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Nouveau vaccin contre la pneumonie et la méningite chez les enfants du Nord canadien

Frank St. Michael montre une fiole dans un laboratoire.
Frank St. Michael montre comment les scientifiques de l’Agence de la santé publique du Canada ont créé un vaccin pour l'« Haemophilus influenzae », une bactérie potentiellement mortelle qui touche surtout les communautés autochtones du Nord canadien. Photo: CBC / Pierre-Paul Couture
Radio-Canada

Des chercheurs fédéraux ont collaboré à la mise au point d'un vaccin préventif pour une bactérie potentiellement mortelle qui cause la pneumonie, des empoisonnements du sang et la méningite chez les enfants. Cette bactérie touche en particulier les enfants des communautés autochtones et du Grand Nord. Les scientifiques espèrent que le vaccin sera prêt en 2022.

Des scientifiques de l’Agence de la santé publique du Canada ont d’abord identifié des infections à la bactérie Haemophilus influenzae (Hia) dans le milieu des années 2000, dans des hôpitaux de Winnipeg, d'Edmonton et de Montréal.

La bactérie est devenue plus commune depuis. C’est une préoccupation de santé publique pour les enfants de 5 ans et moins et pour les adultes dont le système immunitaire ne fonctionne pas bien, explique le Dr Guillaume Poliquin, conseiller médical principal pour l’Agence de la santé publique du Canada au Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg.

Le Dr Poliquin est pédiatre et spécialiste des maladies infectieuses. Il travaille dans des communautés du Nord canadien et a vu l’impact de cette bactérie sur les patients et leurs familles. Environ 500 personnes sont exposées à à l'Haemophilus influenzae chaque année, et environ 10 % d'entre elles en meurent.

« Ça peut se propager partout dans le corps et ça peut causer des pneumonies, ainsi que des infections de la peau, des tissus mous et des os. La complication qui nous inquiète le plus est la méningite », dit le médecin spécialiste.

« On ne sait pas pourquoi on voit la bactérie spécifiquement chez les populations autochtones, mais on fait de la recherche là-dessus, précise-t-il. Ça pourrait être les conditions de vie dans le Nord, les logements surpeuplés et l’accès difficile à de la nourriture nutritive, mais on ne sait pas exactement. »

Les enfants atteints de méningite ne peuvent pas toujours être traités dans leur communauté et doivent donc être évacués d’urgence vers des hôpitaux, où on leur administre pendant des semaines des antibiotiques intraveineux.

« On parle donc d’enfants et de familles déplacés dans des endroits éloignés de tout soutien communautaire habituel, mentionne le médecin. Et ça ne s’arrête pas là : la méningite a un effet à long terme sur le développement de l’enfant, ce qui entraîne d’autres allers-retours pendant des années. L'effet est immédiat et à long terme. »

Le développement du vaccin

L’équipe de recherche du Dr Raymond Tsang, elle aussi établie à Winnipeg, a identifié la bactérie Haemophilus influenzae de type A, celle qui est responsable des cas analysés.

Michelle Shuel, Guillaume Poliquin et Raymond Chang sont habillés en sarraus dans un laboratoire. Michelle Shuel, Guillaume Poliquin et Raymond Chang ont découvert la bactérie Hia de type A dans le nord du Manitoba. Ils ont travaillé avec Conseil national de recherches Canada pour créer un vaccin. Photo : CBC / Warren Kay

Son équipe a isolé la partie de la bactérie la plus vulnérable et l’a envoyée au Conseil national de recherches du Canada à Ottawa, où les scientifiques ont mis au point un vaccin, dont l'efficacité a été testée avec succès sur des souris et des lapins.

Les antibiotiques peuvent traiter les infections à la bactérie Haemophilus influenzae de type A, mais c’est le premier vaccin conçu pour les prévenir. Un vaccin pour contrer la méningite de type B a aussi été efficace dans le passé, ce qui a entraîné la quasi-disparition de la maladie. Mais cette protection croisée n'existait pas encore dans le cas de la bactérie de type A.

Un vaccin en attente de financement

Le Conseil national de recherches du Canada, à Ottawa, a attribué à une firme de Vancouver, InventVacc Biologicals inc., le permis pour la fabrication du vaccin. La technologie reste la propriété du gouvernement canadien. InventVacc Biologicals inc. cherche du financement pour mener des études cliniques.

« Comme c’est seulement une population de niche qui souffre de cette maladie, les grosses entreprises pharmaceutiques ne s'y intéressent pas, malheureusement, parce qu’elles ne feraient pas beaucoup d’argent », explique Andrew Cox, agent de recherche principal au Conseil national de recherches du Canada à Ottawa.

« Nous ne sommes pas des rats »

Les leaders autochtones se disent ouverts à toute solution qui améliorera la santé et la qualité de vie des communautés du Nord. Ils veulent aussi être consultés sur les études cliniques qui auraient lieu dans leur communauté.

John Clarke, le chef de la Première Nation de Barren Lands, dans le nord du Manitoba, espère que le vaccin sera testé et approuvé pour l’utilisation par des humains avant qu’il ne soit envoyé dans des communautés comme la sienne.

« La prévention est toujours importante, mais nous ne sommes pas des rats. Nous sommes du Grand Nord, notre système de santé n’est pas toujours bon, mais ça ne veut pas dire qu’on devrait nous envoyer n’importe quoi », dit-il.

« Main dans la main »

Andrew Cox se fait rassurant quant aux essais cliniques dans les communautés autochtones. « On va travailler main dans la main avec elles, avec leur soutien et avec leurs connaissances », dit-il.

« Aucun essai dans des communautés autochtones n’aura lieu sans qu'elles en expriment le souhait et sans leur contribution dans la conception des essais cliniques, précise Santé Canada dans une déclaration. De plus, les essais vont respecter les directives éthiques pour des études de recherche qui ont une influence sur les communautés des Premières Nations. »

S’il est approuvé par Santé Canada, le vaccin pourrait être offert au Canada en 2022. Il serait administré aux enfants de moins de 1 an avec leurs premiers vaccins.

Avec des informations de CBC

Manitoba

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