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Le stade olympique et la tour de Jean Drapeau

Le stade olympique de Montréal.

La tour du stade olympique est née de la volonté du maire Jean Drapeau de doter la ville de Montréal d'un monument grandiose.

Photo : iStock

Radio-Canada
Mis à jour le 

[3e de 3] Le maire Jean Drapeau avait toujours rêvé pour sa ville d'un monument grandiose et ce n'est pas le fruit du hasard si la conception architecturale de Roger Taillibert impose une tour pour soutenir le toit du stade olympique. Montréal a depuis la plus grande tour penchée du monde, mais à quel prix?

Un texte de Solveig Miller de Tout le monde en parlait

En novembre 1975, Victor Goldbloom devient ministre responsable de la nouvelle Régie des installations olympiques (RIO). Pour lui, c'est clair : Jean Drapeau avait, avec l’obtention des Jeux olympiques, trouvé le moyen de se faire construire une tour, un monument.

Victor Goldbloom.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre Victor Goldbloom, aujourd'hui décédé, a toujours eu la conviction que Jean Drapeau avait, avec l’obtention des Jeux olympiques, trouver le moyen de se faire construire une tour, un monument.

Photo : Radio-Canada

Il y avait eu une première tentative en 1964, six ans avant l’obtention des Jeux olympiques. La tour Paris-Montréal était l’un des projets de l’Expo 67 afin de rendre hommage aux Français, fondateurs de la ville. Paris s’engage alors à y contribuer financièrement. Mais quand une étude révèle que le projet serait déficitaire, il est abandonné.

Pas pour longtemps, puisque la tour Paris-Montréal et celle du stade se ressemblent comme des jumelles. Même que les architectes des deux projets ont des liens étroits. La tour Montréal-Paris a été dessinée par Jean-Robert Delb, un architecte français choisi par la Ville de Paris, dont l'un des camarades de classe est Roger Taillibert, qui lui aussi était sous contrat avec Paris pour la reconstruction du stade du Parc des Princes.

L'architecte Roger Taillibert.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Roger Taillibert a toujours refusé de prendre le blâme pour les dérapages entourant les coûts du stade olympique.

Photo : Radio-Canada

Dès le début, le choix de l’architecte Taillibert sans soumission ni concours soulève la controverse. Selon le journaliste Guy Pinard, qui a couvert la saga des Jeux olympiques pour La Presse, le maire Drapeau, pour obtenir le vote des délégués français lors du choix de la ville hôte des Jeux de 1976, se serait engagé à l’embaucher.

Une information qui n’a jamais été confirmée, mais qui circulait à l’époque, indique Raymond Garneau, alors ministre des Finances.

Quand on connaît le fonctionnement du gouvernement français, ça ne serait pas surprenant que ça se soit produit. Mais, oui, ça circulait beaucoup à cette époque-là.

Raymond Garneau

Une hypothèse sérieuse, selon le ministre Goldbloom, qui se souvient que Jean Drapeau avait d’abord rencontré l’architecte Roger Taillibert en 1968, puis lui avait proposé la responsabilité architecturale du projet six mois avant l’annonce de la tenue des Jeux à Montréal.

Francophile, Jean Drapeau admire tout ce qui est français, dont le paquebot France, la quintessence du luxe avec sa fine gastronomie, sa haute couture et ses divertissements.

Le paquebot France.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le paquebot France aurait pu être transformé en hôtel pour les Olympiques de Montréal.

Photo : Radio-Canada/Archives

Un an avant les Jeux olympiques, en 1975, ce paquebot est à vendre. Les Français veulent s’en départir parce qu’il n’est pas rentable. Le maire Drapeau souhaite l’acheter et le transformer en hôtel pour les Jeux. Pour ce faire, il a besoin de financement et approche le premier ministre Robert Bourassa et son ministre des Finances, Raymond Garneau.

Raymond Garneau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le maire Drapeau voulait acheter le paquebot France et le transformer en hôtel pour les Jeux, se souvient Raymond Garneau.

Photo : Radio-Canada

Le maire leur explique qu’avant de transformer le paquebot en hôtel, il faudra d’abord couper les cheminées du navire pour permettre la navigation sur le Saint-Laurent et passer sous les ponts jusqu’à Montréal. Il suggère même de donner le contrat au chantier maritime de Lauzon. Raymond Garneau perd alors patience.

Je lui ai dit : « C’est fou comme de la merde! Ça n’a pas de bon sens. Les Jeux sont en juillet, on ne sait pas encore comment on va réussir à les financer, et là, vous nous arrivez avec un autre projet à quelques mois ».

Jean Drapeau lui a répliqué : « Monsieur le ministre, vous apprendrez qu’on ne construit pas de monument à ceux qui ont balancé les livres. »

Un stade et son toit

Dès le départ, le dilemme de toute la saga du stade a été de savoir si on investit dans un toit amovible ou fixe. En fait, l’architecture même du stade limite les options, souligne Claude Charron, nouveau ministre péquiste et premier responsable du parachèvement du toit.

90 % du poids de la toiture se trouve accroché par les câbles qui émergent du mât, et 10 % seulement repose sur la structure actuelle, la console et l’anneau technique. C’est éminemment fragile.

Claude Charron

Claude Charron doit alors décider s’il va de l’avant avec le toit prévu dans les plans de l’architecte Taillibert ou s’il opte pour une autre technologie.

À l'époque, Radio-Canada met la main sur un rapport rédigé par l’Office des ponts et chaussées en France pour qui le toit Taillibert constitue une vitrine pour la technologie française dans le monde.

