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Situation incertaine après un raz-de-marée des forces antisystème en Italie

Les électeurs italiens sont appelés aux urnes jusqu'à 23 heures ce soir, heure d'Italie. Photo: Getty Images / TIZIANA FABI
Agence France-Presse

Une percée historique des forces antisystème et eurosceptiques, majoritaires après les législatives dimanche, plonge dans l'incertitude l'Italie, où le chef de l'extrême droite a revendiqué de diriger le gouvernement.

Avec un vote marqué à la fois par le rejet de la vieille classe politique, l'exaspération face au marasme économique et les tensions autour des migrants, l'Italie s'inscrit dans la lignée du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux États-Unis et de la poussée de l'extrême droite ailleurs en Europe.

« Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l'emportent », a résumé l'éditorialiste du quotidien La Stampa.

La coalition formée par Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite) et le petit parti Fratelli d'Italia (Frères d'Italie) obtient certes quelque 37 % des voix, selon des résultats partiels portant sur 95 % des bureaux de vote.

Mais à l'intérieur de cette coalition, c'est la formation eurosceptique et anti-immigration de M. Salvini, proche du Front national (FN) français, qui est en tête, ce qui pourrait obliger Berlusconi à se ranger derrière son jeune allié s'il y avait moyen de former un gouvernement.

« Je suis quelqu'un qui tient parole et l'engagement a été pris au sein de la coalition : qui l'emporte peut gouverner », a lancé M. Salvini, comme un appel au vieux milliardaire à tenir sa promesse.

« Nous avons le droit et le devoir de gouverner dans les prochaines années », a-t-il soutenu, même si la coalition ne semble pas en mesure d'avoir la majorité au Parlement.

Mais cette perspective est mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), qui devient le premier parti du pays avec un résultat dépassant pour l'instant les 32 %.

Désormais, « tout le monde devra parler avec nous », s'est réjoui Alessandro Di Battista, l'un des responsables du mouvement, après une campagne dirigée contre la corruption et la « caste » politique italienne.

Campagne contre Bruxelles et les migrants

M. Salvini a assuré qu'il parlerait « avec tout le monde », mais exclut devant la presse tout accord « de majorité étrange » avec le M5S : « N, O, N, NON, et souligné trois fois! ».

Le leader qui aura 45 ans vendredi a transformé l'ancienne Ligue du Nord sécessionniste en une formation souverainiste et a martelé un discours anti-immigration et défiant à l'égard de Bruxelles, qui semble avoir porté, dans un pays en proie à l'euroscepticisme qui a vu débarquer près de 700 000 migrants depuis 2013.

« Les Italiens d'abord », « Stop à l'invasion » : les affiches électorales au siège de la Ligue à Milan rappelaient dimanche ces grands thèmes d'une campagne qui a aussi vu l'affirmation de mouvements néofascistes et des tensions, parfois même des violences, avec des militants d'extrême gauche.

Silvio Berlusconi, qui s'était présenté à Bruxelles comme le seul rempart contre les populistes et les forces anti-euro, a donc perdu son pari et il n'est pas certain qu'il accepte de se ranger derrière M. Salvini. Le vieux milliardaire ne s'est pas exprimé depuis dimanche soir.

À l'étranger, Marine Le Pen, présidente du FN, a adressé via Twitter ses « chaleureuses félicitations » à M. Salvini, estimant que sa « progression spectaculaire » était « une nouvelle étape du réveil des peuples ».

Nigel Farage, ex-chef de l'Ukip, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a pour sa part félicité sur Twitter ses « collègues » du M5S.

Ce mouvement, fondé par le comique Beppe Grillo en 2009, avait déjà créé la surprise en raflant 25 % des voix aux dernières législatives de 2013, et il s'assure une position centrale dans le futur Parlement.

Dégringolade de la gauche

Le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi et du gouvernement sortant a de son côté enregistré dans les urnes une baisse plus forte que ce qu'il redoutait, avec environ 19 % des voix, selon les résultats partiels, soit moins de la moitié des 40 % obtenus aux élections européennes de 2014.

Il est clair que pour nous, il s'agit d'une défaite évidente.

Maurizio Martina, un des plus hauts responsables du PD

C'est d'ailleurs l'ensemble de la gauche qui boit la tasse. Les frondeurs de Liberi e uguali (libres et égaux, gauche) sont à peine au-dessus du seuil des 3 % nécessaires pour entrer au Parlement.

Tractations et instabilité

L'absence probable de majorité pour la coalition de droite, comme pour le M5S, contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations qui s'annoncent longs et complexes.

Une alliance « antisystème » entre le M5S et la Ligue semble la seule susceptible d'obtenir une majorité parlementaire. Mais les dirigeants des deux formations ont jusqu'à présent catégoriquement rejeté cette éventualité, et une partie de leurs troupes pourraient avoir du mal à suivre s'ils changent d'avis.

« Les vainqueurs de cette bataille électorale sont Matteo Salvini et Luigi di Maio », le chef de file du M5S, mais « tout cela ne conduit à aucune forme de gouvernabilité », assure ainsi l'éditorialiste de La Stampa.

À la Bourse de Milan, les marchés financiers ont cependant pris la nouvelle avec une relative sérénité : l'indice FTSE Mib a ouvert en baisse de 2 % avant d'osciller entre -0,5 % et -1 % toute la matinée. En revanche, Mediaset, l'empire médiatique de M. Berlusconi, et les valeurs bancaires perdaient plus de 5 %.

Il appartiendra désormais au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l'écheveau dans les prochaines semaines. Mais ses consultations politiques officielles ne s'ouvriront pas avant la fin du mois, une fois élus les présidents des deux chambres.

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