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Des caméras sur les autobus scolaires pour filmer les automobilistes fautifs

Le reportage de François Dallaire
Radio-Canada

Québec vient d'annoncer qu'un projet pilote permettra de mesurer le nombre réel d'infractions que commettent les automobilistes lorsqu'un autobus scolaire est à l'arrêt, feux clignotants rouges allumés, en filmant les contrevenants. Une mesure déjà existante aux États-Unis.

Un texte de François Dallaire, de La facture

Tous les jours depuis 11 ans, Roxanne Bossé ouvre sa porte aux écoliers de la banlieue nord de Montréal. Elle est chauffeuse d’autobus, comme sa mère et sa sœur.

« En étant sur la route tous les jours, on voit des infractions flagrantes. C'est routinier, explique-t-elle. Pour nous, ça arrive tout le temps et ils [les automobilistes] ne sont pas conscients. »

Lorsque les feux de l’autobus clignotent et que le panneau d’arrêt est déployé, les automobilistes doivent alors s'arrêter, qu’ils soient derrière ou devant l’autobus. C’est la loi, mais tout le monde ne la respecte pas.

Les policiers ne donnent que cinq contraventions pour ce type d’infraction par jour dans tout le Québec. Pourtant, selon une étude ontarienne, il y a environ une infraction par jour par autobus. Si l'on se fie à ce résultat, ce ne sont pas cinq, mais 8000 Québécois qui seraient dans l’illégalité.

La chauffeuse d'autobus scolaire Roxanne Bossé au volant du véhicule lors d'une entrevueLa chauffeuse d'autobus scolaire Roxanne Bossé Photo : Radio-Canada

« La police ne peut pas toujours être derrière nous. Alors on dirait qu'ils se disent que ce n'est pas grave », se désole Mme Bossé.

Projet pilote québécois

Comparé aux États-Unis et à l’Ontario, le Québec est à la traîne en matière de prévention des infractions commises par des automobilistes lorsque les autobus scolaires sont à l’arrêt, mais les choses vont changer.

Le ministre des Transports du Québec, André Fortin, vient d’annoncer que 13 autobus, répartis dans 8 villes de la province, circuleront avec un système de caméras. Ce premier projet pilote, qui commencera le 12 mars, se terminera 30 jours scolaires plus tard.

Chaque jour de l'année scolaire, 10 000 autobus scolaires circulent sur les routes du Québec.

Plusieurs municipalités en Amérique du Nord ont, depuis quelques années, décidé d’attaquer le problème de front. C’est le cas du comté de Montgomery, en Virginie, où l’on retrouve l’équivalent d’un policier dans chacun des 500 autobus. Toutes les infractions sont alors captées par une caméra.

« Quand on a commencé à installer des caméras, on a été stupéfiés par le nombre de violations », raconte le commandant Richard Hetherington, directeur de la circulation pour la police de Montgomery.

Richard Hetherington, portant une chemise à carreaux regarde le journaliste derrière la caméra lors d'une entrevue.Richard Hetherington, directeur de la circulation pour la police de Montgomery Photo : Radio-Canada

Dès que le panneau d’arrêt se déploie, les caméras enregistrent la circulation dans les deux sens.

« Nous avons en moyenne 125 infractions par jour et ce n'est que le tiers de la flotte, souligne le commandant. C'est vraiment choquant de voir le nombre de dépassements. »

Une solution… québécoise!

Les caméras sont installées par la compagnie québécoise Bus Patrouille. Cette société recueille et traite la preuve vidéo, l’envoie au poste de police local, puis communique avec les contrevenants pour leur proposer différents modes de paiement.

Leurs caméras sont présentes dans six États américains, mais l’entreprise est absente au Canada.

« La lenteur du processus au Canada, c'est frustrant, déplore Jean Soulière, président de Bus Patrouille. Ça fait plus de trois ans qu'on travaille au Québec et en Ontario pour sensibiliser les gouvernements et la population de l'envergure du problème, mais nous ne sommes toujours pas implantés au Québec. »

En Ontario, l’entreprise a réalisé en 2016 un projet pilote dans cinq régions rurales et urbaines, sans qu'aucune suite n'ait été donnée au projet. Ces caméras ont enregistré une moyenne de 0,8 infraction par autobus par jour.

Quand on voit les données, tout le monde est conscient qu'on joue un peu à la roulette russe.

Jean Soulière, président de Bus Patrouille

À Ottawa, la Ville a mené son propre projet pilote et les résultats ont été tout aussi effarants.

« Pendant 40 jours d'école, on a eu au-dessus de 220 violations, souligne le coordonnateur à la sécurité routière d’Ottawa, Rob Wilkinson. C’est beaucoup! »

Rob Wilkinson, dans un garage entre deux autobus scolaires, regarde le journaliste derrière la caméra lors d'une entrevue.Rob Wilkinson, coordonnateur à la sécurité routière d’Ottawa Photo : Radio-Canada

C’est pourquoi, dès ce printemps, la capitale canadienne posera ses propres caméras sur une demi-douzaine d’autobus.

Déterminé à agir, l'Ontario vient également de modifier la loi pour que les preuves vidéo soient admises en cour sans que la présence d’un policier soit requise.

D’ici à ce que de nouvelles mesures de prévention soient adoptées au Québec, Roxanne Bossé invite les automobilistes à la plus grande prudence.

« C'est fâchant parce que la vie d'un enfant, c’est précieux, c’est vraiment fâchant de voir qu’ils ne se soucient pas du tout de ça », se désole-t-elle.

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