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Le festival Massimadi, 10 ans de visibilité artistique pour les Noirs LGBTQ

Quelqu'un pose une couronne de papier sur la tête de Todrick Hall dans <i>Behind the Curtain</i>.

Todrick Hall tient la vedette dans Behind the Curtain, projeté au festival Massimadi le 24 février.

Photo : Massimadi

Radio-Canada

Voilà 10 ans, le festival Massimadi était créé pour donner une vitrine aux lesbiennes, aux gais, aux bisexuels, aux transgenres et aux queers (LGBTQ) noirs, tout en luttant contre les discriminations! Depuis, l'événement montréalais, organisé cette année du 20 février au 3 mars, a évolué, se voulant plus artistique tout en gardant un aspect militant.

Un texte d’Antoine Aubert

Février venu, la routine reprend pour Laurent Lafontant. Bénévole dès la première année de Massimadi et coordonnateur du festival depuis 2016, il gère avec peu de moyens – un autre employé et des bénévoles le temps des projections – un événement cinématographique devenu incontournable pour les LGBTQ à Montréal.

Une douzaine de documentaires, courts et longs métrages de fiction venus d'Afrique, des Caraïbes et d'Amérique du Nord, forment la programmation de 2018. Elle reflète, nous explique Laurent Lafontant, l’identité que Massimadi s’est forgée depuis une décennie.

Radio-Canada : Quel bilan tirez-vous de ces 10 dernières années?

Laurent Lafontant : Le festival a beaucoup évolué. Au début, nous étions surtout dans des salles de classe de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) avec une mission pédagogique de démystification moins axée sur les arts. On projetait beaucoup de documentaires.

Laurent Lafontant, coordonnateur du festival Massimadi, sourit à la caméra.

Laurent Lafontant, coordonnateur du festival Massimadi

Photo : Courtoisie/Laurent Lafontant

Massimadi s’est aujourd'hui affirmé en tant qu’événement culturel, avec davantage de fictions, bien que la démystification se fasse encore, à en juger par les thématiques des films. Il y a encore beaucoup à faire pour combattre les préjugés, mais on a voulu aller au-delà de ça et ne pas être répétitifs.

Est-ce difficile de trouver des films pour bâtir votre programmation?

L.L. : Oui et non. Il y a toujours des films qui sont faits sur le sujet, mais disons que je ne veux pas seulement des films qui parlent d’homophobie, qui montrent à quel point c’est difficile en Afrique, etc.

On parle déjà de cela sur les réseaux sociaux, et le public qui vient n'ignore rien de ces problèmes. Ce qu'il veut, c'est se voir à l'écran, qu'on lui parle de ses réalités.

Heureusement, il n'y a pas que l'homophobie qui pousse les artistes à créer. Les histoires d'amour ou encore des luttes inspirantes le font tout autant.

Au final, on a une diversité. Par exemple, Behind the Curtain: Todrick Hall (projeté le 24 février) raconte le parcours d'un artiste qui s'affirme. C'est un exemple de réussite. Le film de clôture, A cidade do futuro, évoque l'homoparentalité, certes dans un contexte hostile, mais avec des personnages qui avancent.

Quel est le public qui vient ces dernières années au festival Massimadi?

L.L. : On a plus de jeunes (de moins de 40 ans) que d'autres festivals du même genre. On compte aussi plus de 50 % de Blancs. C'est un événement ouvert à tout le monde. L'an dernier, on a accueilli environ 1250 personnes et le nombre augmente chaque année.

On essaie d’attirer plus de Noirs. On va dans certaines émissions qui parlent à cette communauté ou on participe à des Facebook live.

Massimadi fait partie du Mois de l'histoire des Noirs, donc on avance, mais il nous faut être visibles parmi les autres événements. Les LGBTQ ne constituent pas une priorité ici, c'est la lutte contre le racisme qui l'est. On entend la phrase : « Chaque chose en son temps ». Mais ce n'est pas une question de temps. Les homosexuels noirs existent. Le problème, c'est que le groupe majoritaire, les hétérosexuels, nie leur existence.

Hormis le court métrage Silvia dans les vagues, on ne trouve aucun film québécois dans la sélection. Comment l’expliquez-vous?

L.L. : C'est parce que la communauté noire n’est pas présente du tout à l’écran au Québec. La télévision est très blanche, même chose pour le cinéma. Donc, c'est encore plus vrai pour les LGBT. Dans les films de Xavier Dolan, je me souviens d'un chauffeur de taxi noir. Bref, c'est pour ça qu'on se retrouve avec, dans la programmation, une majorité de films des États-Unis.

Toutefois, même si les Noirs avaient accès aux films au Québec, l'homophobie de la communauté ferait que nous n'aurions pas de visibilité.

Est-ce que les arts, notamment le cinéma, vous ont aidé dans votre évolution personnelle?

L.L. : Pas vraiment, car je ne voyais pas à l'écran des Noirs qui me correspondaient. Cependant, avec C.R.A.Z.Y., que j'ai vu deux semaines après ma sortie du placard, j'ai pu m'identifier aux luttes du personnage, à sa situation familiale, au problème du poids de l'Église catholique, etc.

Pouvoir regarder des films dans lesquels il y a des Noirs LGBT aurait sans doute changé la manière dont je me projetais à l'époque, car on se positionne par rapport aux images qu'on voit. J'aurais été plus à l'aise pour découvrir mon identité. Je n'aurais peut-être pas pris mes distances par rapport à ma communauté.

C'est seulement avec Arc-en-ciel d'Afrique (l'association qui a créé Massimadi) que j'ai eu accès à ces films. En fin de compte, c'est moi qui me retrouve à les montrer à la communauté LGBTQ noire (rires).


Cinq films à (re)voir

Au fil des 10 années où Massimadi a présenté des films, certains ont gardé une place à part dans la mémoire de Laurent Lafontant, de quoi recommander les cinq suivants.

Pariah (2011) : « Il s'agit d'un film américain sur la sortie du placard d’une jeune femme noire. C’est l’un des longs métrages les plus connus sur ce thème. On peut facilement s’identifier au personnage. »

Stories of Our Lives (2014) : « C’est un film kenyan composé de cinq courts métrages sur l’homosexualité, une rareté dans ce pays. On y parle d’histoires d’amour, de drague, de choses plus dures aussi, bref un [bon] mélange d’expériences. »

Blackbird (2014) : « Ce n'est pas un chef-d'œuvre sur le plan artistique, mais j'aime ce film sur la quête de soi, l'histoire d'une première expérience amoureuse où se mêlent drame, humour et romantisme. Comme n'importe quel adolescent, le personnage principal ressent un mélange d'émotions. »

Major! (2015) : « C'est un documentaire sur le combat d'une militante transgenre américaine [Major Griffin-Gracy]. Elle est même allée en prison. C'est un modèle d'autonomisation, une inspiration pour beaucoup de gens. »

The Wound (2017) : « On le projette cette année en film d'ouverture. Il aborde un sujet rare, soit l'homosexualité dans la culture xhosa en Afrique du Sud, à travers un rite d'initiation. La réalisation est soignée. Ça met de l'avant des cultures ancestrales, un face à face entre tradition et modernité. »

Grand Montréal

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