•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Archives
  • Il y a 40 ans, Lise Payette créait l'assurance automobile au Québec

    Bernard Derome devant une mortaise illustrant une automobile avec l'inscription du mot assurance sur le pare-choc.

    Bernard Derome présente un reportage à propos de l'assurance automobile, en 1977.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le  1er mars 1978, Lise Payette lâche un soupir de soulagement. La ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières vient d'accomplir une tâche herculéenne : réformer l'assurance automobile au Québec. Comme l'attestent nos archives, avant d'y arriver, la ministre a dû livrer un combat féroce dans une fosse aux lions.

    27 octobre 1976 : René Lévesque, le chef du Parti québécois (PQ), fait campagne pour l’élection provinciale québécoise du 15 novembre. Son discours est capté par un important groupe de journalistes, dont ceux de Radio-Canada.

    Discours de René Lévesque, 27 octobre 1976

    René Lévesque met de l’avant une promesse de son programme électoral. Il s’engage à faire le ménage dans ce qu’il décrit comme le « scandale de l’assurance automobile ». Selon le chef péquiste, le gouvernement du Québec doit créer une assurance publique responsable d’indemniser les victimes de la route pour leur perte de jouissance corporelle et matérielle.

    En 1976, le Québec détient en effet un record : celui des primes d’assurance automobile les plus élevées du Canada. Un quart des conducteurs ne souscrit à aucune assurance. Un tiers des victimes d’accident automobile ne reçoit aucune indemnité. Quant à la plupart des autres qu’on dédommage, ils doivent longuement patienter avant d'obtenir des montants jugés très souvent insuffisants.

    Un cadeau empoisonné

    René Lévesque confie à la ministre Lise Payette, lors de son assermentation, la tâche de corriger cette situation. C’est tout un cadeau empoisonné qu’offre le nouveau premier ministre à la très populaire ex-animatrice de la télévision. Ce dossier, Lise Payette le reconnaît elle-même, elle ne le maîtrise pas du tout. Dès sa première journée de travail, elle a toute une surprise. Son propre sous-ministre lui annonce qu’il ne collaborera pas avec elle! Elle raconte cette rencontre avec le fonctionnaire dans une entrevue à Tout le monde en parlait (Nouvelle fenêtre).

    La première chose qu’il me dit, c’est : “Je regrette beaucoup, Madame, mais nous ici on a déjà écrit 7 ou 8 projets de loi sur l’assurance automobile et on n'a pas l’intention d’en écrire un autre”.

    Lise Payette, dans une entrevue accordée à « Tout le monde en parlait », le 8 août 2006

    Lise Payette, estomaquée, le congédie sur-le-champ! Mais l’inertie des fonctionnaires n’est rien comparée à l’affrontement farouche que provoque son projet de loi 67.

    La ministre est attaquée de toutes parts. De puissants groupes de pression, ses adversaires libéraux et unionistes à l’Assemblée nationale, des membres de son propre parti, la critiquent sévèrement.

    Pour avoir une idée du ton de l’époque, nous vous présentons ces archives du Téléjournal des 4 et 24 mai 1977. La journaliste Michèle Viroly raconte au chef d’antenne Bernard Derome les première et dernière journées des audiences publiques sur le projet de loi tenues à Jonquière et à Montréal.

    Téléjournal, 4 mai 1977

    Téléjournal, 24 mai 1977

    Obligée de se battre comme un fauve

    Malgré les objections qui fusent, Lise Payette persiste et signe, confortée par une opinion publique plutôt favorable à sa réforme. La ministre ignore à la fois les groupes de pression et les critiques au sein du PQ. Le conflit devient personnel. Certains dénigrent même l’apparence de la ministre. On s’approche de la diffamation.

    Lise Payette est même convoquée par l’ensemble des ministres du Cabinet Lévesque pour défendre ses idées. Elle se bat comme un fauve. Certains de ses collègues lui lancent des remarques très déplacées. Après plusieurs heures de supplice, René Lévesque, excédé, met fin à l’interrogatoire.

    Le 21 décembre, contre vents et marées, Lise Payette réussit à faire adopter son projet de loi 67. La réforme ne possède pas l’envergure envisagée au départ par le gouvernement péquiste. C’est un régime hybride où cohabitent une assurance publique, pour indemniser les personnes, et des assureurs privés, qui s'occupent de la ferraille.

    Téléjournal, 1er mars 1978

    Au Téléjournal du 1er mars 1978, le présentateur Normand Harvey et la journaliste Michèle Viroly détaillent les principales indemnités initialement prévues par la Régie de l’assurance automobile du Québec.

    Le 1er mars 1978, Lise Payette se croise les doigts pour que son bébé, la Régie de l’assurance automobile du Québec, ne s’écroule pas au premier accident de véhicule. Elle n’avait pas à s’en faire. 40 ans après sa création, la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) compte parmi les programmes étatiques les plus appréciés des Québécois.

    Archives

    Politique