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L'ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille ont été victimes d'un gaz innervant

Quatre policiers discutent devant une camionnette de la police britannique stationnée devant le restaurant Zizzi.
Des policiers britanniques discutent mercredi devant le restaurant Zizzi, qui demeure fermé au public. Les enquêteurs au dossier cherchent des témoins ayant fréquenté cet endroit et le bar The Mill, situé tout près. La police croit que M. Skripal et sa fille ont fréquenté ces endroits dimanche. Photo: La Presse canadienne / AP/Matt Dunham
Radio-Canada

L'ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Youlia ont été victimes d'une « tentative de meurtre par l'administration d'un agent innervant », affirme la police antiterroriste britannique. Les deux victimes, retrouvées inconscientes dimanche à Salisbury, demeurent hospitalisées aux soins intensifs dans un état grave.

Dans un bref point de presse donné mercredi en fin d'après-midi, le chef de la police antiterroriste, Mark Rowley, a indiqué que le gaz innervant utilisé par les assassins a bel et bien été identifié, mais il a refusé d'en dire davantage à ce sujet.

M. Rowley a aussi indiqué qu'un policier qui a aidé M. Skripal et sa fille au moment de l'incident était également hospitalisé dans un état grave. Les autorités ne croient cependant pas que la santé des résidents de Salisbury soit à risque, a-t-il précisé.

Ayant établi qu’un agent innervant est la cause des symptômes qui nous ont menés à traiter cela comme une tentative de meurtre, je peux aussi confirmer que nous croyons que les deux personnes qui sont tombées malades ont été ciblées délibérément.

Mark Rowley

Les gaz innervants les plus connus sont le sarin et le VX, récemment utilisé lors de l'assassinat du demi-frère du dictateur nord-coréen Kim Jong-un en février 2017 en Malaisie.

« Maintenant, notre rôle est d'établir qui est derrière ce geste », a poursuivi M. Rowley. Selon lui, des « centaines » d'enquêteurs, de spécialistes judiciaires et d'agents de renseignements travaillent « jour et nuit » sur cette affaire.

La police cherche tout particulièrement à retracer les déplacements des deux victimes, dimanche, entre 13 h et 16 h. M. Skripal et sa fille auraient notamment dîné dans un restaurant de l'enseigne de pizzeria Zizzi et pris un verre au pub The Mill, avant d'aller s'asseoir sur le banc public où ils ont été retrouvés.

M. Rowley demande spécifiquement à quiconque a pu constater quelque chose d'anormal dans ce secteur de contacter la police. Les services antiterroristes britanniques aimeraient tout particulièrement jeter un coup d'oeil à toute photo ou vidéo faite à la pizzeria ou au pub.

Ces deux établissements demeurent fermés au public mercredi. Un nouveau périmètre de sécurité a aussi été mis en place « par précaution » dans une zone située à environ 35 kilomètres plus loin. Les raisons de cette décision ne sont pas connues.

M. Rowley a prévenu les citoyens de Salisbury que des policiers seraient vraisemblablement à pied d'oeuvre pendant encore « plusieurs jours ».

Un policier britannique, debout devant la scène de crime, qui a été scellée.Un policier britannique monte la garde devant la scène de crime, un banc public situé devant un centre commercial de Salisbury. Le banc est protégé par une tente. Photo : Reuters / Toby Melville

L'affaire Litvinenko alimente les spéculations

Selon des experts en armes chimiques, il est pratiquement impossible de créer des gaz innervants sans être bien formé. « Il faut une expertise et un endroit très spécial pour faire ça, sinon, on peut se tuer », a raconté l’un d’eux au quotidien The Guardian, qui avait diffusé la nouvelle en primeur. « On ne fait pas ça dans sa cuisine. »

Cette annonce de la police risque fort d’alimenter les parallèles entre cette affaire et le meurtre d'Alexandre Litvinenko, un ancien agent des services secrets russes qui a été empoisonné au polonium-210 en 2010. Une enquête britannique avait mis en cause la responsabilité de Moscou dans cette affaire.

Bien que les services antiterroristes de Scotland Yard, qui ont pris les commandes de l'enquête, aient affirmé étudier toutes les pistes, le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, ne s'est pas gêné pour montrer Moscou du doigt, en faisant référence précisément au dossier Litvinenko.

« Si l'enquête démontre la responsabilité d'un État, le gouvernement répondra de façon appropriée et ferme », a déclaré M. Johnson devant les députés, avant de qualifier la Russie de « force néfaste et perturbatrice dans bien des aspects ».

Plus tôt dans la journée, mercredi, le gouvernement britannique a convoqué une réunion d'urgence dans cette affaire. Au terme de la rencontre, la ministre de l'Intérieur, Amber Rudd, a appelé tout un chacun à « garder la tête froide », en prévenant que l'enquête « sera longue ».

Image floue d'un homme et d'une femme marchant côte à côte.Cette image filmée dimanche par une caméra de surveillance montre Sergueï Skripal et sa fille Youlia marchant dans une allée reliant le restaurant Zizzi au banc de parc où ils ont été retrouvés inconscients. Photo : La Presse canadienne / AP

« Cette histoire a dès le début commencé à être utilisée pour doper la campagne antirusse dans les médias », a pour sa part commenté la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, lors d'une conférence de presse.

Dénonçant des « accusations sans fondement », Mme Zakharova a estimé que « cette histoire va finir comme d'habitude : d'abord, des accusations sans fondement, puis ils garderont leurs secrets, et ni les journalistes, ni la population, ni les politiques ne sauront ce qui s'est réellement passé ».

Ancien colonel du service de renseignement de l'armée russe, le GRU, Sergueï Skripal avait été accusé de « haute trahison » pour avoir vendu à partir de 1995 des informations aux renseignements britanniques, et condamné en 2006 à 13 ans de prison.

En 2010, il avait fait l'objet d'un échange de prisonniers organisé entre Moscou d'une part, Londres et Washington d'autre part, et s'était installé en Angleterre.

Avec les informations de Agence France-Presse, et The Guardian

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