Sans surprise, le rapport recommande au gouvernement québécois de le choisir. Une révélation qui attise au Québec les critiques d’ingénieurs et d’architectes.

Quoi qu’il en soit, le ministre Claude Charron, avec l’appui du premier ministre René Lévesque opte pour le toit amovible de Taillibert. Il est installé en 1986 et fonctionne, mais la toile est fragile et les déchirures se multiplient.

Le toit amovible de Taillibert.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le toit amovible de Taillibert est installé en 1986.

Photo : Radio-Canada/Archives

Un toit problématique

Le problème du toit va hanter tous les gouvernements. Une oeuvre architecturale née dans la controverse et qui en porte toujours les séquelles, car les millions engloutis dans la recherche d’un toit fonctionnel alimentent toujours les débats.

Après seulement sept ans, le toit Taillibert montre des signes inquiétants d’usure. En 1994, le gouvernement libéral donne son accord pour une nouvelle toiture, cette fois en acier. Le projet de 47,6 millions de dollars soulève des inquiétudes en raison des dangers que représentent le vent et le poids du toit.

Illustration montrant le toit fixe en acier.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le projet de toit fixe était controversé en raison des dangers que représentent le vent et le poids du toit.

Photo : Radio-Canada/Archives

Peu de temps après, le Parti québécois reprend le pouvoir. La nouvelle députée de Rosemont, l’économiste Rita Dionne-Marsolais, qui a fait carrière à Hydro-Québec, hérite du dossier olympique.

Rita Dionne-Marsolais.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En octobre 94, la ministre Dionne-Marsolais suspend tous les travaux de construction au stade.

Photo : Radio-Canada

La fameuse poutrelle

Rita Dionne-Marsolais était inquiète depuis qu’une poutrelle de 50 tonnes mesurant 30 mètres de longueur s’était détachée du stade, trois ans plus tôt, en 1991. Les bureaux de 300 employés avaient été endommagés, mais personne n’avait pas été blessé. La poutre avait été remplacée et toutes les structures transversales avaient été consolidées au moyen de câbles d’acier. La facture s'est élevée à 20 millions de dollars pour trois mois de travaux.

La poutre avait été remplacée et toutes les structures transversales consolidées au moyen de câbles d’acier.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La poutre avait été remplacée et toutes les structures transversales consolidées au moyen de câbles d’acier.

Photo : Radio-Canada/Archives

Coup de théâtre

En octobre 1994, la ministre Dionne-Marsolais suspend tous les travaux de construction. Elle craint pour la sécurité du public et se dit incapable d’assumer le risque de se faire réveiller à 2 h du matin parce que quelqu’un est mort lors d’un événement sportif ou d’un spectacle.

Le dossier du toit change ensuite de main. Le nouveau ministre responsable, Serge Ménard, confie alors la confection d’un nouveau toit fixe à l’entreprise américaine Birdair, qui le termine au printemps 1998 pour un montant de 37 millions de dollars. Mais, nouveau désastre en 1999, au premier hiver après son installation, une partie cède sous le poids de la neige.

Après une série de réparations, le toit tient toujours bon aujourd'hui.

Le toit de Birdair a rapidement cédé sous le poids de la neige.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le toit de Birdair a rapidement cédé sous le poids de la neige.

Photo : Radio-Canada/Archives

On peut se demander si les passions que soulève le stade assureront son avenir ou s'ils entraîneront sa perte.

L'architecte Jean-Claude Marsan, qui a présidé le comité sur l’avenir des installations olympiques, cite les trois critères qui devraient guider son architecture : la beauté, la solidité et l’utilité.

Selon lui, le stade ne répond toutefois qu’à un seul critère, la beauté. Il pense qu’on devrait, pour cette raison, enlever le toit limitant son accès à l’été seulement, même si ça signifie la détérioration accélérée de sa structure.

Le journaliste Guy Pinard déplore pour sa part que le stade draine les coffres publics depuis trop longtemps et il estime qu’on aurait tout à gagner à construire un nouveau stade moderne et efficace.

Je ne crois pas qu’on va pouvoir faire du stade olympique le Colisée de Rome pour les générations à venir.

L'ancien ministre Raymond Garneau

De son côté, l’ancienne ministre Rita Dionne-Marsolais pense qu’il faudra bien un jour que les décideurs tranchent, puisque le béton dans nos climats a une espérance de vie limitée. Elle espère toutefois que la tour, l’un des grands symboles de Montréal, soit conservée.

Lise Bissonnette, qui a été présidente du Comité-conseil sur l’avenir du Parc olympique, souhaiterait quant à elle que la population prenne conscience de la grande richesse que constitue le Parc olympique.

« Peu de grandes villes dans le monde ont un parc aussi magnifique, intéressant, presque en son cœur » explique-t-elle. Mme Bissonnette déplore cependant le manque de vision des décideurs. « Mais encore faudrait-il décider d’en faire un lieu de ralliement pour les familles non seulement de Montréal, mais de tout le Québec » ajoute-t-elle.

On est très nord-américains, de mentalité de ville moyenne, on se conduit un peu beaucoup en Minnesota.

Lise Bissonnette

« Le Parc olympique et son stade sont des symboles qui existent, mais ils sont encore en devenir », conclut Mme Bissonnette, qui considère que le stade « est certainement, du point de vue architectural, une des plus belles réalisations de toute l’Amérique du Nord ».

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