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Le président afghan tend la main aux talibans... qui veulent discuter avec Washington

Asharf Ghani serre la main d'un participant à la conférence.

Le président afghan Ashraf Ghani serre la main d'un délégué présent pour la deuxième réunion du Processus de Kaboul.

Photo : Getty Images / SHAH MARAI

Radio-Canada

Le président afghan Ashraf Ghani est prêt à considérer les talibans comme des interlocuteurs politiques légitimes dans le cadre de pourparlers de paix si ces derniers acceptent en contrepartie de reconnaître la Constitution.

C’est ce qu’il a déclaré mercredi lors d’une rencontre internationale pour la paix, baptisée le Processus de Kaboul, qui réunit des représentants d’une vingtaine de pays de la région ainsi que les États-Unis et l’ONU dans la capitale afghane.

Cette offre de « plan de paix global » intervient au lendemain de la diffusion par les talibans d’une déclaration-surprise invitant les États-Unis à « discuter directement » avec leurs représentants à Doha, au Qatar.

Le président afghan propose en fait aux talibans de conclure un cessez-le-feu préalable à des pourparlers de paix s’ils reconnaissent la Constitution signée en 2004, après que l’armée américaine les eut chassés du pouvoir.

M. Ghani pose également comme condition « le respect des droits des citoyens, en particulier des femmes, conformément à la Constitution », et le respect des forces de sécurité, cible de prédilection des attaques talibanes.

Il devrait y avoir un cadre politique à la paix. Un cessez-le-feu devrait être proclamé. Les talibans devraient être reconnus comme un parti politique et un processus de renforcement de la confiance devrait être lancé.

Ashraf Ghani

Le président Ghani s’est aussi engagé à assurer la sécurité des talibans qui accepteraient l’offre de pourparlers, à « considérer » leurs propositions et à lever les interdictions de voyager qui pèsent sur certains de leurs responsables et à obtenir un soutien international aux pourparlers.

« Maintenant, la décision est entre vos mains. Acceptez la paix... et apportons de la stabilité à ce pays », a lancé Ashraf Ghani à l’intention des talibans. Ces derniers n’ont pas encore réagi à l’offre du président.

Par le passé, les talibans ont toujours refusé de reconnaître la Constitution afghane. Quand ils étaient au pouvoir, ils n'en avaient aucune. Ils avaient en outre supprimé tout droit pour les femmes.

Un bénévole afghan transporte le corps d’une personne qui a été blessée lors de l’explosion d’une bombe à Kaboul, le 27 janvier 2018. L’attentat, revendiqué par les talibans, a tué au moins 17 personnes et en a blessé 110 autres.

Un bénévole afghan transporte le corps d’une personne qui a été blessée lors de l’explosion d’une bombe à Kaboul, le 27 janvier 2018. L’attentat, revendiqué par les talibans, a tué au moins 17 personnes et en blessées 110 autres.

Photo : AFP / Wakil Kohsar

Les talibans veulent discuter « directement » avec Washington

Dans une déclaration postée mardi sur leur site Internet, les talibans, entièrement tournés vers l’instauration d’un État islamique en Afghanistan, ont plutôt invité les Américains à « discuter directement » avec leurs représentants au Qatar.

Le bureau politique de l'Émirat islamique d'Afghanistan [appellation officielle du mouvement taliban, NDLR] appelle les responsables américains à discuter directement en vue d'une solution pacifique au problème afghan.

Déclaration des talibans

L’affaire a créé une certaine surprise. Depuis mars 2016, les talibans ont en fait refusé toute participation à des pourparlers de paix, démenti tout contact et rejeté les offres de dialogue du gouvernement afghan tant que « l’occupation étrangère » du sol afghan par l’armée américaine se poursuivrait.

La déclaration des talibans, qui n'ont pas été conviés à la conférence de Kaboul, ne fait aucune référence à la conférence de Kaboul et ignore le gouvernement afghan, qu’ils ont toujours considéré comme une « marionnette » des Américains.

« Nous voulons parler directement avec les États-Unis parce qu'eux et nous sommes les vraies parties » du conflit, a confirmé un commandant taliban joint par l'AFP au Pakistan.

Alors, asseyons-nous et parlons tranquillement, sans tiers, ni le Pakistan ni l'Afghanistan. […] Si l'Amérique est sincère, nos portes sont ouvertes et il lui suffit de contacter notre bureau au Qatar.

Déclaration d'un commandant taliban à l'AFP

Il y a deux semaines, les talibans ont aussi publié une lettre ouverte destinée au « peuple américain et au Congrès » pour expliquer que la guerre actuelle « n'est pas [leur] choix, mais [leur] est imposée ». Ils réclamaient une solution pacifique au conflit, en soulignant le coût élevé du conflit pour « les contribuables américains ».

« Il doit maintenant être établi par les Américains et leurs alliés que la question afghane ne peut pas être résolue militairement », affirment-ils dans leur message publié mardi. « Les stratégies militaires testées depuis 17 ans ne feront qu'intensifier et prolonger la guerre. Et ce n'est dans l'intérêt de personne. »

Après la publication de la déclaration talibane, le gouvernement afghan a fait remarquer qu'il « n'avait jamais refusé une quelconque offre de négocier ».

Les forces afghanes de sécurité surveillent un point de contrôle à proximité des lieux d’un attentat-suicide, à Kaboul, le 24 février 2018.

Les forces afghanes de sécurité surveillent un point de contrôle à proximité d’un attentat-suicide qui a été commis à Kaboul, le 24 février 2018.

Photo : Reuters / Mohammad Ismail

Des attentats et des renforts américains

Au cours des derniers mois, les talibans ont revendiqué plusieurs attentats sanglants, dont le massacre samedi de 18 soldats afghans surpris dans leur sommeil dans la province de Farah, dans l’ouest du pays.

Ils ont aussi reconnu qu’ils étaient derrière l’attaque commise à l’aide d’une ambulance bourrée d’explosifs qui a fait 103 morts et 235 blessés le 27 janvier à Kaboul, et celle perpétrée deux semaines plus tôt à l'hôtel Intercontinental dans la capitale.

Selon le plus récent rapport du SIGAR, l'organisme public chargé de contrôler l'action américaine en Afghanistan, les talibans contrôlent 44 % des districts afghans, ou y exercent une influence. D'autres estimations, dont une provenant d'une enquête exhaustive faite cet hiver par la BBC, soutiennent que ce chiffre frôle plutôt les 70 %.

Le président américain Donald Trump a pour sa part décidé de réengager les États-Unis en Afghanistan. Il a décidé d’y déployer quelques milliers de soldats de plus l’an dernier.

Les Américains comptent environ 14 000 soldats en Afghanistan, tandis que l'OTAN en maintient environ 3000.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et CNN

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