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Amnistie dénonce la discrimination visant les Autochtones au Canada

Une journée normale de chasse et pêche pour les gens de Clyde River
Une journée normale de chasse et pêche pour des Inuits de Clyde River. Dans son rapport annuel, Amnistie internationale souligne que cette communauté du Nunavut a remporté une victoire en cour contre l’Office national de l’énergie. Photo: Radio-Canada / Marie-Laure Josselin
Radio-Canada

Les Autochtones du Canada continuent d'être victimes de discrimination, particulièrement en ce qui concerne la protection de leurs droits à la terre et aux ressources, dénonce Amnistie internationale dans son plus récent rapport annuel publié jeudi.

L’organisation non gouvernementale relève notamment que le gouvernement britanno-colombien a donné le feu vert au controversé projet de construction d’un barrage sur la rivière de la Paix, qui doit se solder par l’inondation de terres des Premières Nations de la région.

« Le projet d’inonder la vallée de la rivière de la Paix pour la construction du barrage du site C menaçait de violer les droits de chasse et de pêche garantis par traité aux peuples autochtones, et l’absence de mesures visant à y remédier contredisait l’engagement du gouvernement à respecter et protéger les droits de ces peuples », peut-on lire dans le rapport.

On continue à approuver des projets industriels sur les territoires autochtones.

Genevière Paul, directrice générale par intérim de la section canadienne francophone d'Amnistie internationale

Amnistie internationale souligne également la victoire des Inuits de Clyde River, au Nunavut, qui se sont opposés avec succès à l’autorisation accordée par l’Office national de l’énergie à un consortium norvégien d’effectuer des essais sismiques dans les eaux côtières.

Elle regrette cependant que la Cour suprême du Canada a rejeté l'appel de la Première Nation de Ktunaxa, qui plaidait que ses droits religieux seraient violés par la création de la station de ski Jumbo Glacier, en Colombie-Britannique. Cette cause avait un potentiel « révolutionnaire », dit l'ONG.

Amnistie internationale souligne aussi que l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées est critiquée par des proches des victimes pour la lenteur des progrès accomplis, et qu’elle a été minée par plusieurs démissions.

Le rapport relève aussi plusieurs événements qui retiennent son attention au pays. Parmi celles-ci :

  • la décision du gouvernement Trudeau d'appuyer un projet de loi visant à mettre en oeuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones;
  • les audiences de la Commission d'enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec qui sont en cours;
  • l'augmentation « substantielle » du nombre de demandeurs d'asile entrés de manière irrégulière au Canada;
  • l'adoption de la loi sur la neutralité religieuse de l’État, qui requiert que les services publics soient offerts et reçus à visage découvert.

L’administration Trump dans le tordeur

Le rapport d’Amnistie internationale épingle par ailleurs vivement des politiques de l’administration Trump et de l’Union européenne qui mènent des « politiques de diabolisation » de migrants de diverses manières.

Tout au long de l’année 2017, des millions de personnes à travers le monde ont goûté les fruits amers des politiques de diabolisation.

Extrait du rapport d'Amnistie internationale

Devant la presse américaine, le secrétaire général de l’organisation, Salil Shetty a notamment fustigé les tentatives de l’administration Trump d’imposer des décrets anti-immigration, plusieurs fois suspendus par la justice.

Il a également condamné l’attitude du président Trump, qui « a réellement dit approuver […] l’utilisation de la torture ».

En Europe, Amnistie internationale juge que la plupart des dirigeants « ont décidé que pratiquement tout leur était permis pour empêcher les réfugiés d'atteindre les côtes du continent ».

Lors d’élections tenues en Autriche, en France, en Allemagne ou aux Pays-Bas, « certains candidats ont cherché à traduire les angoisses sociales et économiques en ressentiment, en particulier à l'égard des migrants en ressentiment, en particulier à l’égard des migrants ».

Les « dirigeants des pays les plus riches », conclut-elle, ont une approche de la crise des migrants « qui allie l’esquive à l’inhumanité pure et simple ».

La France est aussi épinglée pour avoir inscrit « dans le droit commun nombre de dispositions du régime d’exception » avant de lever l’état d’urgence décrété dans la foulée des attentats de 2015.

Au Royaume-Uni, l’organisation s'inquiète plutôt des effets du Brexit, en soulignant que le projet de loi de retrait de l'Union européenne adopté en janvier « menace de réduire de manière significative des protections des droits de l'homme existantes ».

D’autres faits saillants du rapport :

  • Myanmar : Amnistie dénonce la campagne « de nettoyage ethnique menée contre les Rohingyas », minorité musulmane persécutée au point où quelque 655 000 d’entre eux ont quitté le pays en 2017. « Cet épisode restera dans l'histoire comme un exemple supplémentaire de la calamiteuse impuissance de la communauté internationale à résoudre les situations propices aux pires atrocités de masse », juge l'ONG.
  • Philippines : l'ONG craint que le président Rodrigo Duterte ne pourchasse les défenseurs des droits de l'homme et ses opposants. Depuis son élection, près de 4000 trafiquants et usagers de drogue présumés ont été tués par la police, mais les défenseurs des droits de la personne estiment que le nombre réel de tués pourrait être trois fois plus important.
  • Catalogne : dans le cadre du référendum sur l’indépendance de a Catalogne, les droits à la liberté d’expression et d’association ont été restreints « de façon disproportionnée », par le gouvernement espagnol et les forces de l’ordre ont utilisé « une force excessive » contre des Catalans qui manifestaient pacifiquement.
  • Conflits armés : Amnistie souligne le nombre « effrayant » de victimes civiles des conflits armés dans le monde, en citant plus particulièrement « la catastrophe humanitaire en cours au Yémen », les tueries « aveugles » en Syrie et en Irak, et l'exil forcé des populations du Soudan du Sud. « Les parties aux conflits qui déchirent la planète ne cherchent même plus à maintenir un semblant de respect des obligations qui sont les leurs », dénonce Amnistie.

L’espoir de l’éveil de la société civile

En entrevue au Réseau de l’information jeudi matin, la directrice générale par intérim de la section canadienne francophone d'Amnistie internationale, Geneviève Paul, a toutefois tenu à souligner que l’organisation se réjouit d’un nouvel « élan du militantisme social » constaté à différents endroits sur la planète.

Cela s’est vérifié aux États-Unis, avec des manifestations contre les discours discriminatoires de l’administration Trump, a-t-elle noté, mais aussi en Iran et au Venezuela, où des opposants à des politiques économiques ou sociales ont pris les rues d’assaut.

C’est la note positive du rapport. On note que quand le gouvernement ne remplit pas son rôle premier, qui est de respecter nos droits, les droits des citoyens, les gens sont prêts à descendre dans la rue, de l’Iran à la Pologne en passant par le Zimbabwe.

Geneviève Paul

« Il n'y a pas de meilleur exemple que ce que nous avons vu ces derniers jours avec les jeunes de ce pays qui résistent et luttent contre la violence par armes à feu », a également dit Salil Shetty à ce sujet.

Avec les informations de Agence France-Presse

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