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Des faveurs sexuelles exigées en échange d'aide humanitaire

Une femme transportant de l'eau dans un camp de réfugié en Syrie.

Malgré des avertissements en 2015, ces pratiques se poursuivent, selon des travailleurs humanitaires.

Photo : Reuters / Erik de Castro

Radio-Canada

Des femmes syriennes ont été agressées sexuellement par des hommes distribuant de l'aide humanitaire pour le compte des Nations unies, selon des informations obtenues par la BBC.

Des sous-traitants locaux ont notamment exigé des faveurs sexuelles en échange de denrées dans le sud de la Syrie, ont rapporté des travailleurs humanitaires.

Le problème est si répandu que certaines femmes refusent désormais de se rendre dans les centres de distribution d'aide humanitaire, ont-ils souligné.

Malgré des avertissements concernant de tels types d'abus qui avaient été émis en 2015, un récent rapport du Fonds des Nations unies pour la population montre que la pratique se poursuit.

Des femmes et des filles auraient ainsi été contraintes de fournir des services sexuels en échange de repas, selon le rapport intitulé Voix de la Syrie 2018.

Le rapport fait aussi état d'individus qui demandent les numéros de téléphone des filles et les reconduisent chez elles pour « prendre quelque chose en échange ».

Les veuves, de même que les femmes divorcées ou déplacées, sont particulièrement vulnérables, souligne le rapport.

Les agences des Nations unies et les autres organisations caritatives, qui affirment n'avoir aucune tolérance envers de tels abus, précisent cependant qu'aucun cas de ce type ne leur a été rapporté.

Or, selon Danielle Spencer, une travailleuse humanitaire en Syrie, certaines organisations internationales ferment les yeux sur ces pratiques, parce que le recours aux tierces parties et aux conseils locaux est le seul moyen d’apporter de l’aide dans les zones dangereuses du sud du pays, où les travailleurs internationaux n’ont pas accès.

Mme Spencer a mené des entrevues avec des groupes de femmes syriennes dans un camp de réfugiés de la Jordanie en mars 2015. Elles lui ont raconté comment des hommes des conseils locaux de Dara’a et Quneitra ont exigé des faveurs sexuelles en échange d'aide humanitaire.

Si elles se rendent aux centres de distribution, elles croient qu’elles auront à fournir des faveurs sexuelles en échange de denrées.

Danielle Spencer, travailleuse humanitaire.

En juin 2015, 40 % des 190 femmes et filles sondées par le Comité international de secours (IRC) affirmaient pour leur part subir des violences sexuelles lorsqu’elles souhaitaient obtenir de l'aide humanitaire.

Les deux rapports ont été présentés lors d'une rencontre entre les agences des Nations unies et des organisations caritatives mises sur pied par le Fonds des Nations unies pour la population dans la capitale jordanienne, le 15 juillet 2015.

L'un des enfants est dans les bras de la femme, au centre de la  photo.

Une femme et trois enfants à l'extérieur d'une tente d'un camp de réfugiés à Ain Issa, en Syrie.

Photo : Reuters / Erik de Castro

Les agences ne rapportent aucun cas d'exploitation

Depuis la rencontre, l’ONG internationale CARE a bonifié son équipe de surveillance en Syrie, a mis en place un processus de plaintes et ne fournit plus d’aide humanitaire par l'entremise des conseils locaux.

Elle a également demandé à diverses agences des Nations unies, dont le Bureau de la coordination des affaires humanitaires et le haut-commissaire aux réfugiés des Nations unies, de mener d’autres enquêtes et de mettre en place de nouveaux mécanismes de plaintes.

Un porte-parole du Fonds des Nations unies pour la population a insisté sur le fait que l’agence ne faisait pas de partenariats avec les conseils locaux.

Pour sa part, une porte-parole d’Oxfam a affirmé que l’organisation ne travaillait plus, elle non plus, avec les conseils locaux pour fournir de l’aide humanitaire depuis 2015.

Un porte-parole des Nations unies pour les réfugiés a pour sa part affirmé qu’il était au courant des allégations à l’époque, mais qu’il n’y avait pas assez d’information pour agir auprès d’organisations et de personnes en particulier.

L’organisation a toutefois commandé une nouvelle étude sur le sujet et fait des efforts de prévention supplémentaires, notamment en matière de processus de plaintes et de formation des partenaires locaux.

Avec les informations de BBC

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