•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tuerie de Parkland : Trump songe à armer les enseignants

Le reportage de notre correspondant à Washington, Christian Latreille
Radio-Canada

Le président américain Donald Trump affirme qu'en plus de rendre plus strict le contrôle des antécédents lors de la vente d'une arme à feu, son administration va se pencher sur l'idée d'accorder à certains enseignants possédant une formation appropriée le droit de porter une arme à l'école. Il pense également augmenter les mesures de sécurité dans les écoles, dont le nombre de gardiens de sécurité.

Donald Trump a fait ces déclarations lors d’une rencontre à la Maison-Blanche avec des survivants de la fusillade de l’École secondaire Marjory Stoneman Douglas de Parkland.

Entouré d’élèves et de parents, ainsi que de la mairesse de Parkland et d’intervenants du milieu de l’éducation, le président a écouté silencieusement ce que tous avaient à dire, de leurs témoignages à leurs suggestions pour éviter qu’un tragique événement comme celui-ci ne se reproduise.

M. Trump a alors fait part de ses idées pour régler le problème, en demandant ensuite à l’assistance ce qu’elle en pensait.

Le président a dit vouloir notamment rendre la législation plus stricte en ce qui a trait à l’âge auquel il est possible d’acheter une arme. Il a également répété que les antécédents de problèmes de santé mentale seraient mieux scrutés. M. Trump a aussi affirmé vouloir s’attaquer au manque d’hôpitaux psychiatriques, plusieurs ayant fermé ces dernières années.

Par ailleurs, Donald Trump pense que lors d’une fusillade dans une école, plutôt que d’attendre l’intervention des secours qui prennent plusieurs minutes à arriver, il serait mieux d’avoir des enseignants armés, afin de « mettre très vite fin à une attaque ».

Selon lui également, un tueur ne se présentera pas dans une école s’il sait qu’elle est bien gardée. M. Trump reprend ainsi l'idée de la National Rifle Association (NRA), puissant lobby américain des armes à feu, qui, après la tuerie de Newtown en 2012 dans laquelle 20 enfants et 6 adultes sont morts, avait réclamé des agents armés dans chaque école.

Il a par ailleurs critiqué le concept d'« écoles sanctuaires » où aucune arme n'est tolérée, en estimant que de tels sites jouaient un rôle d'aimant pour les « maniaques ».

Certains intervenants présents ont affirmé être d’accord avec certaines suggestions du président. Tous ont prié le président d’agir.

De nombreux jeunes manifestent, pancartes à la main. Therese Gachnauer, au centre, et Kwane Gatlin, à droite, se sont joints aux élèves de l'École secondaire Marjory Stoneman Douglas afin de réclamer un durcissement des lois sur les armes à feu. La jeune fille de 18 ans fréquente l'École secondaire Chiles et le jeune homme de 19 ans, l'École secondaire Lincoln. Photo : Associated Press / Mark Wallheiser

Manifestation devant le capitole de l'État de la Floride

Plus tôt mercredi, des centaines de jeunes de l'École secondaire Marjory Stoneman Douglas ont pris d'assaut le capitole de l'État de la Floride, à Tallahassee, dans le cadre d'une croisade visant à obtenir un durcissement des lois sur les armes à feu.

À l’intérieur et à l’extérieur du capitole de l'État de la Floride, plusieurs de ces adolescents ont pris la parole à tour de rôle pour raconter leur expérience traumatisante et plaider leur cause.

Les idées qu’ils défendent sont multiples : bannir ou restreindre l’accès aux armes semi-automatiques AR-15 utilisées dans cette tuerie et dans plusieurs autres, augmenter l’âge minimal pour acheter des armes, etc.

Nous n'allons pas être l’école où il y a eu une fusillade. Nous allons être l’école où il y a eu une fusillade et qui a fait avancer les choses. Un changement doit se produire.

Rachel Catania, 15 ans

Robert O’Brien, membre du groupe Teens for Gun Reform, a participé il y a deux jours à un « lie-in » devant la Maison-Blanche : des gens se sont couchés sur le sol pendant trois minutes, soit la durée de la fusillade de Parkland, afin de réclamer un meilleur contrôle des armes à feu.

Âgé de 17 ans, il se réjouit en voyant ce que ses semblables ont fait aujourd’hui au Capitole de la Floride, à Tallahassee. Il se dit optimiste pour la suite des choses.

