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Fanny Bloom, au-delà de la funny girl

Portrait de Fanny Bloom dans le Vieux-Montréal pour la promotion de son album Liqueur.

Fanny Bloom

Photo : Radio-Canada / Pascale Fontaine

Philippe Rezzonico

Il y a deux ans, Fanny Bloom s'est offert un disque piano-voix qui a marqué une rupture avec l'image qu'elle projetait. Une expérience réussie. Au point qu'aujourd'hui, elle renoue avec la pop dansante sans crainte sur son nouveau disque, Liqueur, car l'apprentie guerrière est désormais bien plus qu'une « funny girl ».

Dans le café du Vieux-Montréal où les rayons de soleil filtrent à travers les grandes fenêtres pour annoncer un printemps salutaire, Fanny Bloom porte bien son nom de famille. Impossible de la rencontrer après avoir écouté en boucle Liqueur sans faire le lien avec une certaine floraison artistique, avec l’amour qui se décline sous toutes ses formes dans des chansons dansantes à forte teneur mélodique qui annoncent l’été.

Mais, attention! La Fanny cuvée 2018 n’est pas celle de 2014 ni de 2012. Les yeux rieurs et le sourire accroché à ses lèvres sont désormais entourés d’une chevelure moins tape-à-l’œil que naguère. Et cette transformation, déjà amorcée lors de sa précédente tournée, n’est pas que cosmétique. Il n’y a pas qu’un certain genre de musique qui avait besoin d’une pause dans cette histoire…

« Il y avait une partie de moi qui voulait aller ailleurs, indique-t-elle, relativement aux motivations de son album épuré de 2016 (Fanny Bloom), qui privilégiait les relectures de ses chansons. Je faisais la rétrospective de ce que j’avais fait et je me disais que j’étais aussi pianiste. J’étais capable de me défendre là-dessus.

« À la radio, à la télé, on me proposait des choses dans lesquelles je jouais le rôle de la funny girl avec les paillettes. Je commençais à être tannée de ça. J’ai voulu mettre les choses au clair. J’ai quand même fait 12 années de piano classique. J’ai eu besoin de faire cette pause pour moi, mais aussi pour dire : je suis autre chose que cette funny girl.

« Ça m’a fait beaucoup de bien. Maintenant, quand on me propose de faire des apparitions à la radio et à la télé, on me voit dans mon ensemble (large geste des mains à l’appui), ce qui me fait bien plaisir. Et là, parce que j’ai encore beaucoup d’énergie, j’ai voulu, pour faire des chansons et les défendre sur le bout du stage, avec le micro, être encore un peu échevelée. J’ai le goût de ça en ce moment. »

Finalement, c’est pratiquement un retour à la case départ?

« C’est l’histoire de ma vie, ça. Je fais quelque chose et je veux son contraire (rires). C’est comme une roue qui tourne. Et puis, j’étais tannée d’être en blonde et je suis revenue à ma couleur naturelle.

C’est vraiment niaiseux, mais on me prend plus au sérieux maintenant. Pendant ma tournée solo, des gens m’ont dit : « Tu es plus profonde que je pensais. » C’est épouvantable (yeux vers le ciel)!

Fanny Bloom

De la ville à la campagne

Résolument urbain et moderne dans sa facture sonore, Liqueur multiplie les images provenant de la campagne dans les textes. Et il y a une raison qui explique la cohabitation du béton et des grands espaces.

« J’adore la ville. J’y habite. Mais j’ai grandi à la campagne. Ces espaces, cette paix et ce silence m’ont manqué. Il y a deux ans, j’ai décidé d’acheter une maison à la campagne, où on a fait tout l’album. J’écris beaucoup là-bas. J’étais dans un endroit beaucoup plus calme où l’on pouvait voir les étoiles. Ça faisait 15 ans que je n’avais pas vu un ciel comme ça.

« Les éléments, ça a toujours fait partie de ma personnalité. J’ai voulu camper certaines chansons dans ce décor où j’ai été durant des mois, dans la forêt, sur la montagne, avec des grandes fenêtres pour voir la nature. On dirait que ça m’a donné le recul nécessaire pour écrire des trucs sur la ville, comme Juré, craché. Il y a des artistes qui sont excellents pour raconter des histoires. Mon talent est ailleurs, même si j’ai utilisé cette forme pour cette chanson-là. La façon dont tu écris, c’est un peu la proposition d’un artiste. Ça [le disque], c’est ma proposition. »

Création en huis clos

Fanny Bloom a écrit, composé et créé les chansons de Liqueur avec le duo Tokinoise, formé de Thomas Hébert et Julien Harbec, ses anciens collègues du temps de La patère rose, toujours complices aujourd’hui.

« Cet album, je ne l’ai pas fait comme les autres, dit-elle. Je n’avais pas de textes de chansons prêts d’avance. Nous étions trois têtes créatrices ensemble. Nous avons fait plusieurs sessions au chalet. C’était chaque jour une chanson. »

Le matin, on partait de rien du tout. La chanson n’existait pas. Et le soir, quand on se couchait, on avait une nouvelle chanson.

Fanny Bloom, à propos de son dernier album

« En général, avec un texte, une mélodie, tout le kit, et, après, on retravaillait les chansons », poursuit-elle.

À l’écoute des chansons de Liqueur, on note l’aspect coquin de la chanson-titre, on savoure la poésie qui émane de Petit bois, on a le goût de danser sur On s’aimera et Sous les néons, on repère les influences de Christine and the Queens sur Juré, craché et on trouve que le duo avec Karim Ouellet (Nos cœurs) fonctionne bien. On trouve beaucoup, beaucoup de chansons liées à l’amour sur ce disque, ce qui est une évidence pour Fanny Bloom : « Les relations, c’est ça qui mène le monde. C’est la vie, les émotions. »

Du nombre, une d’entre elles a une charge émotive différente des autres : Lily.

« C’est la mère de mon chum [Thomas Hébert], qui est décédée il y a longtemps. Je ne l’ai pas connue. J’ai de la fascination pour cette personne. Elle a engendré la personne que j’aime, mais je ne la connais pas et je ne la connaîtrai jamais. Mon chum avait été bouleversé par cet événement. Il n’avait que 13 ans.

« Ç’a été long avant qu’on en parle tous les deux. Je lui ai fait écouter cette chanson juste avant qu’on aille au mix. Il travaillait sur l’album, mais il ne le savait pas. C’était comme une… surprise. Kind of… Une surprise que j’espérais bonne. Et je pense qu’il est bien content. Sa famille aussi. »

Fanny Bloom est bien plus qu’une funny girl. Aucun doute là-dessus.


Liqueur, de Fanny Bloom, sera en vente physique et numérique à partir du 9 mars.

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