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Les députés dissidents du Bloc québécois claquent la porte

Louis Plamondon, entouré des dissidents du Bloc québécois

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Mis à jour le 

C'est l'implosion du caucus qui aura finalement prévalu : après une rencontre de moins d'une heure avec leur chef, mercredi matin, les sept députés dissidents du Bloc québécois ont indiqué qu'ils quittaient le parti.

Gabriel Ste-Marie, Luc Thériault, Rhéal Fortin, Michel Boudrias, Simon Marcil, Monique Pauzé et Louis Plamondon siégeront dorénavant comme indépendants.

Martine Ouellet, chef du Bloc québécois, entend quant à elle rester en poste.

Le désormais ex-bloquiste Luc Thériault n’y va pas par quatre chemins pour expliquer la crise que traverse le parti : il y a un « problème de leadership flagrant », a-t-il déclaré en entrevue à l’émission Midi Info sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première.

Je ne veux pas révéler l’ensemble de l’œuvre, mais c’est un problème de leadership. Et là, on tente de camoufler ça par une prétendue divergence.

Le député Luc Thériault

« Quand on réduit un problème profond de leadership à une question de personnalité ou de fonctionnement, on est dans le déni », ajoute-t-il.

Luc Thériault reproche à Mme Ouellet son incapacité à rassembler les membres du parti, de faire de l’obstruction, de vouloir avoir raison à tout prix, de ne pas être en mesure de connecter avec les Québécois et d’avoir une faible visibilité à Ottawa.

« On attend d’un ou d'une chef qu’il soit rassembleur. Qu’il soit capable aussi au moment venu de dire qu’il fait des erreurs. D’être capable d’écouter, pas d’être capable de dire : "Crois ou meurs", c’est-à-dire soumets-toi ou tu vas passer au tribunal de l’Inquisition », a-t-il déclaré.

Il indique que les attentes des députés étaient pourtant claires.

On demande à Mme Ouellet qu’elle puisse faire de la politique à partir d’Ottawa selon une vision fédérale. Elle n’a pas fait la transition avec Québec. Ce n’est pas compliqué, il faut à un moment donné qu’on soit capable de travailler à faire en sorte que la question du parlementarisme, la question des dossiers à Ottawa soit défendue correctement.

L'ex-bloquiste Luc Thériault

Le député de Montcalm affirme que la situation devenait intenable.

« À un moment donné, on ne peut pas se promener de chicane en chicane. Les Québécois méritent mieux que ça. Les Québécois méritent qu’on honore notre mandat sur la base du programme du parti, sur la base de la plateforme électorale », a-t-il dit.

Divergences

Le député Louis Plamondon parle lui aussi de nombreux déchirements au sein des troupes bloquistes qui ne trouvaient pas de règlements.

« Les divergences que nous avons avec notre chef sont maintenant trop grandes pour qu’une paix durable soit envisageable », a pour sa part déclaré le député Louis Plamondon, doyen du parti.

M. Plamondon a rappelé que le noeud de la crise résidait dans le choix de Mme Ouellet de « subordonner les intérêts du Québec à la promotion de l'indépendance ».

Sept départs en bloc - entrevue avec Louis Plamondon

C'est le coeur meurtri qu'on part aujourd'hui.

Le député Louis Plamondon

Déception

Crise au Bloc québécois : entrevue avec Martine Ouellet

Réagissant peu après ses ex-collègues, la chef du Bloc québécois s'est dite déçue de n'avoir pu rétablir la confiance avec la proposition présentée au caucus mercredi matin.

« Il n'y a pas eu de questions, pas de discussion », a-t-elle déploré. La rencontre aura duré en tout moins d'une heure.

Fortement contestée et invitée à démissionner, Martine Ouellet a confirmé qu’elle entendait rester chef du Bloc québécois, en entrevue à l’émission 24/60 diffusée sur les ondes d'ICI RDI.

« Moi, je suis là pour rester. J’ai vraiment l’intention d’honorer le mandat que m’ont donné les membres, malgré les difficultés. Moi, je reste pour la cause. Je crois que c’est important. J’ai été élue il y a moins de 12 mois. Les difficultés que nous avons vécues, ce n’est pas nouveau. Elles existaient avant mon arrivée », a-t-elle déclaré.

