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D'où proviennent les athlètes paralympiques canadiens?

Des athlètes canadiens marchent et saluent la foule.
La délégation paralympique du Canada fait son entrée à Pyeongchang lors de la cérémonie d'ouverture. Photo: Getty Images / ED JONES
Daniel Blanchette Pelletier

Au tour de la délégation paralympique canadienne de vous en mettre plein la vue. Tout juste lancés, les Jeux paralympiques de Pyeongchang mettent en vedette jusqu'au 18 mars une cinquantaine de Canadiens originaires d'un peu partout au pays.

Il s’agit de la plus grande délégation canadienne jamais envoyée à des Jeux paralympiques d’hiver.

La majorité des athlètes canadiens, au nombre de 55, habitent en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Ces trois provinces sont évidemment parmi les plus populeuses du pays, mais elles sont aussi reconnues comme des centres de sport de haut niveau.

« Ce sont aussi les provinces qui investissent le plus dans le sport amateur », rappelle le directeur général de Parasports Québec, Francis Ménard.

Les athlètes paralympiques ne résident pas nécessairement dans les grands centres urbains, comme c’est le cas pour plusieurs de leurs confrères olympiques.

En hiver, leurs sports nécessitent moins d’infrastructures spécialisées et peuvent se pratiquer un peu partout, explique Francis Ménard.

« Du moment qu’un entraîneur accepte un athlète, peu importe son handicap, on a les conditions gagnantes pour le développer où qu’il se trouve, poursuit-il. Il ne reste qu’à l’équiper, mais l’équipement en sport adapté est souvent plus dispendieux que dans les sports réguliers. »

Brad Bowden marque un but lors d'un match à Vancouver.Le hockeyeur canadien Brad Bowden en est à ses 5e Jeux paralympiques. Photo : Reuters / Lyle Stafford

Le financement est d’ailleurs un enjeu pour les athlètes paralympiques, qui peuvent rarement vivre de leur sport. Il s’agit le plus souvent d’un loisir, et non d’une profession, explique Sébastien Fortier, un parafondeur qui en est à ses troisièmes Jeux paralympiques.

Le parasport, c’est plus un passe-temps. Tu ne gagnes pas ta vie avec ça.

Sébastien Fortier

L’athlète de 31 ans reçoit, par exemple, un montant mensuel de Patrimoine canadien, bonifié en fonction de ses performances. C’est le même principe pour tous les athlètes.

« Tous les programmes sportifs au niveau fédéral sont exactement pareils, qu’ils soient olympiques ou paralympiques », explique la directrice exécutive sport au Comité paralympique canadien, Catherine Gosselin-Després.

Ottawa finance aussi les différentes fédérations sportives intégrées (qui chapeautent autant les sports olympiques que les sports paralympiques). Elles distribuent ensuite les sommes reçues à leur guise pour le développement des athlètes. Les athlètes et les fédérations ont aussi accès à du financement provincial.

« C’est beaucoup plus que c’était il y a quelques années, convient Sébastien Fortier. Mais s’il y avait plus de financement, il y aurait encore plus d’athlètes. » Là où l’écart se creuse, c’est avec les commanditaires, qui sont moins nombreux à investir dans les handisports.

Avec 55 athlètes, la délégation canadienne est malgré tout l’une des plus nombreuses envoyées cette année à Pyeongchang. Elle représente environ 10 % de tous les athlètes paralympiques qui prendront part aux compétitions.

Un nombre record de pays

Au total, 570 athlètes originaires de 49 pays sont à Pyeongchang. Le nombre de nations participant aux Jeux a triplé depuis la première édition, à Örnsköldsvik, en 1976.

Une carte montrant l'évolution du nombre de pays entre 1976 et 2018.Trois fois plus de pays participent aux Jeux de Pyeongchang que c'était le cas lors de la première édition, en 1976. Photo : Radio-Canada

La Géorgie, le Tadjikistan et la Corée du Nord, par exemple, participent pour la première fois aux Jeux.

Il y a de réels efforts pour permettre à plus de pays d’y participer, observe Yann Roche, professeur au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Avec de l'aide pour les pays moins nantis, et une place aussi importante que possible faite aux résultats, cela incite plusieurs pays à participer », estime l’expert en géopolitique du sport.

Il n’en demeure pas moins que l’écart entre le nombre d’athlètes participant aux Jeux olympiques et paralympiques (2930 versus 570 à Pyeongchang) demeure très large. Cela s’explique en partie par le moins grand nombre de sports et d’épreuves, soit 80 au total.

Un peu d’histoire paralympique

Ragnhild Myklebust fait du ski paranordique.L’athlète norvégienne Ragnhild Myklebust est la plus médaillée des Jeux paralympiques d’hiver, avec un total de 22 médailles remportées de 1988 à 2002. Photo : Getty Images / GEORGE FREY

Les handisports ont été popularisés peu après la Seconde Guerre mondiale par des militaires blessés au combat. Un neurochirurgien allemand, Ludwig Guttmann, a eu l’idée de les réhabiliter par le sport, en organisant, annuellement, des jeux en fauteuils roulants.

La compétition de 1960, organisée une semaine après les JO d’été de Rome, est considérée comme les premiers Jeux paralympiques de l’histoire. Ceux d’hiver ont vu le jour 16 ans plus tard.

Douze éditions ont depuis été organisées, tous les quatre ans. Les Jeux paralympiques d'hiver se sont transformés au fil de leur histoire, passant de seulement deux sports à leurs débuts à six cette année.

