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Portrait des pays tropicaux aux Olympiques d’hiver

Pyeongchang, Corée du Sud, 21 février 2018. Le bobsleigh à deux de l'équipe féminine du Nigéria aux Jeux olympiques de Pyeongchang. L'équipage, Seun Adigun et Akuoma Omeoga, sont dans la phase de freinage après une descente.  (Photo de Clive Mason/Getty Images)
Le bob à deux féminin du Nigeria aux Jeux olympiques de Pyeongchang Photo: Getty Images / Clive Mason
Radio-Canada

À chaque édition des Jeux olympiques d'hiver, un intérêt curieux est porté aux athlètes de pays plus souvent associés à la forêt équatoriale qu'à des pistes enneigées. Les Jeux de Pyeongchang établissent un record quant à la participation de pays tropicaux aux Olympiques d'hiver, 19 d'entre eux prenant part aux compétitions.

Un texte de Djavan Habel-Thurton

Le premier pays tropical à participer aux Jeux d’hiver fut la Colombie en 1956 avant de s’absenter de ceux-ci jusqu’en 1980. Depuis, 38 pays dont la majorité du territoire se situe entre les tropiques ont envoyé des athlètes, qui n’ont toutefois jamais remporté de médaille.

Carte des nations tropicales qui ont participé aux Jeux olympiques d'hiver.Agrandir l’imageCarte des nations tropicales qui ont participé aux Jeux olympiques d'hiver Photo : Radio-Canada / Carto

La version originale de ce document a été modifiée. Pour des raisons techniques, la version interactive de la carte n'est plus disponible.

Le Brésil et la Jamaïque, avec huit participations chacun, sont les pays tropicaux qui se sont présentés au plus grand nombre de Jeux d’hiver. Les bobeurs jamaïcains avaient, malgré leur médiocre performance, charmé le monde lors des Olympiques de 1988. L’épisode a plus tard inspiré le film Les apprentis champions (Cool Runnings).

27 février 1988 aux Jeux olympiques de Calgary. Le pilote de l'équipe bobsleigh à quatre masculine de la Jamaïque Dudley Stokes saute dans son engin alors que ses coéquipiers poursuivent la poussée de départ. (Photo: GEORGES GOBET/AFP/Getty Images)Le bob à quatre masculin de la Jamaïque aux JO de 1988 Photo : AFP/Getty Images / GEORGES GOBET

Les athlètes tropicaux aux Jeux d’hiver n’offrent habituellement pas de performances compétitives; ils jouent plutôt un rôle de figuration, selon Yann Roche, expert en géopolitique du sport.

Le professeur au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) explique que « l’idée de base du Comité international olympique (CIO) est de rendre les Jeux le plus universels possible, c’est-à-dire d'augmenter la participation de pays mineurs sur le plan sportif. »

Pour y arriver, un système de quotas existe et permet la présence, dans certaines épreuves, d’athlètes dont les performances ne sont pas de calibre international. Au ski de fond, c'est le cas par exemple du 10 km féminin et du 15 km masculin, où l'on retrouve plusieurs des athlètes venus des tropiques.

Sur la carte, on remarque aussi la participation de tout petits pays et territoires insulaires; les îles Caïmans, les îles Vierges, la Dominique et Trinité-et-Tobago dans la mer des Caraïbes, ainsi que Guam, Tonga, les Samoa américaines et Fidji dans le Pacifique.

Torse nu, Pita Taufatofua brandit le drapeau de TongaLe seul athlète représentant Tonga lors des Jeux de Pyenongchang, Pita Taufatofua, a été chaudement applaudi par la foule. Photo : Getty Images / SEAN M. HAFFEY

C’est en Afrique subsaharienne qu’on remarque le moins de participation aux Jeux olympiques d’hiver. Dans la zone tropicale du continent africain, seuls le Sénégal et le Kenya se sont présentés à plus de deux éditions, alors qu’une vaste majorité des pays africains n’y sont jamais allés.

Tandis que les Philippines se sont présentées aux Jeux d’hiver dès 1972, d’autres pays d’Asie du Sud-Est se sont joints à la compétition au XXIe siècle.

À Pyeongchang, six pays, dont cinq tropicaux, participaient pour la première fois aux Jeux olympiques d’hiver : l’Équateur, l’Érythrée, le Kosovo, la Malaisie, le Nigeria et Singapour.

Des Jeux de plus en plus universels

Depuis une cinquantaine d’années, les JO d’hiver deviennent de plus en plus planétaires. Le nombre total de pays participants est passé de 37 à Grenoble en 1968 à 92 en 2018 à Pyeongchang.