« Je crois réellement que maintenant les gens sont en train de retrouver leur voix. C’est un des premiers événements où les gens des écoles se sont fait entendre fortement à travers le pays. Cela résonne profondément, au congrès, dans le pays entier, et auprès du président : ces choses affectent des personnes réelles », a-t-il affirmé en entrevue à l’émission 24/60 sur les ondes de RDI.

M. O’Brien promet de continuer à lutter pour restreindre l’accès aux armes à feu. Et cela commence, selon lui, par prendre position sur la place publique.

Je crois qu’on peut réellement apporter des différences et inspirer d’autres jeunes pour qu’ils sachent qu’ils ont des voix, qu’ils peuvent partager leurs opinions et qu’on peut faire une différence.

Robert O’Brien, membre du groupe Teens for Gun Reform

Il demande entre autres que les armes à feu semi-automatiques comme le AR-15 soient bannies.

« Il n’y a aucune raison d’en avoir. Les gens disent que c’est bon pour les sports, pour les tirs compétitifs, pour la chasse, mais ce qu’on doit considérer, en fin de compte, c'est si cette arme à feu est plus importante que la vie des enfants, des jeunes? C’est une arme de style militaire, ce n’est pas nécessaire d’avoir ça au sein de la société où les gens peuvent en profiter et commettre ces actes horribles », a-t-il affirmé.

 Des manifestants se sont couchés devant la Maison-Blanche, lundi, pour réclamer un meilleur contrôle des armes à feu.Des manifestants se sont couchés devant la Maison-Blanche, lundi, pour réclamer un meilleur contrôle des armes à feu. Photo : The Associated Press / Evan Vucci

Une opposition

Daniel Marien, professeur en politique américaine à la University of Central Florida, voit dans ce mouvement populaire une réaction très émotive des Américains. Selon lui, ce mouvement risque de se heurter aux idées défendues par la NRA.

« On va assister dans les jours qui viennent à une compétition entre les acteurs politiques – y compris M. Trump – pour définir les politiques ou les buts de ce mouvement. Pour M. Trump, ça va être de renforcer la sécurité dans les écoles en armant les éducateurs et sans doute en mettant des détecteurs de métal. C’est exactement la solution de la NRA. Pour d’autres, on sent que le but serait de prohiber les armes de style militaire » a-t-il à l’émission 24/60 sur les ondes de RDI.

M. Marien croit que le mouvement pourrait jouer le rôle d’un contre-pouvoir à la NRA. Or, il y a beaucoup de travail à faire avant de pouvoir tenir tête au puissant lobby.

« Un des facteurs les plus importants dans la puissance de la NRA est le manque d’opposition focalisée de ceux qui sont en faveur du resserrement du contrôle des armes à feu. Ces gens ne votent pas en ce sens. Ils ne s’organisent pas. Donc, s’ils se mettent à voter et à s’organiser pour faire pression sur les acteurs politiques, ça pourrait commencer un mouvement. Mais il faudrait que ce mouvement prenne plus d’ampleur et qu’il dure dans le temps. On n’en est pas encore là », a-t-il déclaré.

Le gouverneur de la Floride, Rick Scott. Le gouverneur de la Floride, Rick Scott. Photo : The Associated Press / Gerald Herbert

La Floride, château fort républicain

Le poste de gouverneur et les deux chambres du capitole de l'État de la Floride sont contrôlés depuis 1999 par le Parti républicain, qui, historiquement, s’oppose à un resserrement des lois encadrant la possession d’armes.

Mardi, la minorité démocrate de l’État a tenté de faire adopter une loi pour interdire la vente d’armes semi-automatiques et de chargeurs de grande capacité, en vain; les républicains l’ont rejetée.

En 2011, l’actuel gouverneur de la Floride, Rick Scott, a fait adopter une loi interdisant aux villes et aux comtés de l’État d’adopter des règlements encadrant la vente d’armes à feu et de munitions.

Après la tuerie, le gouverneur Scott a créé trois comités portant sur la sécurité dans les écoles, sur les enjeux de santé mentale, et sur la sécurité des armes à feu. Il n’a cependant pas évoqué la possibilité de bannir une arme ou une autre.

Avec les informations de Associated Press

Armes à feu

International