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Les cas de cancer se multiplient chez les pompiers

Des pompiers combattent un incendie sur la rue d'Amiens à Montréal-Nord.

Des pompiers combattent un incendie, s'exposant à divers gaz et poussières dangereuses.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

Radio-Canada

La santé des pompiers inquiète, à Montréal, alors qu'on dénombre chez eux une centaine de cas de cancer depuis une quinzaine d'années. Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) adoptera bientôt de nouvelles mesures pour tenter de mieux les protéger.

Un texte de Bernard Barbeau

Son directeur Bruno Lachance les exposera le 13 mars prochain, lors d’une assemblée publique de la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal.

Le SIM, qui cherche depuis 2016 à améliorer ses pratiques, entend entre autres mettre en place cette année une nouvelle procédure de décontamination sur les lieux mêmes des interventions, puisqu’il devient crucial pour les sapeurs de se débarrasser des toxines dangereuses le plus rapidement possible.

Un nettoyage de routine des vêtements de protection, qui absorbent une grande quantité de contaminants, sera aussi mis en place. Il consistera à enlever tout résidu sec par brossage, à rincer soigneusement les vêtements, puis à laver les taches avec un détergent prévu à cet effet. Les véhicules et autres équipements devront être mieux nettoyés, et un nettoyage approfondi annuel sera effectué. Une douche obligatoire suivra également chaque intervention sur le terrain.

« Entre 2002 et 2018, 87 réclamations sur 109 liées à différents types de cancers chez les pompiers ont été acceptées par la [Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST)] », souligne le document de présentation de M. Lachance, disponible sur le site web de la Ville de Montréal. Quatorze demandes ont été rejetées par la CNESST et huit sont en traitement.

Les types de cancers associés au métier de pompier :

  • Rein, après 20 ans d'exposition;
  • Vessie, après 20 ans;
  • Larynx, après 15 ans;
  • Poumon, sans durée d’exposition (causé par l’amiante), après 15 ans (autre cause);
  • Myélome multiple, après 15 ans;
  • Lymphome non hodgkinien, après 20 ans;
  • Mésothéliome pulmonaire, sans durée d’exposition


Source : Service de sécurité incendie de Montréal

Le Québec affichait un retard important en la matière, la CNESST n’ayant reconnu qu’en avril 2016 que les sapeurs étaient plus vulnérables que la population générale face à certains types de cancers.

Et si sept cancers sont maintenant reconnus au Québec comme des maladies professionnelles touchant les pompiers, jusqu’à une quinzaine le sont ailleurs au Canada.

La nature des incendies évolue

Bruno Lachance, directeur du Service de sécurité incendie de Montréal et coordonnateur de la sécurité civile, en point de presse devant des camions de police et de pompiersAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Bruno Lachance, directeur du Service de sécurité incendie de Montréal et coordonnateur de la sécurité civile

Photo : Radio-Canada

« Ce sont des cancers qui vont prendre un 20-30 ans d’exposition », a précisé le vice-président de l'Association des pompiers de Montréal, Chris Ross, en entrevue à RDI Matin.

Le nombre de cas augmente de manière « exponentielle », a-t-il dit, parce que les matières qui brûlent ne sont pas les mêmes qu'autrefois.

Les [matières] qui prenaient feu dans les années 1940, 50, 60, c’étaient surtout le bois et le papier, puis quand on est arrivé aux années 80, 90, 2000, c’est devenu du plastique et des hydrocarbures. Les incendies ont changé au fil des années.

Chris Ross, vice-président de l'Association des pompiers de Montréal

« Les gaz et la fumée sont devenus un cocktail mortel de particules et de nanoparticules, pouvant contenir pas moins de 200 contaminants, qui peuvent causer des intoxications, des asphyxies ou suffocations, des maladies respiratoires et certains cancers. Les dangers d’exposition sont multiples : par inhalation, contact cutané et contamination croisée », expose la présentation du directeur Bruno Lachance.

À la fin 2016, le SIM avait entrepris de changer certaines des habitudes de ses pompiers, en particulier en ce qui a trait à l’entretien des vêtements et de l’équipement de protection.

Les pompiers ont désormais l’obligation de porter leur uniforme intégral et leur appareil respiratoire en tout temps et ils doivent porter une attention particulièrement à leur hygiène à la suite de leurs interventions et au moment de manger.

Les temps ont bien changé quant à la fierté d’être enfumé, d’être enduit de suie, ainsi qu’à l’image du pompier au feu en héros noirci.

Document de présentation du Service de sécurité incendie de Montréal

« Ça me rassure qu’on commence à le prendre au sérieux, a dit le syndicaliste Chris Cross. C’est juste plate que ça prenne autant de nos membres qui tombent malades. Certains sont même décédés, maintenant; on a plusieurs pompiers à Montréal qui sont décédés d’une maladie professionnelle qui avait été reconnue. C’est triste qu’on doive se rendre à ce point-là. »

Grand Montréal

Cancer