Sur la carte ci-dessous déplacez la glissière pour comparer la participation des pays du monde aux Jeux d’hiver de 1968 et à ceux de 2018.

Comme on peut le voir, les pays les plus au nord et les plus au sud participaient déjà en grand nombre aux Jeux d’hiver il y a 50 ans. C’est donc dans la zone tropicale que l’on observe l’apparition du plus grand nombre de nouveaux participants.

Il ne faut pas se réjouir trop vite devant cette tendance, car la présence de plusieurs de ces pays est sporadique et irrégulière.

Selon Yann Roche, qui est aussi membre de la chaire Raoul-Dandurand en études diplomatiques et stratégiques, la participation des pays tropicaux ne témoigne pas nécessairement d’une volonté d’établir des programmes olympiques hivernaux à long terme. En fait, elle découle plus souvent de l'initiative individuelle des sportifs. Selon lui, certaines délégations sont composées de « quadragénaires qui s'entraînent à l’extérieur de leur pays ».

« Ce n’est pas sûr du tout que dans quatre ans ces pays vont encore présenter un athlète », avance-t-il.

Bien qu’on observe une augmentation du nombre de pays tropicaux aux Jeux olympiques d’hiver, une importante variation existe d’une édition à l’autre.

Pas seulement une question de climat

Les obstacles se dressant devant la participation, mais surtout le succès sportif des pays tropicaux dépassent l’aspect climatique.

Le cas de l’Australie en est un parfait exemple. Malgré son climat chaud, le pays a envoyé à Pyeongchang une délégation de 51 athlètes qui ont remporté 3 médailles. C’est que plusieurs sports d’hiver requièrent, en plus du froid et de l’équipement spécialisé, des infrastructures coûteuses. « Il y a une dimension économique, ajoute le chercheur. Lorsqu'on a besoin de grandes infrastructures, les pays du Sud ont encore moins de chances. »

On pourrait dire que les Jeux d’hiver, plus encore que les Jeux d’été, font ressortir la différence entre les pays riches et les pays moins riches.

Yann Roche, Professeur au département de géographie à UQAM

Cette réalité explique en partie le grand nombre d’athlètes représentant des pays tropicaux qui vivent et s’entraînent dans des pays nordiques.

Les athlètes Cheyenne Goh et Shannon-Ogbani Abeda en sont de parfaits exemples. Ils ont tous deux grandi au Canada mais représentent respectivement Singapour et l’Érythrée à Pyeongchang. Abeda, qui participera au slalom et au slalom géant sous les couleurs de la petite nation d'Afrique de l'Est, n’a visité le pays d’origine de ses parents qu’à deux reprises.

Pyeongchang, 9 février 2018. Shannon-Ogbani Abeda porte le drapeau de l'Érythrée lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang. Il marche dans le stade suivi de 4 accompagnateurs de sa délégation.   (Photo de Matthias Hangst/Getty Images)Shannon-Ogbani Abeda porte le drapeau de l'Érythrée lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pyeongchang. Photo : Getty Images / Matthias Hangst

« Dans bien des cas, ce n’est pas le pays comme tel qui finance ces athlètes », explique Yann Roche. Ces athlètes étonnants doivent donc faire preuve de débrouillardise. L’équipe nigériane de bobsleigh féminin a, par exemple, fait appel au financement participatif pour amasser 75 000 $ pour la réalisation de son rêve olympique.

Selon M. Roche, un financement généreux des programmes de sports d’hiver dans la plupart des pays tropicaux amènerait de minimes retombées positives qui, « comparées à leurs problèmes économiques et à leur niveau de vie, rendraient ces dépenses difficilement justifiables ». Le spécialiste de la géopolitique du sport tient à rappeler « qu’il y a énormément de régions du monde où les Jeux d’hiver passent complètement sous le radar. »

Méthodologie :

Nous avons défini les pays tropicaux comme ceux dont la majorité du territoire est situé entre les tropiques. L’Inde qui est divisée presque également par le tropique du Cancer n’a pas été considérée comme tropicale en raison de ses régions himalayennes. D’autres pays chauds des régions subtropicales, par exemple le Mexique, le Maroc, l’Afrique du Sud ou l’Australie, ont aussi participé aux Jeux olympiques d’hiver, mais sont exclus de cette analyse. Dans la carte comparative 1968-2018, nous avons, dans le cas des pays unifiés ou désunifiés depuis 1968, utilisé l’ensemble de leurs parties constituantes pour représenter leur territoire à chaque époque.

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