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Cinq ans déjà depuis l’élection du pape François

Le pape François.

Le pape François

Photo : Getty Images / Lisa Maree Williams

Radio-Canada

Jorge Mario Bergoglio est devenu le pape François peu après la démission soudaine de Benoît XVI. C'était il y a cinq ans. Depuis, un homme en toute simplicité dirige et transforme à sa façon l'Église catholique.

Un texte d’Alain Crevier, de Second regard

Le 28 février 2013, il y avait un vent particulièrement étrange qui soufflait sur Rome. Le pape Benoît XVI s’apprêtait à quitter ses fonctions. Dans les jardins du Vatican, un hélicoptère blanc l’attendait. L’homme qu’on a vu monter à bord était épuisé et n’avait plus rien d’infaillible.

Du jamais vu depuis 1000 ans, dira-t-il lui-même plus tard. La situation était tellement inédite. Allait-il conserver le titre de pape? Ou redeviendrait-il tout simplement Joseph Ratzinger?

Et surtout, qu’est-ce qui a bien pu pousser ce pape, ce grand intellectuel, celui qui a été le chien de garde de la foi catholique pendant un quart de siècle à remettre sa démission?

Confusion, désordre et incertitude

Benoît XVI entouré de fidèles.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le pape Benoît XVI quelques années avant sa démission

Photo : Reuters / Benoit Tessier

Le 28 février, à 20 h, l’hélicoptère de Benoît XVI a fait un grand tour dans le ciel de Rome, pour saluer la ville et le Vatican avant de prendre la direction de Castel Gandolfo, la résidence d’été des papes où Benoît XVI allait se réfugier quelques mois.

Le Saint-Siège était désormais vacant. Il y régnait une atmosphère de confusion, de désordre et d’incertitude.

Le contexte était vraiment singulier. Je dirais même déterminant pour ce qui allait suivre : l’élection de François.

En principe, lorsque le Saint-Siège est vacant, c’est qu’il y a eu mort d’homme. Ou plutôt mort de pape. À cet instant précis de la vie de l’Église, c’est tout un mécanisme qui se met en branle.

Du constat du décès jusqu’à l’élection du successeur, tout, vraiment tout, est finement codifié dans un document très officiel, Universi Dominici Gregis, sur la vacance du siège apostolique. Rien n’est laissé au hasard. Même pas le sort de la bague que porte le pape et qui doit être fracturée en deux.

Conséquemment, n’ayant plus de pape à la tête de l’Église, ce tout petit État devrait théoriquement être plongé dans la frénésie, la tristesse et le deuil. On devrait déjà s’affairer aux préparatifs des funérailles. Ce qui n’est pas une mince tâche… tous les chefs d’États de la planète y seront. Sans parler des milliers de journalistes qui voudront se faire accréditer. Imaginez la logistique et la sécurité!

Sauf que cette fois, personne n’est mort. Il n’y a pas de funérailles. Il n’y a pas de raison de pleurer.

C’est dans cette situation inédite que les cardinaux vont tous prendre le chemin de Rome pour honorer ce pour quoi ils ont été faits cardinaux : élire le successeur.

Un conclave particulier

Ils marchent de dos vers une porte.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les cardinaux américains peu avant une rencontre déterminante au Vatican portant sur l'élection d'un nouveau pape

Photo : Reuters / Stefano Rellandini

Après le départ de Benoît XVI, il s’écoule 12 jours avant que ne débute le conclave. Douze jours pendant lesquels les cardinaux n’ont d’autre chose à faire que de discuter entre eux. De tout et de rien. Mais surtout de la santé de leur Église. Et là, le bilan n’est pas très bon.

Les dernières années de Benoît XVI ont été entachées de crises et de scandales. Les finances de l’Église, la banque du Vatican, les jeux de pouvoir, la corruption et les scandales à répétition de prêtres pédophiles. Ajoutez à ça la trahison du majordome de Benoît XVI qui lui volait des documents confidentiels pour les remettre à un journaliste dans l’espoir futile de réveiller ce pape qui ne semblait pas conscient des magouilles autour de lui.

Se peut-il que Benoît XVI eût perdu le contrôle sur les affaires du Vatican?

Devant ce constat inquiétant, certains racontent que pendant ces journées qui ont précédé le conclave, il y aurait eu un moment décisif. Un discours presque improvisé.

