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La Journée internationale des femmes à l’ère du mouvement #MoiAussi

Affiche #MeToo.

Affiche #MeToo tenue par une femme.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le mouvement #MoiAussi a provoqué une discussion sans précédent sur les violences à caractère sexuel à travers le monde. Mais ce mouvement a-t-il changé quelque chose pour les femmes au Nouveau-Brunswick?

Un texte d'Anaïs Brasier

Geneviève Latour est directrice du Centre d’agression sexuelle Sud-Est. Dans le cadre de son travail, elle a rencontré plusieurs femmes qui, pendant des années, se sentaient mal à l'aise par rapport au comportement de certains hommes, « mais pensaient que c’était normal, que cela faisait partie de la vie d’une femme ».

Mais depuis le début du mouvement #MoiAussi, ces mêmes femmes lui disent enfin comprendre pourquoi elles réagissaient ainsi.

Elles disent : “Wow. C’est de la violence que j’ai vécue, c’est de l’agression, j’ai finalement un mot pour décrire ce que je vis. Le sentiment que j’ai ressenti, d’autres femmes le ressentent. C’est pas moi qui est ridicule”.

Une citation de : Geneviève Latour, directrice du Centre d’agression sexuelle Sud-Est
Geneviève L. Latour.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Geneviève L. Latour directrice du Centre d'agression sexuelle du Sud-Est

Photo : Radio-Canada / Amélie Gosselin

Le fait de pouvoir enfin reconnaître et nommer ce qu’elles ont vécu permet aussi à ces femmes de commencer le processus de guérison et d’aller chercher de l’aide.

Depuis le début du mois de février, le Centre d’agression sexuelle Sud-Est a lancé une ligne de soutien gratuite ouverte en tout temps, 24 heures sur 24, pour les victimes de violence à caractère sexuel . En seulement un mois, le Centre a reçu plus de 100 appels.

1-844-853-0811.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La ligne de soutien du Centre est ouverte 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Photo : Radio-Canada / Facebook : Centre d'agression sexuelle du Sud-Est

Les violences à caractère sexuel sont donc bien présentes au Nouveau-Brunswick, assure Geneviève Latour.

Des cas bien concrets

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) mène actuellement un sondage auprès des francophones de la province au sujet de leurs expériences et de leurs points de vue quant à la violence à caractère sexuel. Ce sondage, qui ne se veut pas exhaustif ni scientifique, répertorie des expériences bien concrètes. Celles-ci vont de commentaires déplacés dans la rue à des viols.

Voici quelques réponses :

  • « Viol dans le cadre d’une relation amoureuse »
  • « Être droguée pour être ensuite abusée »
  • « Il n'y a pas une journée que je ne vis pas de la violence à caractère sexuel! »
  • « Il est arrivé chez moi, [et] comme c'était un de mes "amis", mes parents ne se sont pas posé de questions, ils l'informent que je suis dans ma chambre! Il arrive dans ma chambre, je lui redis encore une fois très clairement NON, mais il l'ignore et passe à l'acte. »
  • « Un homme qui a pris une vidéo sans que je m'en rende compte, et sans bien entendu mon consentement, en dessous de ma jupe. »
  • « Mes premières expériences de violences sexuelles ont été dans le cadre de relations amoureuses, durant mon adolescence et au début de la vingtaine, où on insistait longuement pour me convaincre d'avoir certaines activités sexuelles. Un non ne suffisait pas à faire cesser le harcèlement. On insistait jusqu'à ce que je dise oui, sinon je me faisais bouder et subissais la frustration de ces chums. »
Plusieurs réponses ont été hachurées dans le document soumis à Radio-Canada par le RFNB, en raison de détails qui auraient pu permettre d'identifier les répondants. Le sondage est encore disponible en ligne.

Pourquoi aucune dénonciation?

Pourtant, aucune dénonciation publique n’a été faite au Nouveau-Brunswick, contrairement à ce qu'on a vu au Québec ou en Ontario.

« On a l’impression que le mouvement #MoiAussi a contourné le Nouveau-Brunswick, parce qu’il n’y a pas de grands noms qui sont tombés », explique Nelly Denenne, directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick.

Selon elle, c’est parce que « les facteurs ne sont pas les mêmes que dans les autres provinces », surtout au sein de la communauté francophone.

Tout le monde se connaît. C’est beaucoup plus difficile de pouvoir témoigner publiquement alors qu’il y a beaucoup de risques de perte d’emploi ou de briser des familles.

Une citation de : Nelly Denenne, directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick.
Nelly Dennene, directrice générale Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, devant son ordinateur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nelly Dennene, directrice générale Regroupement féministe du N.-B., invite les gens à participer à la campagne de sensibilisation.

Photo : Radio-Canada / Catherine Dumas

Les noms d'agresseurs et les histoires d'inconduite sont pourtant bien connus dans les cercles fermés. « C’est pas parce qu’on n’en entend pas parler que, dans les cercles plus discrets, ça ne se parle pas, souligne Christine Griffin, agente de liaison et de mobilisation du RFNB. Là, les noms d’agresseurs et les vécus s’échangent. Les femmes se protègent entre elles depuis toujours. »

Le problème, c’est que les structures pour accompagner les personnes victimes de violence sexuelle ne fonctionnent pas au Nouveau-Brunswick, déplorent des intervenantes. D'ailleurs, beaucoup de répondants au sondage du RFNB ont souligné le manque d’aide aux victimes et de soutien.

« De s’en aller jusqu’à dénoncer pour qu’au final ton dossier reste sur la table pendant des dizaines d’années, ça en amène plusieurs à préférer ne pas passer à travers tout ça », explique Nelly Denenne.

Et maintenant?

Le mouvement #MoiAussi a donc clairement établi que les violences à caractère sexuel existent toujours en 2018 au Nouveau-Brunswick. Mais il est important que ce mouvement se transforme en mesures concrètes, explique Christine Griffin. Des mesures pour faciliter le processus de dénonciation et de guérison pour les victimes, mais aussi des mesures de prévention, comme une meilleure éducation sexuelle ou de meilleures politiques au sein des entreprises. « Oui, de grandes avancées ont été faites avec le mouvement #MoiAussi, mais il ne faut jamais s’asseoir sur les acquis », ajoute Geneviève Latour.

« Il faut bâtir sur le mouvement », conclut-elle, et prendre toutes les occasions nécessaires pour continuer à en parler, comme la Journée internationale des femmes.

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