Martine Ouellet ne croit pas que sa personnalité ou son leadership soient en cause.

Je crois que le cœur du problème est plus dans la vision sur la mission du Bloc québécois et moi je crois que c’est important de renouveler le Bloc si on veut pouvoir avancer.

Martine Ouellet

Questionnée sur l’avenir, la chef parle de « renouveler complètement le programme du Bloc » et de mettre de l’avant l’indépendance.

« Le mouvement souverainiste indépendantiste a encore de 35 % à 40 % d’appuis. Moi, je veux arrêter la stagnation. Depuis une vingtaine d’années, c’est une stagnation du côté de l’appui à l’indépendance. Et là il faut se mettre en croissance. C’est pour cela qu’il faut se donner de nouveaux moyens », a-t-elle affirmé.

« La porte est encore ouverte, elle restera toujours ouverte », a-t-elle tenu à dire à l'intention des députés démissionnaires.

Elle s'était également dite prête à travailler sur sa personnalité, objet de critiques de la part des dissidents.

Une crise et sa gestation

C'est la démission, dimanche, du leader parlementaire du parti, Gabriel Ste-Marie, qui a provoqué cette nouvelle crise au sein du Bloc, avec sa déclaration selon laquelle il était incapable de communiquer avec Martine Ouellet.

Mercredi, l'aile jeunesse du parti s'est pourtant rangée derrière la chef. « Nous n’avons jamais vu une chef qui collabore autant avec son aile jeunesse », peut-on lire dans une lettre envoyée à Radio-Canada par l'exécutif du Forum jeunesse du parti.

La lettre dénonçait également la sortie des députés dissidents, critiquant leur « entêtement à ne pas vouloir bouger des positions qu’ils ont depuis des années ».

Cette crise n'était par contre que la plus récente en date. En juin dernier, les sept députés qui ont quitté le parti mercredi avaient déjà affirmé que leur lien de confiance avec Martine Ouellet était rompu.

La chef avait alors congédié son chef de cabinet, Louis-Philippe Dubois, après que le Huffington Post eut révélé qu'il s'en était pris au député Rhéal Fortin pour rétablir la situation.

« Moi, je serais parti »

En entrevue à RDI tout de suite après les événements, mercredi, Gilles Duceppe, ex-chef du Bloc, n'a pas mâché ses mots. « Est-ce qu’une chef qui perd 70 % de son caucus doit rester en poste? Moi, je serais parti », a-t-il lancé d'emblée.

« Il me semble que Mme Ouellet devrait réaliser qu’il y a un problème de leadership dans le parti. Elle peut le nier, mais c’est évident. Est-ce que c’est elle qui a raison, ou ce sont les gens qui ne la comprennent pas? On pourrait en débattre longtemps. Habituellement, quand un chef fait face à cela, il ou elle en tire les conclusions et se retire. »

Crise au Bloc québécois : entrevue avec Gilles Duceppe

M. Duceppe en a profité pour souligner qu'à son avis, la promotion de l'indépendance, que veut prioriser Martine Ouellet, et la défense des intérêts du Québec « vont ensemble ».

« On ne peut pas faire l'un sans faire l'autre », a-t-il résumé, avant de lâcher une pointe en direction de Mme Ouellet. « Il ne s’agit pas seulement de réciter des litanies ou des incantations du type "Je veux un pays, je veux un pays, je veux un pays". C’est plus que ça, faire la promotion de la souveraineté. Les gens s’attendent à plus que ça. Il faut le faire correctement, comme le Bloc le faisait dans le passé. »

Il a ajouté que la crise que vit le Bloc québécois affaiblit la défense des intérêts du Québec à Ottawa. « Il y a un grand vide actuellement. Ce n’est pas M. Trudeau, avec Netflix, par exemple, ou la porte ouverte aux paradis fiscaux, qui va le remplir. Les conservateurs et le NPD sont aussi très tièdes sur ça. »

Pense-t-il que le Bloc va survivre à la crise? « Ça, on ne le sait jamais. En 1993, les conservateurs n’étaient plus que deux, et ils ont repris le pouvoir quelques années plus tard. On verra. »

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