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Les artistes autochtones du Québec réclament plus de financement

Oeuvre de Sylvie Paré, artiste visuelle huronne-wendate

Oeuvre de Sylvie Paré, artiste visuelle huronne-wendate

Photo : Martine Doyon

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La politique culturelle du Québec devrait être présentée au printemps et nombreux sont les groupes qui ont tenté ces derniers mois de faire valoir leurs intérêts, dont les Premières Nations.

Un texte de Marie-France Abastado, à Désautels le dimanche

Après s’être réunis au mois de mai dernier pour réfléchir aux enjeux qui touchent leur expression artistique sous toutes ses formes, de nombreux artistes ont lancé il y a quelques jours Le manifeste pour l’avancement des arts, des artistes et des organisations artistiques autochtones du Québec.

Les signataires du manifeste réclament notamment du gouvernement du Québec un rattrapage dans le financement, soit 20 millions de dollars sur cinq ans.

Un rattrapage à faire

Yves Sioui Durand, qui a cofondé le théâtre Ondinnok il y a un peu plus de 30 ans, est un véritable pionnier du théâtre autochtone au Québec. « On a longtemps été le seul théâtre autochtone à Montréal et au Québec. Maintenant, il y en a d’autres », dit-il.

« Que des Autochtones se représentent eux-mêmes sur scène, c’est déjà beaucoup », poursuit le dramaturge, qui se rappelle les films de son enfance où les « Indiens » des westerns étaient incarnés par des Blancs déguisés.

Mais il y a très peu de moyens et de leviers pour arriver à rejoindre les standards québécois en termes de création et d’expression.

Une citation de : Yves Sioui Durand

Cette absence/présence des Autochtones dans les arts traduit à son avis la façon dont ils sont exclus ou inclus dans l’imaginaire collectif. « Nous, on est là depuis le début! L’identité québécoise est complètement tissée de cette rencontre et de ce partage avec les Autochtones. Nous étions la majorité! » rappelle Yves Sioui Durand, qui a remporté un prix du Gouverneur général en 2017.

Absence au sein des grandes institutions d’art

D'ailleurs, la présence des Autochtones dans l'histoire du Québec ne transparaît pas suffisamment au sein des grandes institutions d'art. Les Premières Nations y sont presque totalement absentes, affirme le dramaturge Yves Sioui Durand.

Ce sont pourtant ces mêmes grandes institutions qui définissent ce qu’est l’art, comme le Musée d’art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Conseil des arts et des lettres du Québec. « Les définitions de l’art ont infériorisé les pratiques culturelles des Autochtones », soutient Yves Sioui Durand qui déplore que l’art autochtone soit souvent uniquement considéré comme du folklore ou de l’ethnographie.

À son avis, cela découle malheureusement d’une vision coloniale de l’art.

Comment expliquer alors que les grands musées canadiens soient remplis d’artéfacts qui révèlent des pratiques artistiques extrêmement articulées? Nous étions des civilisations!

Une citation de : Yves Sioui Durand

Peu d’enseignement de l’art autochtone

Pour l’artiste visuelle Sylvie Paré, la méconnaissance de l’art autochtone contribue à l’exclusion des œuvres des Premières Nations. Elle regrette qu’on enseigne encore trop peu l’art autochtone.

Moi qui ai fait un baccalauréat et une maîtrise en muséologie et qui ai fréquenté le milieu de l’histoire de l’art, je n’ai eu à l’époque aucun cours sur les arts autochtones.

Une citation de : Sylvie Paré

Mme Paré, qui a présentement une oeuvre présentée au Manitoba dans le cadre de l’exposition itinérante « Ces femmes autochtones disparues ou oubliées », souhaiterait que tous les conservateurs de musée et ceux qui travaillent dans le milieu culturel aient au moins une base en la matière.

Cette Huronne-Wendate, qui a une oeuvre au sein de la collection d'art public de la Ville de Montréal, regrette aussi qu’on se rappelle surtout l’existence de l’art des Premières Nations québécoises lors des grands événements commémoratifs, comme le 150e du Canada ou le 375e de Montréal.

On a eu beaucoup d’insatisfaction ces dernières années parce que chaque fois qu’il y avait un événement, c’étaient des artistes de l’extérieur du Québec. On a eu souvent le sentiment d’être ignorés, mais aussi d’une méconnaissance de ce que le milieu pourrait offrir.

Une citation de : Sylvie Paré

Mais l’artiste visuelle reconnaît qu’il y a tout de même eu des améliorations ces dernières années. Elle cite entre autres l’exposition de Nadia Myre présentée en ce moment au Musée des beaux-arts de Montréal ou celle d’Eruoma Awashish proposée par une maison de la culture de Montréal plus tôt cet automne.

Plus d’art autochtone dans les communautés

Ce n’est pas que dans les grands musées ou les grandes institutions qu’on aimerait voir diffuser l’art autochtone. La poète-slameuse Natasha Kanapé Fontaine aimerait bien qu’il y ait plus de ressources pour que les Premières Nations aient accès à l’art autochtone dans leurs propres communautés.

Elle-même y a présenté peu de spectacles ces dernières années. Les communautés sous-financées, dit-elle, n’ont pas les moyens d’inviter des artistes, qu’ils soient autochtones ou québécois.

Quand j’étais jeune, je rêvais de fonder un centre des arts dans ma communauté de Pessamit qui est mon village natal.

Une citation de : Natasha Kanapé Fontaine

Une meilleure connaissance des artistes des autres nations permettrait une plus grande filiation entre les peuples autochtones, pense Natasha Kanapé Fontaine. Sans compter, dit la poète slameuse, que l’art peut aussi être un outil de guérison pour les Autochtones.

Des budgets faméliques

« Il n’y a pas assez de moyens! Le programme du Conseil des arts et des lettres du Québec pour tous les Autochtones du Québec est de 100 000 dollars, c’est ridicule! Bien sûr, il y a des ententes spécifiques, ajoute Yves Sioui Durand, mais ce n’est pas assez! Si on veut qu’il y ait véritablement un effet de levier pour l’avancement des arts autochtones, dans l’optique où les arts jouent un rôle majeur dans la reconstruction culturelle de nos peuples, il faut des ressources massives! »

On est bien loin des 20 millions en cinq ans que réclament les signataires du manifeste pour l’avancement des arts autochtones.

Une citation de : Yves Sioui Durand

À quelques semaines de la présentation politique culturelle québécoise, Yves Sioui Durand rappelle que les Autochtones font aussi partie du Québec. « On pense à tort que les Autochtones ne sont que la responsabilité du fédéral. Mais c’est faux! Le gouvernement du Québec a l’entière responsabilité du soutien culturel de son peuple et on fait partie du Québec! »

Yves Sioui Durand en appelle également aux chefs des Premières Nations. « Il est temps que l’Assemblée des Premières Nations et les chefs comprennent que nous portons l’odieux de réclamer sans arrêt de l’argent. Eux aussi pourraient faire quelque chose. Et c’est la responsabilité du grand chef de l’Assemblée des Premières Nations d’établir une pédagogie avec l’ensemble des chefs et de leur faire comprendre que l’art, ce n’est pas quelque chose d’accessoire. »

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