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  • Envoyé spécial
  • L'immigration inquiète les Italiens et rapporte des votes

    Le reportage de notre envoyé spécial, Jean-François Bélanger
    Radio-Canada

    Les Italiens se rendront aux urnes dimanche. Comme ailleurs en Europe, le populisme s'est immiscé dans la campagne électorale de cette présidentielle, qui a été marquée par des violences et un fort sentiment anti-immigration.

    Un texte de Jean-François Bélanger, envoyé spécial en Italie

    Nelson Ebogue l’avoue volontiers : il a peur. Depuis qu’un militant néonazi a blessé par balles six personnes d’origine africaine dans la petite ville de Macerata où il habite, il ne se sent plus en sécurité.

    C’était au début du mois de février. Luca Traini, arrêté après les faits, avait affirmé vouloir venger la mort d’une jeune femme de 18 ans, après avoir appris que des Nigérians étaient soupçonnés du meurtre.

    Nelson est formel : l’ambiance a radicalement changé dans la petite ville tranquille du centre de l’Italie. Ce demandeur d’asile nigérian a l’impression que le regard des citoyens à son endroit a changé.

    Nelson Ebogue, demandeur d'asile d'origine nigérianeNelson Ebogue, demandeur d'asile d'origine nigériane Photo : Radio-Canada / Sergio Santos

    « Les Italiens nous regardent et pensent que nous sommes tous des tueurs, dit-il. Alors bien sûr, ça complique les choses. »

    À Macerata, la tension est encore palpable. Le 26 février, des pierres ont été lancées en plein jour sur la vitrine du GUS, une ONG qui s’occupe de l’accueil des migrants.

    Macerata a aussi été le théâtre de manifestations de groupuscules d’extrême droite et de contre-manifestations organisées par des groupes antifascistes.

    La campagne électorale qui se termine n’a fait qu’empirer la situation. Alors que l’Italie, fortement endettée, peine à se relever d’une crise économique majeure, et n’arrive pas à endiguer un taux de chômage endémique qui dépasse les 11 % (35,7 % chez les jeunes), la tentation est forte, pour des partis en quête de voix, de trouver des responsables.

    Les 690 000 migrants arrivés principalement d’Afrique subsaharienne depuis 2013 font des boucs émissaires pratiques.

    Rivalisant pour les votes des Italiens mécontents, beaucoup de chefs de partis ont fait dans la surenchère anti-immigration. C’est même là l’élément marquant de l’élection, selon le professeur de communication politique à l’Université Luiss de Rome, Massimiliano Panarari.

    « Ce qu’on remarque dans cette campagne électorale, c'est le glissement progressif dans une radicalisation de la droite », explique-t-il.

    Gros plan sur le visage de Massimiliano Panarari, professeur de communication politique, Université Luiss, RomeMassimiliano Panarari, professeur de communication politique, Université Luiss, Rome Photo : Radio-Canada / Sergio Santos

    C’est une droite qui devient extrême, populiste, souverainiste et qui se présente, dans certains cas, comme championne de la défense des racines chrétiennes.

    Massimiliano Panarari, professeur de communication politique à l'Université Luiss de Rome

    La guerre des religions

    De fait, Matteo Salvini, le chef de la Lega, oppose de plus en plus souvent islam et chrétienté dans ses discours, déclarant sans cesse qu’il est impossible d’intégrer les migrants provenant de certains pays musulmans.

    « Je respecte tout et tout le monde, mais une religion qui affirme que les femmes ont moins de droits que les hommes n’est pas quelque chose que je veux pour l’Italie. Une mosquée où les gens prient pour la haine n'est pas quelque chose que je veux pour l'Italie », avance-t-il.

    La Lega est le nouveau nom de la Ligue du nord, l’ancien parti autonomiste régional fondé par Umberto Bossi.

    Depuis son arrivée, Matteo Salvini a transformé le parti en lui donnant des visées nationales et en ancrant la ligne à l’extrême de la droite.

    Il ne cache pas ses affinités avec le Front national de Marine Le Pen. D’ailleurs Luca Traini, le tireur suprémaciste de Macerata, était un militant et même un ancien candidat du parti.

    C’est donc sans surprise que les thèmes de l’immigration et de l’insécurité dominent le discours de campagne du candidat local de la Lega à Macerata.

    Tullio Patassini, un candidat de la Lega dans la région, établit d’ailleurs un lien de cause à effet entre les deux. « La région de Macerata a un pourcentage supérieur d’immigrants que la moyenne nationale et cela pose problème », affirme-t-il.

    Gros plan sur le visage de Tullio Patassino, candidat de la Lega à Macerata, en ItalieTullio Patassino, candidat de la Lega à Macerata, en Italie Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    Nous assistons à une hausse de la petite criminalité et cela fait peur aux gens qui n’osent plus sortir de chez eux parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité.

    Tullio Patassini, candidat de la Lega

    Un discours qui semble résonner chez bon nombre de ses électeurs. Dans la petite salle à l’étage d’un des plus beaux cafés de Macerata, deux dames dans la soixantaine expriment leur inquiétude sur le sujet.

    « Nous subissons une immigration qui n’est pas justifiée, car ces gens ne viennent pas de pays en guerre », dit l’une d’elles.

    L’autre ajoute : « Nous ne savons pas qui ils sont ni d’où ils viennent, mais ils sont en train d’occuper notre Italie. »

    Berlusconi aussi

    Un sondage réalisé récemment confirme que les inquiétudes liées à l’immigration sont très présentes. En 2014, seuls 3 % des Italiens considéraient l’immigration comme un problème. En 2017, la proportion montait à 35 %.

    Le thème étant porteur, d’autres partis n’ont pas tardé à l’emprunter.

    Le magnat de la presse Silvio Berlusconi, qui tente un retour en politique malgré les scandales sexuels et une condamnation pour fraude fiscale qui le rend inéligible jusqu’en 2019, a pris la tête d’une coalition de partis de droite et d’extrême droite incluant la Lega et les Fratelli d’Italia, un parti aux origines postfascistes.

    Silvio Berlusconi tient son veston en lançant un sourire, sous l'objectif des photographes.Silvio Berlusconi lors de l'enregistrement d'une émission télévisée italienne, le 18 janvier Photo : AFP/Getty Images / ANDREAS SOLARO

    Ce faisant, il a aussi emprunté une partie de leurs discours.

    Le 25 février, il déclarait que « pour régler le problème des 600 000 immigrés en Italie et de l’insécurité qu’ils produisent, il n’y a pas d’autre chemin que de rapatrier ces personnes en commençant par ceux qui ont commis des délits. »

    La coalition menée par Silvio Berlusconi avec la Lega, avec entre 35 et 38 % des intentions de vote, est actuellement la mieux placée pour former le prochain gouvernement italien.

    La seule formation politique en mesure de venir troubler le jeu est le mouvement populiste 5 Étoiles fondé par le comédien Beppe Grillo. Un mouvement qui ne se dit ni de droite ni de gauche, mais qui s’est à plusieurs reprises prononcé en faveur d’un meilleur contrôle des flux migratoires.

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