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Tuerie de Parkland : un shérif adjoint était sur place, mais n'est « jamais entré » dans l'école

Un homme dépose des fleurs devant une des nombreuses croix qui portent le nom d'une victime.

Un homme dépose un bouquet de fleurs devant un mémorial improvisé érigé devant l'école secondaire Marjory Stoneman Douglas, le 21 février.

Photo : Getty Images / Joe Raedle

Radio-Canada

Un adjoint du bureau du shérif du comté de Broward, qui était armé et qui devait assurer la sécurité à l'école secondaire Marjory Stoneman Douglas, n'est pas intervenu lorsqu'un tireur y a ouvert le feu le 14 février dernier, tuant 17 élèves et membres du personnel.

Cette révélation, faite jeudi par le shérif du comté, Scott Israel, met à mal la plus récente proposition du président Trump, selon laquelle il conviendrait d’armer des enseignants afin qu’ils puissent répondre rapidement lors de fusillades dans des écoles.

Selon M. Israel, les vidéos de surveillance de l’école secondaire de Parkland montrent clairement qu’un employé de son bureau, Scot Pederson, s’est rendu en 90 secondes devant l’immeuble où des coups de feu venaient d’être signalés, mais qu’il n’y est jamais entré.

Utilisant une arme semi-automatique AR-15, le tireur a pu poursuivre son carnage entre les murs de l’école sans être inquiété, avant de quitter les lieux, six minutes plus tard, en se mêlant aux élèves paniqués qui fuyaient l’endroit.

Ce que j’ai vu, c’est qu’un adjoint [du bureau] est arrivé du côté ouest de l’immeuble 12, a pris une position, et n’est jamais entré. […] Je suis anéanti, je suis écoeuré. Il n’est jamais entré.

Scott Israel, shérif du comté de Broward, en Floride

Lorsqu’on lui a demandé ce que Scot Pederson aurait dû faire, M. Israel a répondu sans détour : « Y aller. Confronter le tueur. Tuer le tueur ». À l’heure actuelle, a précisé le shérif, il n’a pas offert d’explication justifiant sa décision de rester à l’extérieur.

Donald Trump en a rajouté, vendredi, quand il a suggéré que Scot Pederson est un « lâche », ou qu'il avait peut-être été paralysé par la peur.

« Ils sont entraînés, il n'a pas réagi convenablement sous la pression ou c'est un lâche. À coup sûr, il a fait du mauvais boulot. Il n'y a aucun doute à ce sujet », a dit le président des États-Unis.

M. Trump s’est aussi dit « surpris » de voir les autorités divulguer l’identité du policier Pederson, avant d'affirmer : « Il mérite qu'elle soit publique ».

Un agent ressource

Depuis la tuerie de Columbine, en 1999, les forces de l’ordre conviennent qu’ils doivent affronter les tireurs le plus rapidement possible lorsque des événements du genre surviennent, afin d’éliminer la menace et de limiter le nombre de victimes.

Scot Pederson travaillait pour le bureau du shérif du comté de Broward depuis 32 ans, dont les 8 dernières années comme agent ressource (school resource officer) de l’école Marjory Stoneman Douglas. À ce titre, il devait assurer la sécurité et prévenir la criminalité. Il était formé, armé et portait son uniforme.

Le shérif Israel n’entend pas diffuser les images vidéo qui l’ont convaincu de suspendre Scot Pederson et pourrait ne jamais le faire, à moins que cela ne soit jugé nécessaire par le bureau du procureur dans le cadre du procès. L’enquête à ce sujet continue, a-t-il dit.

M. Pederson, qui n’a pas commenté l’affaire publiquement, a démissionné jeudi après-midi, après avoir été suspendu par le shérif Israel. Il a dans les faits pris sa retraite, selon des documents publiés par son bureau.

La National Association of School Resources Officers estime qu’entre 14 000 et 20 000 personnes exercent les mêmes fonctions que M. Pederson aux États-Unis.

Dans un communiqué publié vendredi, l'association affirme, ironiquement, être opposée à l’idée d’armer des enseignants dans les écoles secondaires, en faisant valoir que cette responsabilité ne peut être confiée qu’à des agents dûment formés.

Le président des États-Unis et le gouverneur de la Floride contre-attaquent

Reprenant une idée soutenue par le puissant lobby américain des armes à feu, la NRA, le président Trump a effectivement avancé cette semaine que des enseignants devraient être armés pour pouvoir « riposter immédiatement » en cas d’attaque.

« Des enseignants/entraîneurs très bien formés et adeptes des armes résoudraient le problème instantanément avant que la police arrive. GRAND POUVOIR DE DISSUASION! » a-t-il tweeté jeudi. Les fusillades durent en moyenne « trois minutes », mais il faut « cinq à huit minutes » à la police pour se rendre sur les lieux, a-t-il plaidé.

« Des enseignants bien formés serviraient aussi de dissuasion face aux lâches qui font ça », a encore dit le président. S'ils savent qu'une école a un « grand nombre d'enseignants très doués avec les armes [...] les lâches n'iront pas là-bas... problème réglé ».

Pour les 17 victimes de l'école Marjory Stoneman Douglas, la présence d'une personne formée, armée et arrivée rapidement sur les lieux n'aura cependant rien changé.

Ce qui n'a pas empêché le gouverneur de la Floride, Rick Scott, d'affirmer lors d'une conférence de presse, vendredi avant-midi, qu'il souhaite maintenant la présence d'un policier dans toutes les écoles publiques de l'État et qu'il se battera dorénavant afin de relever à 21 ans l'âge pour acheter une arme à feu.

Rick Scott veut aussi rendre « virtuellement impossible » pour quelqu'un souffrant de troubles mentaux d'acquérir une arme à feu. Il a également souhaité l'interdiction de « l'achat et de la vente de bump stocks », mécanismes permettant à un fusil de tirer en rafales quasi-automatiques.

Le poste de gouverneur et les deux chambres du capitole de l'État de la Floride sont contrôlés depuis 1999 par le Parti républicain. En 2011, le gouvernent Scott a fait adopter une loi interdisant aux villes et aux comtés de l’État d’adopter des règlements encadrant la vente d’armes à feu et de munitions.

Avec les informations de New York Times, Washington Post, et BBC

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