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Le budget Morneau, plus politique qu’économique

Entrevue de Gérald Fillion avec le ministre Bill Morneau

Dans son troisième budget, sous le signe de la continuité, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, mise notamment sur l'égalité des sexes, la réconciliation avec les Autochtones et la science.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Les libéraux ne s’inquiètent pas outre mesure du retour à l’équilibre budgétaire, alors que le déficit se chiffre à 18,1 milliards de dollars pour 2018-2019. Ils misent plutôt sur une « trajectoire de réduction du déficit » qui portera celui-ci à 12,3 milliards en 2022-2023.

Comme s’en targue le ministre dans son budget présenté mardi, l’économie du Canada se porte « remarquablement bien ».

Au cours des deux dernières années, les Canadiens ont créé près de 600 000 nouveaux emplois grâce à leur travail. […] Le taux de chômage avoisine les niveaux les plus bas enregistrés depuis plus de 40 ans.

Le ministre des Finances Bill Morneau

« Les libéraux de messieurs Trudeau et Morneau n’ont pas [contrairement aux conservateurs] l’objectif politique de baisser la taille du gouvernement et n’ont pas de problèmes économiques avec une mauvaise situation financière du gouvernement », explique Serge Coulombe, professeur au Département de science économique de l’Université d’Ottawa.

Il n’y a donc aucune raison, ni politique ni économique, de viser le retour à l’équilibre budgétaire, estime-t-il.

Le déficit canadien se chiffre à moins de 1 % du PIB, soit cinq fois moins que celui des États-Unis. D’ici 2022-2023, il sera encore moindre, à 0,5 %. Une situation économique qui ferait bien des envieux ailleurs dans le monde.

« Nous avons équilibré cette confiance avec une saine gestion des finances publiques, qui comprend une baisse du ratio de la dette au produit intérieur brut (PIB), et nous avons donné aux Canadiens les outils dont ils ont besoin pour réussir », a résumé Bill Morneau.

La dette atteint pour sa part 651,5 milliards de dollars, soit 30,4 % du PIB.

Un budget à saveur politique

À l’instar de ce qu'il a fait avec ses deux premiers budgets, le ministre des Finances mise sur la classe moyenne pour stimuler la croissance économique du Canada.

Il prévoit notamment remplacer la Prestation fiscale pour le revenu de travail par l’Allocation canadienne pour le travail, et en bonifier les sommes de plus de 2 milliards de dollars. Quelque 300 000 travailleurs supplémentaires à faible revenu y auront accès dès 2019.

Cette mesure s’ajoute à la bonification déjà annoncée de l’Allocation canadienne pour enfants, qui accordera des sommes additionnelles aux ménages dont les revenus sont inférieurs à 70 000 $.

En outre, le budget prévoit, pour les familles, cinq semaines de prestations parentales d’assurance-emploi pour l'autre conjoint, et ce, grâce à un investissement de 1,2 milliard sur cinq ans à compter de l’an prochain.

Ces mesures ne s’appliquent cependant pas au Québec, bien que le fédéral s’en soit inspiré pour les offrir au reste du pays.

« Le budget vise des questions importantes, poursuit Serge Coulombe, mais pas essentiellement de nature économique », donnant pour exemple l’égalité des sexes, omniprésent dans le budget déposé mardi.

Le budget Morneau prévoit aussi un important montant pour l'innovation et la recherche, soit 6,4 milliards sur cinq ans, notamment pour faire plus de place aux femmes dans ce secteur.

Les Autochtones au cœur de la réconciliation

Outre l’égalité des sexes, le gouvernement Trudeau mise sur une meilleure relation avec les peuples autochtones.

D’importants montants sont ajoutés afin d’améliorer l’accès à l’eau potable dans les réserves, de permettre un hébergement de qualité et d'assurer la santé et la formation des Autochtones. Au total, plus de 4,8 milliards seront investis dans les cinq prochaines années.

Toujours au chapitre des dépenses, les libéraux prévoient 1,3 milliard sur cinq ans pour différents investissements consacrés à l'environnement.

Mesures timides contre l’évasion fiscale

Invité à plus d’une reprise à prendre le taureau par les cornes contre l’évitement et l’évasion fiscaux, le gouvernement en fait très peu sur la question.

Un maigre montant de 90,6 millions de dollars allongé sur une période de cinq ans permettra aux autorités de se pencher sur d’autres cas où de l’argent échappe au fisc canadien.

Sans surprise, le budget confirme aussi les sommes qui seront allouées à la cybersécurité et à la presse écrite.

Plus de 507 millions de dollars sur cinq ans, et par la suite environ 100 millions annuellement, iront à une stratégie nationale pour la sécurité à l’ère du numérique.

Le journalisme local bénéficiera pour sa part d’un fonds de 50 millions de dollars sur cinq ans, distribué par l’entremise d’« organisations gouvernementales indépendantes ». Pendant cette même période, 172 millions seront consacrés au Fonds des médias du Canada.

Par ailleurs, le gouvernement compte tirer d’importants revenus de la taxation de la cigarette et du cannabis, soient plus de 2,2 milliards de dollars d’ici cinq ans.

Exit Phénix

Passé sous silence lors du précédent budget, Phénix est cette fois pris en considération. Dans un premier temps, les libéraux comptent investir 431 millions sur six ans afin de stabiliser le système de paie des fonctionnaires fédéraux, qui connaît d’importants ratés.

Des montants sont aussi allongés afin d’« entreprendre l’élaboration de la prochaine génération du système de paie », peut-on lire dans le budget.

Un budget de continuité et de transition

Le gouvernement se garde vraisemblablement des réserves en vue du prochain budget, le dernier avant les élections de 2019.

Dans le contexte économique actuel, avec l'incertitude provoquée par la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain et le vent de protectionnisme qui souffle au sud, il serait un peu « malaisé », selon le professeur Serge Coulombe, d’arriver avec trop de nouvelles mesures de stimulation budgétaire.

Le prochain exercice financier risque donc d’être élaboré en fonction des États-Unis, estime le professeur.

« Ils ont clairement préféré attendre à l’an prochain avant de réagir aux mesures mises de l’avant par les États-Unis », estime-t-il, à commencer par la réforme fiscale américaine qui diminue l’impôt des entreprises.

Il s’agit selon lui du principal défi qui guette le Canada dans un avenir rapproché.

Bandeau de notre section sur le budget fédéral 2018

Politique fédérale

Économie