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Une crise de légitimité au Bloc québécois

Martine Ouellet, chef du Bloc québécois

Martine Ouellet, chef du Bloc québécois

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Martine Ouellet, après avoir perdu plus des deux tiers de ses députés, a choisi de faire comme si de rien n'était et s'accroche à son poste avec l'aide d'instances du parti qui sont loin d'avoir la représentativité requise dans les circonstances. Ce faisant, elle a transformé une crise de leadership en crise de légitimité.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

En régime parlementaire, le caucus des députés n’est pas une instance comme une autre. Les députés sont les seuls qui doivent répondre de leurs actions non pas à une instance partisane, mais à la population qui les a élus. Et dans la vie d'un parti politique, les députés en sont les porte-parole les plus importants, les plus visibles et les plus représentatifs.

Quoi qu’en dise Mme Ouellet, ils sont plus représentatifs du Bloc québécois qu’une chef qui siège dans l’autre Parlement et qui, de toute évidence, ne passe pas beaucoup de temps à se tenir au courant des dossiers fédéraux.

Samedi, après une rencontre de sa garde prétorienne, le Bureau national du Bloc, Mme Ouellet a annoncé qu’elle restait en poste et, magnanime, elle invitait les députés démissionnaires à revenir... mais à ses conditions.

Puis, comme dans les films policiers, la « mauvaise police », le président du parti, Mario Beaulieu, annonçait les sanctions. Les députés démissionnaires pouvaient rester membres du parti, mais ils ne pouvaient plus se réclamer de la « bannière du Bloc québécois » et, pour les fins du parti, leurs circonscriptions seraient désormais considérées comme orphelines.

Comme porte ouverte, on a déjà vu mieux. Dans les faits, les députés démissionnaires ne sont pas exclus du parti, mais ils sont condamnés à une sorte d’exil intérieur.

Le tout avalisé par l’« appui indéfectible » du Bureau national du Bloc québécois, la seule instance que Mme Ouellet a choisi de consulter, à huis clos. Le Bureau est composé de 12 membres (11, si on ne compte pas le député démissionnaire Louis Plamondon) qui sont tous inféodés à Mme Ouellet et à son courant de pensée.

Le président du Bloc québécois, Mario BeaulieuAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Légitimité formelle

Dans les circonstances, la légitimité de ce bureau est peut-être formelle, mais il ne représente aucunement la totalité des membres du Bloc comme il le prétend. Même si les membres du Bureau national étaient totalement indépendants de la direction du parti, une instance de 11 personnes ne saurait trancher une crise de cette ampleur.

De même, le respect intransigeant des statuts du parti ne fait qu’envenimer la crise. Mme Ouellet a beau dire qu’elle se soumettra à un vote de confiance, au congrès de mai 2019, à quelques semaines du début de la campagne électorale, il est évident que l'enjeu de sa légitimité se pose dès maintenant et qu'il ne peut en être question dans 15 mois.

Le seul moyen de régler la crise, c’est de faire confirmer son leadership par l’instance la plus large possible et qui a la représentativité la mieux établie. En comprenant qu’il serait difficile de convoquer un congrès en bonne et due forme, le minimum serait de convoquer un conseil général, même si sa dernière rencontre remonte à moins d’un mois.

Mais comme elle ne contrôle pas totalement cette instance – on l’a vu le mois dernier sur la question du salaire qui serait versé à Mme Ouellet dans l’année entre l’élection québécoise et l’élection fédérale –, elle n’a aucune intention de le convoquer.

Comme elle n’a aucune intention de faire davantage de place aux idées des députés démissionnaires. Sa vision de la défense tous azimuts de l’indépendance, quelles que soient les circonstances, n’a pas changé. Son intransigeance non plus.

Outre la question de la légitimité de Mme Ouellet, il y a la vie du parti qui risque d’être profondément touchée par cette crise. Comment assurer le financement ou le recrutement de candidats?

Une belle question a été posée aux Coulisses du pouvoir par ma collègue Chantal Hébert : est-ce que Mme Ouellet, qui ne siège pas aux Communes et qui est chef d’un parti comptant seulement trois députés, sera même invitée au débat des chefs? Ou on n’invitera pas plutôt le chef parlementaire d’un caucus de sept députés?

Toutes ces questions se posent dès maintenant. Mme Ouellet peut rester dans le déni et croire que l’appui de sa garde prétorienne est suffisant pour tout justifier. Toutefois, à l'extérieur de l’atmosphère contrôlée du Bureau national du Bloc, il est clair que ses arguments ne tiennent tout simplement pas la route.

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