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Budget fédéral : le président de la FCFA exige 575 millions et rien de moins

Jean Johnson devant une affiche et des drapeaux.
Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) Photo: Radio-Canada / ICI Radio-Canada

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Jean Johnson, commence déjà à fourbir ses armes en prévision du prochain budget et attend le ministre des Finances, Bill Morneau, armé d'une brique et d'un fanal.

Un texte d'Angie Bonenfant

La FCFA n’exige rien de moins que 575 millions de dollars sur cinq ans pour freiner le déclin des communautés francophones partout au pays. Si au dépôt du budget, mardi après-midi, le gouvernement n'a fait aucune annonce en ce sens, le ton risque de monter, promet M. Johnson.

La réélection des députés libéraux qui se trouvent dans des circonscriptions où il y a beaucoup de francophones sera « à risque », menace-t-il. « La campagne que nous comptons [faire] va aller dans le sens opposé d'un geste prolibéral. »

Il y a un épuisement total et il y a une grogne.

Jean Johnson, président, FCFA

Les investissements fédéraux en matière de francophonie n'ont pas augmenté depuis plus de 10 ans, rappelle-t-il. Les organismes sont à bout de souffle. Ils sont incapables d'offrir un service de qualité.

« Il faut bonifier les budgets de nos groupes. En Ontario, il y a beaucoup de centres communautaires qui sont sur le point de fermer. En Acadie et en Alberta, les radios communautaires ferment parce qu'elles ne sont pas capables de maintenir l'élan des travaux exigés. Le salaire des employés stagne depuis 12 ans », insiste-t-il.

« Il faut que le gouvernement comprenne que les communautés francophones ne peuvent plus fonctionner ainsi, martèle le président. [Les] 575 millions de dollars, c'est un cri d'alarme et un cri à l'aide. »

CHPL à Plamondon.Le studio de la radio communautaire CHPL à Plamondon Photo : Radio-Canada / Rudy Desjardins

Les médias communautaires

Les attentes à l'égard du budget fédéral sont tout aussi grandes pour les médias communautaires francophones du pays.

« On a de grandes attentes envers ce budget parce que la situation est rendue critique. On a fermé des journaux, on a une station qui a déjà fermé, on veut que ça s'arrête, mais on a besoin de financement de la part du gouvernement », a déclaré François Côté, directeur général de l'ARC, en entrevue à Radio-Canada.

Les médias communautaires servent de courroie de transmission de l'information au sein des communautés reculées, a rappelé M. Côté. Ils aident à la préservation du patrimoine francophone à une plus petite échelle.

Selon des informations de la journaliste Diana Ombe

Le premier ministre Justin Trudeau lors de son discours, le 14 février 2018, proposant une nouvelle approche pour garantir le respect des droits des Autochtones inscrits dans la Constitution.Les francophones ont des attentes très élevées envers le premier ministre Justin Trudeau. Photo : The Canadian Press / Justin Tang

Cinq priorités

Le constitutionnaliste et professeur à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa, Pierre Foucher, espère voir dans ce budget un engagement clair du gouvernement qui ramènera la francophonie canadienne au niveau d'avant la vague de coupes budgétaires des années 1990.

« Ça va prendre une affirmation politique très claire, insiste-t-il. Jusqu'à maintenant, on parle beaucoup de diversité culturelle, de multiculturalisme, d'intégration des immigrants et de multilinguisme [...] Tout ça est beau et bon, mais il faut aussi remettre la dualité linguistique au coeur du projet canadien. »

Le gouvernement a posé quelques petits gestes, mais ça va prendre nettement plus que ça.

Pierre Foucher, constitutionnaliste et professeur de droit, Université d'Ottawa

« En termes de secteurs d'activités, je vois plusieurs endroits où il faut redresser la barre, parce que ç’a été laissé à l'abandon, déplore-t-il. Il y a plusieurs cibles du premier plan d'action qui n'ont même pas été atteintes. »

1. Éducation

Une des priorités reste et doit toujours rester l'éducation de la petite enfance jusqu'à l'éducation postsecondaire, soutient M. Foucher. « Le parc scolaire de la francophonie canadienne est en mauvais état. Il a besoin soit de réparation ou de construction d'écoles neuves pour accommoder la demande qui se fait grandissante dans certains endroits du Canada. »

2. Immigration francophone

« Les cibles étaient de 5 % à la fin du Plan d'action sur les langues officielles. On n'est pas du tout là, ni régionalement ni au niveau national, rappelle le professeur. Si on veut vraiment être sérieux et arriver à 5 % d'immigration francophone à l'extérieur du Québec, il va falloir mettre plus d'effort dans le recrutement, dans l'accueil et dans l'intégration de ces populations immigrantes là. »

3. Reddition de compte

« Il y a de l'argent qui est envoyé aux provinces pour les aider à développer une vision qui intègre les minorités francophones et acadienne, mais parfois celles-ci se demandent où s'en va l'argent, explique M. Foucher. Il faut être capable de mettre en place des procédures qui [respecteront] les juridictions provinciales et en même temps s'assurer que les fonds destinés à la francophonie canadienne s'en vont bien là et non dans d'autres secteurs. »

4. Santé et protection des personnes vulnérables

Comme l'ensemble des Canadiens, la population francophone est vieillissante, rappelle M. Foucher. « Dans certains endroits du pays, obtenir des soins de santé dans sa langue hors Québec est de plus en plus compliqué, soutient-il. Ça prend des efforts de formation et de recrutement. Beaucoup a été fait, mais il y a encore beaucoup de régions au Canada où il y a du progrès à faire. »

5. Accès de la justice

Sur le plan de la justice, ça dépasse le « droit d'avoir un procès dans sa langue », avance Pierre Foucher. Le gouvernement fédéral doit mettre en place des stratégies qui aideront les francophones à avoir accès à la justice dans leur langue. Les policiers, la détention dans les centres de police, les avis juridiques, les contraventions et l'aide juridique, énumère-t-il, tout ça doit être accessible en français partout au pays.

Ottawa-Gatineau

Société