couple ne trouvait pas de maison intéressante pour se loger.

Charmaine Boudreau se rappelle d'un médecin fraîchement diplômé intéressé à travailler dans la communauté.

Il venait d'ici. C'était son intention de retourner ici, mais une grosse ville lui a offert 100 000 $ pour signer avec eux, on l'a perdu. C'est comprenable, tu sors de l'université, tu dois des milles et des milles et des milles sur des students loans [emprunts étudiants]. Tu vas aller où l'argent est la meilleure.

Charmaine Boudreau, infirmière

Les médecins de famille en Nouvelle-Écosse sont par ailleurs les moins bien payés au pays.

Le comité dont fait partie l'infirmière cherche à trouver un moyen d'offrir un incitatif financier à de futurs candidats, mais ignore d'où les fonds pourraient provenir. Le groupe étudie aussi la possibilité d'acheter une maison pour loger un futur médecin.

Quatre jeunes adultes de l'Isle Madame étudient actuellement la médecine en français à l'Université de Moncton.

Le comité fonde beaucoup d'espoir sur ces futurs médecins, mais Charmaine Boudreau demeure lucide : « il n'y a pas grand-chose à faire ici, ce n'est pas trop excitant, mais c'est une bonne place pour élever tes enfants. »

La situation à l'Isle Madame n'est guère différente de celle dans plusieurs autres communautés en Nouvelle-Écosse, mais aussi au pays.

Moins d'un médecins sur dix exerce en région rurale au Canada, selon les plus récentes données de l'Association médicale canadienne. Près d'un Canadien sur cinq vit dans ces régions.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse mise notamment sur l'immigration pour s'attarder à la pénurie de médecins de famille qui fait rage dans la province.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse mise notamment sur l'immigration pour s'attarder à la pénurie de médecins de famille qui fait rage dans la province.

Photo : Radio-Canada

Des intiatives provinciales

L'administratrice du Centre de santé Ste. Anne, Annette Fougère, a déjà eu une longue carrière en santé. Elle est administratrice du centre depuis sept ans. Elle a auparavant travaillé comme infirmière et inhalothérapeute.

Elle craint le pire, surtout compte tenu de l'ampleur des changements nécessaires pour attirer de nouveaux médecins à l'Isle Madame.

La province assure de son côté faire des efforts de recrutement, notamment à l'international et ailleurs au pays, mais sans pour autant dévoiler les détails de sa stratégie.

Nous ne sommes pas en position de faire une annonce spécifique à propos du chemin que nous allons prendre pour se rendre-là.

Randy Delorey, ministre de la Santé, N.-É.

Le ministre de la Santé rappelle l'engagement de son gouvernement d'ajouter des places de résidence en médecine.

« Environ 75 % des médecins formés en Nouvelle-Écosse, restent en Nouvelle-Écosse », dit-il, en faisant référence aux statistiques dévoilées par l'association Maritime Resident Doctors l'automne dernier.

La province mise également sur une approche collaborative, où des équipes composées de médecins et d'infirmières praticiennes servent, pour le patient, de point d'entrée dans le réseau public de santé.

Le ministre de la Santé, Randy Delorey, insiste sur la formation des médecins en Nouvelle-Écosse comme moyen de rétention des diplômés.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre de la Santé, Randy Delorey, insiste sur la formation des médecins en Nouvelle-Écosse comme moyen de rétention des diplômés.

Photo : Radio-Canada

Le premier ministre Stephen McNeil a avoué, au mois de décembre, que les gouvernement récents, incluant le sien, ont été lents à implanter ces soins.

Il y a actuellement une cinquantaine de cliniques collaboratives dans la province, indique le ministère de la Santé.

Lueur d'espoir pour Annette Fougère : la régie de la santé l'a informée, à la mi-mars, qu'une travailleuse sociale et une infirmière en médecine familiale viendront bientôt s'installer dans la région.

Cela permettra, selon elle, d'alléger la tâche des autres professionnels de la santé, dont les deux médecins de garde à l'urgence.

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