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L'État de Washington interdit l'élevage du saumon de l'Atlantique

Un saumon de l'Atlantique saute hors de l'eau.
Saumon de l'Atlantique. Photo: iStock / Wild & Free
Radio-Canada

L'État de Washington, sur la côte ouest des États-Unis, interdit l'élevage du saumon de l'Atlantique. Cette décision a été prise à la suite d'une fuite de centaines de milliers de poissons d'un bassin de Cooke Aquaculture, une entreprise du Nouveau-Brunswick, à l'été 2017.

« L’interdiction par l’État est un message fort pour assurer la protection de notre environnement marin et les populations indigènes de saumon de la mer des Salish », a déclaré Kevin Ranker, l’élu qui a déposé le projet de loi, approuvé par 31 voix contre 16 par les sénateurs, vendredi.

Il sera maintenant ratifié par le gouverneur Jay Inslee, favorable à la mesure qui prévoit l’élimination progressive des opérations de salmoniculture dans les eaux de l’État, au fur et à mesure que les baux expireront sur chacun de ses sites.

Tous les baux sont détenus par Cooke Aquaculture, et le dernier viendra à échéance en 2025.

Depuis décembre, Cooke Aquaculture a vu deux de ses baux révoqués par l'État, pour avoir failli à ses obligations de maintenir des installations sécuritaires.

« La négligence irresponsable de la compagnie a mis en danger la santé de nos eaux et de notre population, et ce ne sera pas toléré », avait indiqué la commissaire des terres publiques de l'État de Washington, Hilary Franz, lors de la révocation du bail pour le site où la fuite de poissons avait eu lieu l'an dernier.

« Les ressources économiques, culturelles et récréatives de ces eaux incroyables ne seront plus mises en péril par les actions négligentes de l’industrie », a déclaré le sénateur Ranker après l'adoption du projet de loi.

Le bassin brisé, à moitié sous l'eau. Le réseau de filets d'un des bassins de Cooke Aquaculture s'est effondré en août 2017. Photo : Radio-Canada

Le 19 août 2017, l'effondrement d'un bassin de Cooke Aquaculture au large de la côte ouest a causé la fuite de centaines de milliers de saumons, faisant craindre une contamination du milieu marin et de la population de saumon sauvage du Pacifique.

Un rapport publié en février par un comité d'enquête a conclu qu’entre 242 000 et 262 000 poissons s'étaient échappés.

Le rapport indique que cette fuite est due à l'effondrement des enclos de filet, mal nettoyés par l’entreprise néo-brunswickoise. « L'encrassement excessif a considérablement augmenté la pression sur le réseau de filets », peut-on lire.

L’État de Washington a imposé une amende de 332 000 $ à Cooke Aquaculture.

Le projet de loi a été adopté malgré les efforts de Cooke Aquaculture, qui appuyait un amendement permettant à la salmoniculture atlantique de continuer à utiliser uniquement des femelles. La mesure visait à garantir que les saumons d’élevage ne pourraient pas se reproduire s'ils s'échappaient dans la nature.

Dans un communiqué, l’entreprise s’est dite « profondément déçue » de la décision de l’État.

Des moules sur un filet. Les filets d'un des bassins de l'entreprise étaient chargés de moules, causant son effondrement. Photo : Radio-Canada / État de Washington

Pour Neville Crabbe, de la Fédération du saumon atlantique, la mesure adoptée par l’État de Washington démontre que de tenter d’aller au-delà des limites biologiques d’une espèce a des conséquences négatives pour l’économie canadienne.

Des fuites de poissons se sont aussi produites dans les eaux de l’est du Canada, dit M. Crabbe. Ceci a un effet dévastateur sur l’environnement, explique-t-il.

Partout où l’industrie de l’élevage à filets ouverts s’est établie sur la côte est de l’Amérique du Nord, les populations de saumon sauvage ont chuté.

Neville Crabbe, Fédération du saumon atlantique.

Lorsque les poissons d’élevage s'échappent et se reproduisent dans l’habitat du saumon sauvage, les espèces entrent en compétition pour leur nourriture et cela favorise la propagation de maladies.

M. Crabbe ne croit pas que le Canada Atlantique suivra l’exemple de l’État de Washington pour limiter l’aquaculture, mais dit que les responsables régionaux devraient prendre note des récents événements s’ils veulent développer l’industrie sur la côte est.

Il ne serait pas surpris d’entendre s’élever des voix réclamant des réglementations plus strictes concernant les fuites de poissons d’élevage et l’éclosion de maladies, ainsi qu’une plus grande transparence de l’industrie.

Une industrie qui suscite des inquiétudes

Comme son nom l’indique, le saumon de l’Atlantique n’est pas natif des eaux du Pacifique, mais il existe des fermes d’élevage de ce type de poisson au large de la Colombie-Britannique et de l’État de Washington. Il y a plus de 100 élevages du saumon de l’Atlantique dans les eaux de la Colombie-Britannique, mais moins d’une dizaine dans celles de l’État de Washington.

Un saumon de l'Atlantique qui saute hors de l'eauSaumon dans une ferme d'élevage de Cooke Aquaculture, dans le Maine en 2008. Photo : Associated Press / Robert F. Bukaty

Le sénateur américain Kevin Ranker croit que la décision de l’État de Washington aura plus d’impact si les voisins du nord, en Colombie-Britannique, lui emboîtent le pas.

Le ministre des Ressources naturelles de la Colombie-Britannique, Doug Donaldson, dit que la province travaille de concert avec les Premières Nations, l’industrie de l’aquaculture et le gouvernement canadien dans sa révision des permis d’exploitation, dont plusieurs viennent à échéance en juin.

Des manifestations ont déjà eu lieu en Colombie-Britannique. Les opposants à l’aquaculture disent que l’élevage à filet ouvert est trop risqué pour les espèces natives, les rendant vulnérables aux virus et aux maladies.

Des manifestants opposés à l’élevage de saumon en Nouvelle-Écosse.Agrandir l’imageDes manifestants s’opposaient en 2011 à l’élevage de saumon par Cooke Aquaculture dans la baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse. Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Le ministre des Pêches et des Océans du Canada, Dominic LeBlanc, indique que le gouvernement canadien est déterminé à réglementer le secteur de l’aquaculture pour qu'il soit responsable et durable. « Nous comprenons les inquiétudes des Canadiens concernant l’aquaculture et nous sommes déterminés à prendre des décisions basées sur la science et sur des preuves scientifiques. »

Il rappelle que le gouvernement fédéral a annoncé un investissement de 24 millions $ dans le programme d'aquaculture durable du Canada, qui vise à simplifier la réglementation, améliorer sa gestion, accroître les connaissances scientifiques, améliorer la prise de décisions axée sur la science et assurer la transparence grâce à la publication de rapports publics.

Avec les informations de La Presse canadienne

Nouveau-Brunswick

Protection des écosystèmes