•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Envoyée spéciale
  • Justin Trudeau plaide pour une Inde unie à Mumbai

    Le reportage de notre envoyée spéciale Madeleine Blais-Morin

    Le premier ministre Justin Trudeau a dû répondre à de nombreuses questions des journalistes indiens et canadiens sur la position d'Ottawa face au nationalisme sikh, au terme de la deuxième journée de sa mission en Inde.

    Déjà confronté à cette question par le passé, Justin Trudeau a fait preuve de prudence et de diplomatie en répétant à plusieurs reprises que le Canada est pour une Inde unie tout en prônant le respect de la liberté d’expression.

    « Cela fait partie des valeurs canadiennes d’accepter une diversité de points de vue et de perspectives, mais on fait toujours ça dans le respect. On rejette la violence et toute approche basée sur la haine », a expliqué d’entrée de jeu le premier ministre Trudeau lors d’une conférence de presse en soirée, à Mumbai, à laquelle assistait notre envoyée spéciale Madeleine Blais-Morin.

    La politique du Canada et ma politique personnelle n’ont pas changé, on reconnaît et on appuie une Inde unie.

    Justin Trudeau, premier ministre du Canada

    Le Canada étant un pays où vit une importante communauté sikhe, le gouvernement canadien a été accusé plusieurs fois dans les médias indiens et par certains politiciens locaux de se montrer sympathique à la cause des séparatistes sikhs qui réclament un État qu’ils appellent le Khalistan.

    Sans démontrer aucun favoritisme envers une quelconque confession ou communauté, Justin Trudeau s’est bien gardé de s’aventurer sur ce terrain, précisant que son voyage visait à resserrer les liens entre le Canada et l’Inde et à « développer des opportunités économiques pour créer de bons emplois pour les Canadiens et les Indiens ».

    Rencontre avec Amarinder Singh

    Justin Trudeau parle aux journalistes.Justin Trudeau s'adresse aux journalistes devant le Taj Mahal Palace, à Mumbai. Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

    Pour dissiper les doutes, Justin Trudeau entend rencontrer mercredi le ministre en chef de l'État du Pendjab, Amarinder Singh, qui fait partie de ceux qui ont récemment accusé le gouvernement Trudeau d'appuyer les séparatistes sikhs.

    Sur son compte Twitter, M. Singh a confirmé qu’il rencontrera le premier ministre canadien en espérant, lui aussi, que cela permettra de resserrer les liens d'affaires et l’amitié entre les deux pays.

    L’an dernier, Amarinder Singh avait refusé de rencontrer le ministre canadien de la Défense nationale, Harjit Sajjan, en visite en Inde, sous prétexte qu’il était un sympathisant de la cause séparatiste.

    Le ministre Sajjan avait démenti ces affirmations, les qualifiant de « ridicules » et « offensantes ».

    C’est une chose à laquelle les gens s’attendent d’un leader canadien, d’être là pour nos valeurs et nos intérêts, mais de le faire de façon ferme, oui, mais aussi respectueuse.

    Justin Trudeau, premier ministre du Canada

    Interrogé par les journalistes sur le fait que le premier ministre indien, Narendra Modi, n’était pas allé l’accueillir personnellement dimanche, lors de son arrivée en Inde, Justin Trudeau a répondu qu’il doit le rencontrer vendredi et qu’ils s’étaient déjà rencontrés il y a quelques semaines, lors du sommet de Davos, notamment.

    Certains observateurs au Canada et en Inde reprochent à M. Modi de faire preuve d'indifférence à l'égard de son homologue canadien.

    Un irritant à relativiser

    Rohinton Medhora, président du Center for International Governance Innovation, relativise cette bisbille au sujet du nationalisme sikh. L'Inde et le Canada ont trop besoin l'un de l'autre sur le plan économique pour se laisser distraire par cette question, sans toutefois l'ignorer pour autant.

    « Je pense que les relations commerciales bougent à cause de facteurs qui sont effectivement économiques. Ça bouge s’il y a des relations qui valorisent les produits de l’autre pays, s’il y a des hommes et des femmes d’affaires qui veulent faire du commerce, et s’il y a des investisseurs qui aimeraient investir parce qu'il y a une opportunité de profits », a-t-il commenté lundi en entrevue à Radio-Canada.

    « Le fait qu'il y a un irritant – et un fort irritant dans ce cas – c'est quelque chose d’important et de grave, mais ce n’est pas quelque chose qui empêche vraiment les relations commerciales entre ces deux pays » soutient-il, avant de souligner que le Canada appuie officiellement une « Inde unifiée ».

    Le séparatisme est un sujet « très sensible » pour les deux pays, poursuit M. Medhora, mais en Inde, « il y a une perception, correcte ou non, qu’il y a des séparatistes qui, soit habitent au Canada ou qui sont d'une certaine manière appuyés par la diaspora indienne ou pendjabie au Canada ».

    Cette perception a notamment été alimentée par l'attentat contre un vol d'Air India en 1985, mais elle fluctue, selon lui, au fil du temps.

    « J’ai l'impression que c’est des vagues. Il y a eu quelques années où il n’y a pas eu cet irritant; maintenant, j’ai l’impression que ça a augmenté, argue-t-il. Est-ce que c’est parmi tout le peuple de l’Inde, ou dans quelques secteurs – la presse, le gouvernement – qui pensent peut-être que le gouvernement actuel du Canada est un peu sympathique à ça, je ne peux pas dire? »

    C’est clair qu’il y a une vague qui commence. En ce moment, je ne peux pas dire que c’est intense. Mais c’est quelque chose qui est clair, et qui est dans le contexte de cette visite. [...] Je ne pense pas que c'est quelque chose qui va devenir plus important que ça ne l'est déjà.

    Rohinton Medhora, président du Center for International Governance Innovation

    Les échanges commerciaux entre l'Inde et le Canada représentent 8 milliards de dollars par année.

    Un itinéraire oecuménique

    Visiblement très mesuré dans ses propos, le premier ministre Trudeau fait preuve de la même prudence en ce qui a trait à son itinéraire en Inde.

    Après avoir visité lundi matin l’ashram où a vécu Gandhi de 1917 à 1930, à Ahmedabad, Justin Trudeau et sa famille ont visité le complexe Akshardham, soit l’un des plus grands temples hindous de l’Inde.

    Plus tard cette semaine, M. Trudeau doit aussi visiter le Temple d’Or, un lieu de prière sikh. Il doit aussi visiter une mosquée ainsi qu'une église chrétienne, histoire de ménager les susceptibilités des nombreuses communautés qui composent l’Inde.

    Politique internationale

    International