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Tuerie de Parkland : pourquoi les jeunes Américains refusent-ils « l’impuissance apprise » des adultes?

Des manifestants lors d'un rassemblement contre les armes à Fort Lauderdale

Des jeunes ont manifesté lors d'un rassemblement contre les armes à Fort Lauderdale suite à la fusillade dans une école secondaire de Parkland, en Floride.

Photo : Reuters / Jonathan Drake

Radio-Canada

Que s'est-il passé à Parkland pour que le débat sur les armes à feu prenne un tel tournant, si rapidement? La réponse ne tient pas qu'à l'éloquence des jeunes victimes, selon la psychiatre et professeure à l'Université Georgetown, Liza Gold. Elle parle d'un état psychologique connu comme « l'impuissance apprise » des adultes, que les jeunes de Parkland auraient réussi à rompre.

Une entrevue de Yanik Dumont Baron, correspondant à Washington

Quand avez-vous remarqué que la réaction aux États-Unis à la tuerie de Parkland n’était pas comme d’habitude?

J’ai remarqué que les jeunes qui ont survécu à la fusillade sont ceux qui ont commencé à parler les premiers. Ils parlaient d’une voix forte, très articulée. Et ils étaient sous les projecteurs. Normalement, les survivants d’une tuerie de masse ne vont pas à la télévision pour dire : « C’est n’importe quoi! On veut du changement! » Les survivants ne disent pas cela. Mais ces jeunes l’ont fait. On a vu cela un peu après (la tuerie dans une école à) Sandy Hook, mais ça n’avait pas le même impact.

La psychiatre Liza GoldAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La psychiatre Liza Gold

Photo : Courtoisie de Liza Gold

Vous expliquez cela en partie par leur âge. Les adultes ne reconnaissent pas nécessairement qu'ils souffrent de ce que vous appelez « l’impuissance apprise »?

Exact. C’est un comportement qui rappelle celui des femmes qui sont victimes de violence conjugale. Il y a des cycles de violence, puis ça se calme. Elles essaient ceci et cela et ont l’impression que rien ne fonctionne pour freiner la violence. Alors elles deviennent passives et elles restent (avec leur agresseur), même si c’est très, très dangereux. Dans un sens, nous sommes tous devenus cette femme agressée, prise au piège. Le public américain est devenu passif. Et vous savez, il n’y a qu’une chose qui est certaine avec cette impuissance apprise : ça mène à être de nouveau victime.

Avez-vous des exemples de ces autres facteurs qui renforcent ce sentiment d’impuissance?

Le meilleur exemple, c’est (le sénateur républicain de Floride) Marco Rubio. Moins de 24 heures (après la fusillade), il disait : « Si quelqu’un veut tuer des gens avec une arme, il n’y a pas grand-chose que vous puissiez faire ». Mais non! Ce n’est tellement pas la façon de s’attaquer au problème! Et ces jeunes le lui ont remis en plein visage (lors d’un débat télévisé). « Vous avez reçu trois millions de dollars de la NRA (le lobby des armes) et c’est ainsi que vous répondez à ce problème? Ce n’est pas assez ». Ces jeunes ne sont pas assez vieux pour avoir appris à rester passif.

Certains pourraient avoir tendance à associer ce comportement à de l’idéalisme, qui pourrait les mener à frapper un mur.

Ça en prend de toutes sortes, non? Il y a 100 ans, les femmes ne pouvaient pas voter aux États-Unis. Il y a 15-20 ans, le mariage gai n’existait pas. Ça prend des gens qui comprennent comment le système politique fonctionne, mais ça prend aussi des idéalistes pour leur montrer la voie. Des gens qui sont aux lignes de front du changement et qui permettent aux autres de les suivre. Nous n’avons pas eu ça encore; nos leaders ont été achetés par la NRA.

Dernièrement, des entreprises ont suivi l’exemple des jeunes, en prenant leurs distances de la NRA, par exemple. Est-ce possible que ces jeunes aient rompu ce cycle d’impuissance apprise?

Oui! Et ça n’en prend pas nécessairement beaucoup à ceux qui veulent vraiment un changement. Ils vont s’attacher à toute lueur d’espoir. Je pense que ce que ces jeunes gens ont fait, c’est de dire : « Non! Faites du bruit, dérangez-les. Pas besoin d’être poli… On s’en fout de la NRA, pourquoi vous leur portez attention? » Ces jeunes les ont forcés à se demander pourquoi ils faisaient affaire avec le lobby des armes. Il fallait ces jeunes qui voient les choses en noir et blanc pour créer un environnement dans lequel les adultes ont moins peur de prendre des risques. C’est comme ça qu’on se débarrasse de « l’impuissance apprise ».

L’histoire nous dira s’ils ont vraiment réussi à rompre ce cycle d’impuissance.

C’est la première fois que je remarque que les gens ciblent l’argent plutôt que la Constitution américaine. Mais les gens commencent à regarder aussi combien d’argent est donné aux politiciens, parce qu’aux États-Unis, il est impossible de faire progresser le débat sur les armes en ne parlant que de la Constitution. À cause de cette « impuissance apprise », nos leaders peuvent dire : « Ça ne va pas tout régler, alors on ne va pas l’essayer. On ne fera rien ». C’est ce qui s’est produit après (les tueries) de Sandy Hook et de Las Vegas. Il n’y aura pas une seule solution à ce problème très compliqué. Mais il faut commencer par en appliquer certaines et voir ce qui fonctionne.

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