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Être médecin pour les communautés autochtones du Nord de l'Ontario

Le Dr Mike Kirlew à la sortie de l'avion, pendant l'hiver.

Le Dr Mike Kirlew travaille auprès des communautés autochtones du Nord de l'Ontario depuis 10 ans.

Photo : CBC/Nick Purdon

Radio-Canada

L'accès aux soins de santé ne va pas de soi pour les communautés autochtones du Nord de l'Ontario, où il faut souvent prendre l'avion pour voir une infirmière ou un psychologue. Incursion dans la pratique d'un des rares médecins de la région.

Originaire d’Ottawa, le Dr Mike Kirlew a déménagé à Sioux Lookout après ses études de médecine. Il s’attendait à ne rester que quelques mois dans cette communauté de 5000 habitants. Dix ans plus tard, il est toujours amoureux du Nord.

Il travaille au Centre de santé Meno Ya Win, qui dessert les 49 communautés de la Nation Nishnawbe Aski. C'est 45 000 personnes dispersées dans un territoire aussi grand que la France.

Son premier patient de la journée est Joshua Boyce, un adolescent de 14 ans qui souffre d’asthme et d’un retard de développement. Sa mère et lui ont déménagé à Sioux Lookout pour avoir accès à de l’ergothérapie. De tels services sont inexistants dans leur communauté d’origine, Wapekeka, à 500 kilomètres au nord.

Le niveau de soins que mes patients reçoivent n’est même pas comparable à celui dont jouissent les autres Canadiens.

Le Dr Mike Kirlew, médecin à Sioux Lookout, dans le Nord de l'Ontario
Vue de Sioux Lookout, une communauté de 5000 habitants du Nord de l'Ontario.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sioux Lookout compte 5000 personnes, mais les habitants des autres communautés du nord de l'Ontario doivent s'y rendre pour avoir accès à des soins médicaux.

Photo : CBC/Nick Purdon

Une auberge pas comme les autres

La plupart des patients du Dr Kirlew ne séjournent à Sioux Lookout que quelques jours. Une centaine d’entre eux sont hébergés à l’auberge Jeremiah McKay Kabayshewekamik, annexée à la clinique.

Jordan Strang est venu de la Première Nation Poplar Hill avec sa fille de deux ans, Jordja, pour la naissance de son quatrième enfant, un garçon.

Jordan Strang, 25 ans et sa fille de deux ans, Jordja, posent devant la caméra.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jordan Strang, 25 ans et sa fille Jordja.

Photo : CBC/Nick Purdon

De son côté, Christian Sakakeesic, 19 ans, a pris l'avion de Cat Lake, pour voir un psychologue.

« J’ai essayé de parler de mes émotions dans ma réserve, mais personne n’écoute », confie-t-il.

Plan rapproché Christian Sakakeesic, avec un écouter dans l'oreille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Christian Sakakeesic, 19 ans, attend pour voir un psychologue.

Photo : CBC/Nick Purdon

La petite Ivy Wesley a elle aussi pris l’avion de Cat Lake avec sa mère, Verna Wesley. Cette dernière explique qu’elle a dû s’absenter du travail pour faire le voyage. « Ça va être dur pour la paye. »

La petite Ivy à l'auberge, tient des papiers dans ses mains.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La mère de la petite Ivy Wesley a dû s'absenter du travail pour faire le voyage jusqu'à Sioux Lookout.

Photo : CBC/Nick Purdon

Stephan Fiddler vit pour sa part à l’auberge depuis 18 mois. À Bearskin Lake, il n’avait pas accès à la dialyse dont il a besoin pour traiter son insuffisance rénale.

« Je me sens seul ici. Ma famille me manque », confie-t-il. Mais s'il cessait la dialyse pour retourner dans sa communauté, il mourrait.

Ceux qui réussissent à venir à Sioux Lookout sont chanceux, souligne toutefois le Dr Kirlew. Certains ne sont pas couverts par le gouvernement fédéral pour le voyage et n’ont pas accès à des soins médicaux dans leur communauté, ajoute-t-il.

Sur le terrain à Wapekeka

Le Dr Kirlew prend l’avion une fois par mois jusqu’à Wapekeka, où il reste généralement une semaine.

Trois infirmières travaillent à temps plein au centre de soins de cette communauté de 400 habitants. L’équipement est par contre limité. Il n’y a ni radiographie ni échographie.

Un VUS agit comme ambulance de fortune. Le conducteur a une formation de base en premiers soins.

Le Dr Kirlew discute avec les infirmières Tina Thynne et Marion Kentaro au centre de soins de Wapekeka, où il se rend une fois par mois.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Kirlew discute avec les infirmières Tina Thynne et Marion Kentaro au centre de soins de Wapekeka, où il se rend une fois par mois.

Photo : CBC/Nick Purdon

Le Dr Kirlew voit d’abord Chase, un bambin de trois ans aux prises avec une crise allergique. Il s’occupe ensuite de Jayla, sept ans, qui a des difficultés d’élocution. Sa mère, Tracy Winter, explique qu’elle attend depuis des années qu’une orthophoniste soit embauchée dans la communauté.

Mais jusqu’ici, les demandes du Dr Kirlew au gouvernement fédéral sont restées lettre morte.

Une visite à domicile

Après sa journée au centre de soins, le Dr Kirlew se rend chez Donnie Brown, qui a fait un AVC il y a quatre ans. Depuis, son corps est engourdi du côté droit.

Le Dr Kirlew ausculte Donnie Brown chez lui à Wapekeka.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Kirlew ausculte Donnie Brown. La moitié de son corps est engourdi depuis qu'il a subi un ACV il y a quatre ans.

Photo : CBC/Nick Purdon

« Il ne sent plus rien », explique sa femme Eslie, qui prend soin de son mari seule.

Le Dr Kinslew ne peut pas faire davantage qu’écouter son cœur battre. Il aimerait pouvoir fournir plus de services à domicile. « C’est quelque chose qui serait possible au Sud, mais pas ici », déplore-t-il.

« On finit par oublier ce qui est normal », conclut-il en conduisant pour retourner au centre de soins, après avoir rangé son stéthoscope.

D'après un reportage de Nick Purdon et Leonardo Pelleja de l'émission The National

Avec les informations de CBC

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