« L’Église doit tout quitter et se tourner vers les périphéries », a dit le cardinal Bergoglio aux autres cardinaux réunis pour discuter de l’avenir. Il leur aurait fait le portrait d’une Église qui a un urgent besoin de retrouver sa mission fondamentale, « aller vers les plus petits », aller là où se manifestent la douleur, l’injustice, l’ignorance. Pour ce cardinal dont personne ne parlait dans la presse, les périphéries ne sont pas que géographiques, elles sont surtout existentielles.

L’Église que souhaite ce cardinal venu du bout du monde semble à des années-lumière de l’image qu’on se fait du Vatican empêtré entre crises et querelles intestines.

Qui succéderait à Benoît XVI?

La fumée s'échappe en pleine nuit d'une mince cheminée rouge.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

De la fumée blanche s'échappe de la chapelle Sixtine, confirmant qu'un nouveau pape a été choisi.

Photo : Reuters / Dylan Martinez

Le 12 mars 2013, c’est le début du conclave. Les 115 cardinaux-électeurs s’enferment dans la chapelle Sixtine pour choisir qui parmi eux succédera à Benoît XVI.

Les journalistes spéculent et s’échangent leurs listes de candidats préférés, les papabiles. Quelques noms font les manchettes : les cardinaux Angelo Scola de Milan, Christoph Schönborn de Vienne, Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga du Honduras et même le cardinal Marc Ouellet.

Certains doutaient du sérieux de cette dernière candidature. Pas lui, cependant. Il s’est même fait un devoir d’y réfléchir. Au cas où.

D’ailleurs, bien des spécialistes avaient placé le cardinal Ouellet dans leur top 10 et même dans leur top 5. C’est qu’il était très en vue, le cardinal québécois. Il occupait un poste stratégique dans le gouvernement de Benoît XVI, qu’il rencontrait, en privé, une fois par semaine. Marc Ouellet participait activement à façonner l’Église catholique de demain.

Mais justement, Marc Ouellet était-il trop dans la lignée de Benoît XVI alors que les cardinaux, eux, voulaient du changement? Certains d’entre eux avaient encore le discours de Bergoglio en tête lorsque le moment de voter est venu.

Et ce fut un conclave très court. Cinq tours de scrutin. Nous étions sur place, en direct, lorsque la fumée blanche s’est échappée de la chapelle Sixtine, signalant qu’un nouveau pape avait été élu. La place Saint-Pierre tremblait!

À une cinquantaine de kilomètres de là, Benoît XVI, lui, était devant son téléviseur et suivait attentivement ce qui se passait. Il n’a donc pas entendu le téléphone qui sonnait dans la pièce d’à côté. Sinon, il aurait été le premier à parler à son successeur, Jorge Mario Bergoglio, celui qui s’apprêtait à devenir le pape François.

François en toute simplicité

Le pape François salue la foule.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nouvellement élu, le pape François se présente au monde sur le balcon de la Basilique Saint-Pierre du Vatican.

Photo : Reuters / Dylan Martinez

En principe, rien ne doit filtrer des travaux d’un conclave. Sauf, on imagine, si ça vient du pape élu.

« À l’élection, raconte le pape François, j’avais à côté de moi l’archevêque émérite de Sao Paulo, le cardinal Claudio Hummes, un grand ami! […] Quand les votes sont montés aux deux tiers, l’applaudissement habituel a eu lieu, parce que le pape avait été élu. Et lui m’a serré dans ses bras, il m’a embrassé et m’a dit : "N’oublie pas les pauvres!" Et cette parole est entrée en moi : les pauvres, les pauvres. Ensuite, relativement aux pauvres, j’ai aussitôt pensé à François d’Assise. » Le nom du nouveau pape était trouvé.

Benoît XVI, comme nous tous, a été surpris de voir arriver au balcon cet homme tout vêtu de blanc, sans fioriture, sans la mosette traditionnelle, avec un simple bonsoir (buonasera) à la foule qui, quelques minutes plus tard, découvrait un homme simple et au langage amical.

« Ah, comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres! », a-t-il dit quelques jours plus tard. Cette anecdote à elle seule donne une excellente idée du programme du pontificat de François. Les pauvres. L’humilité.

La révolution de François commençait.

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