À partir de 1976, les athlètes en fauteuil roulant n’étaient plus les seuls non plus à prendre part aux compétitions. Des personnes amputées et d'autres avec une déficience visuelle ou intellectuelle se sont notamment jointes à eux.

Le nombre d’épreuves s’est alors multiplié afin de regrouper les athlètes selon leur handicap, et rendre la compétition plus équitable. Seuls les sourds et les malentendants, qui ont leurs propres Jeux, en sont encore exclus.

D’où vient le mot paralympique?

Il s’agissait à l’origine de la combinaison des mots « paraplégique » et « olympique ». L’intégration d’athlètes avec différents handicaps a forcé le Comité international paralympique à ajuster sa définition par la réunion de « para », un préfixe d’origine grecque signifiant « parallèle », et « olympique » pour représenter la solidarité des Jeux olympiques et paralympiques.

En manque de visibilité

Un homme en fauteuil roulant lance une pierre. L’équipe canadienne de curling en fauteuil roulant a remporté la médaille d’or à Sotchi, Vancouver et Turin. Photo : Reuters / Alexander Demianchuk

Solidaires ou pas, les Jeux olympiques et paralympiques n’ont pas le même traitement en termes de visibilité et de couverture médiatique, avance Francis Ménard, de Parasports Québec

« Il y aurait moyen de revoir la mise en marché des paralympiques et du parasport pour que la population en général s’y intéresse pendant, mais surtout après les Jeux », ajoute-t-il.

Néanmoins, le nombre de billets vendus pour les compétitions paralympiques ne cesse de croître. Le dernier record de vente remonte d’ailleurs aux Jeux de Sotchi.

Les médias s’y intéressent aussi davantage, selon le Comité international paralympique. Les différentes compétitions à Sotchi ont, par exemple, été diffusées dans plus de 55 pays, devant une audience de 2,1 milliards de personnes.

Mais, selon le professeur Yann Roche, tenir les Jeux paralympiques presque immédiatement après les JO est un couteau à double tranchant. « Beaucoup de gens ont une overdose après les 16 jours de compétitions et l'effet est un peu contre-productif », estime-t-il.

Radio-Canada présente jusqu’au 18 mars les Jeux paralympiques de Pyeongchang, principalement sur le web, en direct et en différé, ainsi qu'à ICI Télé, en semaine de 23 h 05 à 0 h 35 et la fin de semaine de 15 h à 17 h.

Effets bénéfiques pour la société

Brian et Robin McKeever pose avec leur médaille d'or au cou.Le parafondeur Brian McKeever avec son guide, son frère Robin. McKeever est l’un des Canadiens les plus décorés avec jusqu’ici 13 médailles, dont 10 d’or. Il est aussi le premier athlète à s’être qualifié la même année autant à des Jeux olympiques que paralympiques. Photo : Reuters / Andy Clark

Cette visibilité est tout de même cruciale pour la cause des handisports et des personnes handicapées.

« Cela donne de l’acceptabilité aux personnes ayant un handicap, qui n'apparaissent plus comme des gens dépendants, mais comme pouvant devenir des athlètes », explique Yann Roche.

Les Jeux paralympiques ont d’ailleurs un impact positif dans les pays où ils sont organisés. La Chine et la Russie, par exemple, ont adapté leurs infrastructures, faisant tomber peu à peu les barrières auxquelles se butaient les personnes handicapées.

En termes d’acception, d’intégration et de financement, le Canada est certainement un modèle. Il y a encore beaucoup de ségrégation dans le monde paralympique, surtout dans des pays moins développés.

Catherine Gosselin-Després, directrice exécutive sport au Comité paralympique canadien

Le Canada, un champion

Le porte-drapeau du Canada aux Jeux paralympiques de Vancouver en 2010, Jean Labonte, marche en compagnie de la délégation canadienne.Le Canada a offert sa meilleure performance aux Jeux paralympiques d’hiver de Vancouver, en 2010, en se classant 3e grâce à un total de 19 médailles, dont 10 d’or. Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

À l’échelle mondiale, le Canada est reconnu comme un chef de file du mouvement.

« Le Canada est un des pays du monde qui donne le plus de place au sport paralympique, avance Yann Roche. Cela se traduit sur les résultats, comme à Vancouver et à Sotchi, où le Canada a fini 3e. Mais au-delà des résultats, on sent un investissement financier, mais aussi et surtout en matière d'intérêt pour ces sports. »

Le Canada se classe d’ailleurs parmi les 10 pays ayant remporté le plus grand nombre de médailles.

Mais au-delà de la performance, il faut encore, selon Francis Ménard, détruire le mythe de l’« athlète handicapé ». « Ce ne sont pas des personnes qui ont le courage de faire du sport, ce sont des athlètes qui s’entraînent à temps plein et qui atteignent un niveau de performance d’excellence », rappelle-t-il.

Avant, on n’était pas vus comme des olympiens, mais comme des gens qui ont un handicap et qui font du sport. On n’était pas reconnus autant que les autres.

Sébastien Fortier

Plus de la moitié des athlètes canadiens à Pyeongchang n’en sont pourtant pas à leurs premiers Jeux paralympiques. Même que 18 d’entre eux arrivent en ayant déjà remporté une médaille (et même plus) par le passé. Ils risquent donc d’offrir encore une fois une rude compétition à leurs adversaires.

Avec la collaboration de Romain Schué

Sports