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Patrick Brown candidat à sa propre succession; l’histoire se répète

Patrick Brown à la tribune de la presse à Queen's Park.

Patrick Brown, chef démissionnaire du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, rencontre les médias.

Photo : La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

Radio-Canada

ANALYSE - Un chef progressiste-conservateur qui se fait pousser vers la sortie par son parti et qui est candidat à sa propre succession. Patrick Brown 2018? Essayez plutôt John Diefenbaker 1967.

Une analyse de Christian Noël

En 1966, John Diefenbaker est chef de l’opposition officielle à Ottawa, après avoir été premier ministre durant six ans. « Le chef » s’accroche à son poste, même si une faction du Parti progressiste-conservateur (PPC) souhaite son départ. Mais à l’époque, il n’existe pas de mécanisme pour forcer un vote de confiance.

Dalton Camp, qui tente de se faire réélire à la présidence du PPC, mène campagne sur la promesse de tenir une course à la chefferie l’année suivante s’il est élu. Et il l’emporte. Dix candidats se portent volontaires pour remplacer Diefenbaker. À la dernière minute, il décide de se porter candidat à sa propre succession.

Au bout du compte, Diefenbaker arrive cinquième et c’est le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Robert Stanfield, qui devient chef du PPC. Et les conservateurs amorcent ainsi un exil de 16 ans dans l’opposition, qui se terminera en 1979 avec l’élection de Joe Clark.

Brown 2018

Patrick Brown, souriant. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Patrick Brown a démissionné de son poste de chef des conservateurs ontariens pour ensuite se présenter à sa propre succession.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Difficile de ne pas voir quelques similarités avec l’affaire Patrick Brown qui secoue en ce moment les conservateurs ontariens. Un chef de l’opposition, forcé par son caucus de démissionner, et qui attend jusqu’à la dernière minute pour devenir candidat à sa propre succession.

Mais Brown, ce n’est pas Diefenbaker. À 72 ans, l’ancien premier ministre avait gagné trois élections (deux minoritaires et une majoritaire, la plus écrasante de l’histoire du Canada), et il était en fin de carrière.

Patrick Brown n’a que 39 ans, des allégations d’inconduite sexuelle ont contribué à son départ et il s’accroche à un parti qui ne veut plus de lui, non pas pour des raisons politiques, mais manifestement dans le cadre d’une stratégie de relations publiques orchestrée pour réhabiliter l'image de la formation politique.

Raisons changeantes

Depuis que les allégations d’inconduite sexuelle ont fait surface contre Patrick Brown, difficile de ne pas remarquer le manque de constance dans son message (outre le fait qu’il nie catégoriquement les allégations).

D’abord, le soir où les allégations sont rendues publiques, Patrick Brown jure de se défendre vigoureusement et de rester en place comme chef. Quelques heures plus tard, il démissionne. « Je ne veux pas être une distraction » et « l’objectif unique est de défaire le gouvernement libéral de Kathleen Wynne » en juin, avait-il déclaré.

Une semaine plus tard, en entrevue au réseau Global, il semblait résigné à son sort. Le célibataire endurci laissait entendre que ce retrait forcé de la politique allait lui donner l’occasion de trouver l’âme soeur et de fonder une famille.

Quelques jours après, Patrick Brown s’est inscrit comme candidat à sa propre succession, moins d’une heure avant la fin des mises en candidatures.

Patrick Brown tire dans toutes les directions, sans objectif apparent, si ce n'est celui d’occuper le plus possible l’avant-scène, et d’utiliser ce temps d’antenne pour plaider son innocence, se présenter en victime d’un coup monté et appeler ses fidèles à s’unir derrière lui.

Il y a un mois, il était chef. Vendredi, il a été éjecté du caucus. Aujourd’hui, il mène une campagne contre l’élite de son ancien parti.

L’histoire se répète, d’abord comme une tragédie, ensuite comme une farce.

Karl Marx

John Diefenbaker a gardé un goût amer de son expulsion comme chef. Dans l’élection subséquente, il a refusé de faire campagne pour son successeur, il s’est réjoui publiquement de la défaite de Robert Stanfield et a critiqué ouvertement le déclin du Parti progressiste-conservateur.

L’affaire Brown est en train de mener à un schisme semblable au sein du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, avec des mouvements pro-Brown et anti-Brown qui se font la guerre dans les médias sociaux par gazouillis interposés.

Cependant, même si le parti semble désorienté par une guerre interne, même si l’ex-chef est visé par des allégations d'inconduite sexuelle, même si les quatre autres candidats à sa succession se bousculent pour déchirer le programme électoral minutieusement confectionné au cours des trois dernières années, les conservateurs demeurent en tête des intentions de vote. Non seulement ça, mais ils formeraient un gouvernement majoritaire si l’élection avait lieu aujourd’hui.

La première ministre libérale, Kathleen Wynne, serait donc bien mal avisée de se réjouir de la débâcle actuelle de ses adversaires conservateurs et de penser que l’histoire nationale est sur le point de se répéter à l’échelle provinciale.

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