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  • Exclusif
  • Un agent de la GRC a payé des prostituées mineures à l’étranger

    Un agent de la GRC aurait payé des prostituées pour qu’elles aient des relations sexuelles avec d’autres personnes mineures non identifiées.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    EXCLUSIF - Radio-Canada a appris que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a conclu qu'un de ses agents a payé des prostituées mineures à l’étranger pour obtenir des services sexuels en 2007. Cet agent a ensuite démissionné et échappé à des accusations criminelles.

    Un reportage de Guillaume Dumont

    L’agent aurait aussi payé des prostituées pour qu’elles aient des relations sexuelles avec d’autres personnes mineures non identifiées, en plus de demander à ces dernières de camoufler ses activités illégales.

    Le policier aurait également fait de fausses déclarations aux autorités du pays où il a été arrêté, selon un rapport d’enquête obtenu par Radio-Canada en vertu de la Loi sur l’accès à l’information en 2016.

    Une histoire avec plusieurs zones d’ombre

    La GRC a refusé de nous fournir plus d’information sur cette affaire, survenue il y a plus de 10 ans, et a décliné nos demandes d'entrevue. Le document que nous avons obtenu à l’aide de la Loi sur l’accès à l’information est lourdement caviardé. On ignore dans quel pays le crime cité s’est produit, l’âge exact des victimes, leur sexe et le nom de l'agent qui fait l’objet d’une enquête.

    La GRC a refusé de nous accorder une entrevue sur cette affaire.

    Depuis la publication de notre texte, la GRC a modifié sa version des faits. Une employée des communications de la GRC nous avait confirmé en février 2017 que l'agent était en mission à l'étranger dans le cadre de son travail.

    Le 23 janvier, nous vous avons envoyé les questions suivantes à la GRC :

    1- Pourquoi cette plainte est-elle classée comme non criminelle?

    2- Où l'arrestation s'est-elle produite?

    3- Que fait la GRC pour lutter contre ce type d'exploitation sexuelle à l'étranger?

    4- Le crime s'est-il passé lors d'une mission de la GRC à l'étranger?

    5- Est-ce qu'il y a eu des accusations criminelles contre le policier?

    6- Est-ce que les policiers de l'ONU ont participé à l'enquête?

    Le 30 janvier 2018, une porte-parole de la GRC nous a répondu :

    Les policiers canadiens qui agissent comme gardiens de la paix sont tenus de respecter en tout temps les normes de conduite les plus élevées. Il leur est strictement défendu d’avoir des rapports sexuels avec des membres de la population locale.

    La GRC travaille étroitement avec l’ONU et ses partenaires policiers canadiens en vue de porter devant les tribunaux, dans la mesure où le droit canadien le permet, toute affaire d’inconduite sexuelle.

    La GRC raffine continuellement son processus de vérification afin d’assurer la sélection de candidats exemplaires et de prévenir les écarts de conduite.

    Nous n'avons pas d'autres commentaires à formuler à ce sujet.

    Toutefois, le 28 février la GRC a rectifié le tir, en affirmant que l'incident impliquant un agent de la GRC s'est bel et bien produit à l'étranger, mais pas lors d'une mission de maintien de la paix. La GRC affirme que le policier ne représentait pas le corps de police à l'étranger.

    Il y a quelque part un danger de la part de cet homme-là qui peut répéter ses comportements.

    René Villemure, éthicien

    « La GRC, dans ses opérations, nécessite le secret sur certains sujets bien évidemment. Mais sur d’autres sujets, on n’a pas de raison de garder des choses dissimulées en réalité, parce que ces éléments-là ont une importance », ajoute René Villemure.

    L’ancien sous-commissaire à la retraite de la GRC Pierre-Yves Bourduas, maintenant président de P-Y Gestion en sécurité publique inc., tient cependant à rappeler que plusieurs juridictions interviennent dans une affaire complexe comme celle-ci.

    « Ce qu'il faut comprendre, lorsqu'on parle de ce type de situation là, c'est le fait qu'il y a plusieurs joueurs d'impliqués là-dedans ». Du même souffle, il ajoute : « Si on identifie l'individu, ça va apporter quoi, est-ce que l'individu a été reconnu coupable ou non? Si l'individu s'est retiré de l'organisation, est-ce qu'il y a poursuite contre l'individu ici au Canada ou à l'étranger? Et si on identifie l'individu, est-ce que ça va à ce moment-là permettre de pouvoir identifier les victimes? » demande-t-il.

    Par courriel, la porte-parole de la GRC Marie Damian répond que « les policiers canadiens qui agissent comme gardiens de la paix sont tenus de respecter en tout temps les normes de conduite les plus élevées. Il leur est strictement défendu d’avoir des rapports sexuels avec des membres de la population locale. »

    Elle ajoute que « la GRC travaille étroitement avec l’ONU et ses partenaires policiers canadiens en vue de porter devant les tribunaux, dans la mesure où le droit canadien le permet, [...] toute affaire d’inconduite sexuelle », même si la porte-parole ne précise pas si des accusations criminelles ont bien été portées dans cette affaire.

    Or, selon nos renseignements, après la démission du policier, la GRC a classé la plainte comme étant non criminelle. « C’est tout à fait non éthique. C’est de la dissimulation », affirme René Villemure.

    La GRC, qui envoie des gens à l’étranger, est responsable de ces gens-là et, en acceptant la démission ou la mise à la retraite du policier la GRC, se défile de sa responsabilité.

    René Villemure, éthicien

    « Il y a des cas où la démission est probablement raisonnable », nuance de son côté le criminologue Michael Kempa. « Mais quand on parle d’actions criminelles, ça donne l’impression que la police est au-dessus de la loi », précise-t-il.

    « On parle de témoins au niveau international et d'amener tout ça devant les tribunaux et, évidemment, il y a un niveau de complexité qui, disons, augmente considérablement », souligne l’ancien sous-commissaire à la retraite de la GRC Pierre-Yves Bourduas.

    Finalement, la GRC explique par courriel qu’elle « raffine continuellement son processus de vérification afin d’assurer la sélection de candidats exemplaires et de prévenir les écarts de conduite ».

    Pas d’entrevue du ministre fédéral de la Sécurité publique

    Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, a refusé de nous accorder une entrevue.

    Par courriel, son attaché de presse, Scott Bradsley, écrit : « Nous ne sommes pas en mesure d’émettre des commentaires sur les questions opérationnelles de la Gendarmerie royale du Canada. Pour des questions plus approfondies concernant le document que vous avez reçu, veuillez communiquer avec la GRC. »

    Il ajoute que le gouvernement du Canada « condamne sans équivoque toute forme d’exploitation et de violence sexuelles ».

    L’exploitation et les violences sexuelles de la part des gardiens de la paix déshonorent tous ceux et celles qui font partie de ces missions ainsi que leurs pays respectifs.

    Courriel du bureau de Ralph Goodale

    « En réponse aux récents incidents et aux incidents passés, la GRC a renforcé son processus d’examen pour aider à éviter que ce genre d’abus ne se reproduise », peut-on lire dans le courriel.

    Vous avez des renseignements sur cette affaire? Communiquez avec le journaliste Guillaume Dumont à l’adresse : guillaume.dumont@radio-canada.ca

    Ottawa-Gatineau

    Forces de l'ordre