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L’horreur s’installe à demeure en banlieue de Damas

Un garçon pleure pendant qu'il tient un pansement sur sa tête. Un membre du personnel médical est à ses côtés.
Ghaith, un jeune Syrien de 12 ans, pleure pendant qu'il reçoit des soins dans un hôpital de Kafr Batna, dans la Ghouta orientale, après une frappe aérienne menée le 19 février. Photo: Getty Images / AMMAR SULEIMAN

Pour une quatrième journée de suite, un déluge de feu s'abat sur la Ghouta orientale, en banlieue de Damas, où 400 000 civils et des milliers de rebelles sont assiégés depuis 2013 par les forces du régime syrien.

Au moins 24 civils sont morts et 200 autres ont été blessés par les bombes et les barils d’explosifs largués mercredi par les avions du régime, selon un bilan avancé par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

L’organisation, qui s’appuie sur un vaste réseau de sources dans le pays, indique que 296 civils, dont 71 enfants et 42 femmes, ont été tués et 1400 autres blessés depuis qu’une nouvelle campagne aérienne a été lancée dimanche.

Selon les Casques blancs syriens (la défense civile), les forces de Bachar Al-Assad attaquent l’enclave rebelle avec des frappes aériennes, mais aussi avec des tirs d’artillerie et des barils d’explosifs lâchés par des hélicoptères.

Cette arme, qui tue de manière aveugle, a régulièrement été utilisée par le régime depuis le début de la guerre civile, malgré les dénonciations des Nations unies et des organisations non gouvernementales.

Nous attendons notre tour pour mourir. C'est la seule chose que je peux dire. Pratiquement tous les habitants d'ici vivent aujourd'hui dans des abris. Il y a cinq ou six familles par maison. Il n'y a pas de nourriture, pas de marchés.

Bilal Abou Salah, résident de Douma, dont la femme est enceinte de cinq mois

Dans un hôpital de la ville de Douma, une infirmière raconte qu’une femme enceinte de six mois a été retirée de sous les décombres. « Elle était grièvement blessée. Nous avons déclenché un accouchement par césarienne, mais ni l'enfant ni la mère n'ont pu être sauvés » a-t-elle relaté à l'AFP.

Quelques mètres plus loin, Mohammed, 25 ans, portait dans ses bras la fille de ses voisins, morte sous les ruines d'un immeuble effondré à Douma. « Quel crime cette fille a-t-elle commis? » répétait-il à tue-tête, alors que le sort de sa propre famille reste inconnu.

Des blessés, assis ou couchés, dans une salle d'attente.Des blessés attendent dans un hôpital de Douma, dans la Ghouta orientale. Photo : Reuters / Bassam Khabieh

« Je soigne des gens, et après un jour ou deux, ils reviennent, blessés à nouveau », a déclaré à la BBC le Dr Bassam, un médecin qui travaille dans la Ghouta. « Où est la communauté internationale? Où est le Conseil de sécurité de l’ONU? Ils nous ont abandonnés. Ils nous laissent être tués », désespère-t-il.

Nous n’avons rien. Pas de nourriture, pas de médicaments, pas d’abri. Ils ont tout ciblé : les commerces, les marchés, les hôpitaux, les écoles, les mosquées. Tout.

le Dr Bassam, médecin pratiquant dans la Ghouta

« Les gens n’ont nulle part où aller », a aussi déclaré au réseau public britannique un autre médecin de l’Union of Medical Care and Relief Organisations, qui soutient des installations médicales dans la Ghouta. « Ils tentent de survivre, mais la faim engendrée par le siège les a considérablement affaiblis. »

Selon le coordinateur de l'ONU pour l'aide humanitaire en Syrie, Panos Moumtzis, pas moins de six hôpitaux ont été frappés par le régime syrien depuis le début de la semaine. Cela pourrait constituer des crimes de guerre, a-t-il prévenu.

Un prélude à une offensive terrestre

Le gouvernement syrien dément viser des civils ou utiliser des barils d'explosifs dans la Ghouta. Il dit vouloir libérer la zone des groupes « terroristes » qui y sont toujours actifs. Cela inclut les salafistes de Jaïsh Al-Islam et les islamistes de Fatah Al-Cham, considérés comme liés à Al-Qaïda.

Des gens enjambent des décombres qui jonchent le sol,  dans un paysage de désolation. Des gens fuient un site touché par une frappe aérienne, le 20 février, dans la Ghouta orientale. À l'avant-plan, un membre des Casques blancs syriens. Photo : Getty Images / ABDULMONAM EASSA

Un commandant des forces pro-Assad interrogé par Reuters explique que le gouvernement syrien cherche à empêcher que la capitale soit bombardée par les rebelles de la Ghouta. Selon lui, l’offensive en cours, dit-il, pourrait être suivie par une campagne terrestre.

L’offensive n’a pas encore commencé. Ce sont des bombardements préliminaires.

commandant des forces pro-Assad

Selon les médias d’État syrien, des tirs de mortiers effectués par les rebelles syriens de la Ghouta ont fait six victimes mardi et deux autres mercredi.

« Des quartiers résidentiels, des hôtels de Damas ainsi que le Centre russe pour la réconciliation syrienne ont subi les bombardements massifs de groupes armés illégaux déployés dans la Ghouta orientale », a déclaré mardi soir le ministère russe de la Défense.

Le quotidien Al-Watan, proche du régime syrien, soutient également que les frappes syriennes sont « un prélude à une opération [terrestre] d’envergure, laquelle peut commencer à tout moment. »

Depuis le début de la guerre civile, le régime syrien a frappé plusieurs zones rebelles avec des tapis de bombes pour contraindre les rebelles à fuir les lieux. Cela s’est notamment produit à Homs, en 2012, et à Alep, en 2016.

Syrie : l'engrenage de la guerre

La représentante du Comité international de la Croix-Rouge en Syrie, Marianne Gasser, a réclamé mercredi l'accès à la Ghouta orientale. « Les violences risquent vraisemblablement de causer davantage de souffrances dans les jours et les semaines à venir, et nos équipes doivent être autorisées à se rendre dans la Ghouta orientale pour porter secours aux blessés », fait-elle valoir.

Des blessés [dans la Ghouta] meurent uniquement parce qu'ils ne peuvent pas être soignés à temps. [...] De l'autre côté de la ligne de front, la population de Damas vit dans la peur constante que les enfants soient frappés par des mortiers. Cette folie doit s'arrêter. Les civils ne doivent pas être ciblés.

Marianne Gasser, représentante du CICR en Syrie

Visé par Washington, Moscou dément toute implication

Le rôle de l’armée de l’air russe dans les derniers raids sur la Ghouta n’est pas clair. L’OSDH affirme qu’elle a participé aux bombardements sur la Ghouta pour une première fois en trois mois mardi. L’organisation n’a pas précisé quel a pu être son rôle mercredi.

La diplomatie américaine a accusé la Russie mardi d'être « responsable » de ces attaques, « de la situation humanitaire terrifiante dans la Ghouta orientale et de l'horrible bilan des morts parmi les civils » dans cette enclave assiégée à l'est de Damas.

Le Kremlin dément cependant toute implication russe dans les bombardements sur la Ghouta orientale. « Ce sont des accusations sans fondement », a déclaré mercredi à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, Associated Press, et BBC

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