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Dumas : à la recherche du temps passé

Dumas prend la pose pour son dernier album, <i>Nos idéaux</i>

Les claviers ont toujours fait partie du « son » de Dumas, mais rarement les guitares ont été aussi discrètes.

Photo : La Tribu

Philippe Rezzonico

Le temps est l'un des thèmes favoris des auteurs-compositeurs et Dumas est du nombre. Son prochain disque à paraître l'exploite à fond et remonte jusqu'à son adolescence. Conversation au présent avec un artiste qui veut durer.

Avec des immortelles comme Sa jeunesse, Le temps, Hier encore, La bohème et Non, je n’ai rien oublié, Charles Aznavour est devenu le maître du temps passé et du temps qui file. Dumas a utilisé le thème du temps à profusion lui aussi, quoique plus souvent au présent.

Trois disques, Le cours des jours (2003), Fixer le temps (2006) et L’heure et l’endroit (2012), ont des références directes à la temporalité, sans compter les autres chansons (Avant l’aube, Au gré des saisons, Lentement la nuit, Un jour sur terre) comprises sur ces disques et d’autres albums de sa discographie. Temps, heure, aube, nuit, jours, saisons : Dumas aime situer et dater ses errances.

Cela dit, il n’y a pas de référence directe au temps dans le titre du nouveau-né, Nos idéaux, mais plein de chansons où Dumas évoque son adolescence (1995), l’automne 2003 (référence précise dans Vertigo), la relation passée avec son père (Le déserteur de Fort Alamo), ses récentes interrogations existentielles (À l’est d’Eden) et sa famille actuelle (Bleu clair).

Discussion avec soi-même

« J’avais le goût de faire un truc très axé sur le propos et lié au moment où je suis rendu dans la vie, dit-il, attablé dans un café du boulevard Saint-Laurent. J’avais le goût de faire un truc… Je n’aime pas le terme "personnel", qui est un peu galvaudé, mais je voulais faire un album sans filtre. »

À 38 ans, j’avais le désir d’avoir une espèce de réflexion sur qui j’étais à 20 ans, ce qu’étaient nos idéaux à l’époque.

Dumas

« Je voulais qu’il y ait un semblant de discussion avec la personne que je suis aujourd’hui. À l’est d’Eden commence sur la réflexion que je me sens un peu perdu. C’est un état dans lequel je me suis vraiment senti durant une bonne partie de ma trentaine. Et je voulais aussi faire un clin d’œil aux fans qui me suivent depuis le début. C’est un thème [le temps] qui a toujours été là, mais de le traiter à 38 ans, c’est une autre affaire (rires). »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est réussi. On en apprend plus sur Dumas, l’homme, son passé et son présent, que sur n’importe lequel de ses disques précédents.

La transparence

Il n’est pas rare, à l’approche de la quarantaine et avec près de 20 ans de métier, de vouloir faire un album bilan, histoire de faire le point. Mais le fait que Dumas ne boit plus a-t-il influencé le désir de transparence de ses textes?

« En musique, en show, en tournée, [l’alcool] était très présent et j’ai décidé d’arrêter ça. C’est un truc qui me ralentissait, je pense. Et ça me ralentissait de plus en plus en vieillissant. J’ai essayé ça. Ça a commencé par le mois de février (le défi sans alcool de 2017) et, finalement, ça a continué. Ça fait un an.

« J’avais déjà eu des périodes comme ça, plus jeune, où j’avais arrêté [de boire] durant plusieurs mois, mais, évidemment, chacun son histoire. Je pense que ça affectait mon moral et la création. C’est quelque chose qui me suivait depuis longtemps. C’était toujours une espèce de combat qui était là. En tout cas, je suis plus focus, ça c’est sûr. Et avec une tournée solo en préparation, c’est une bonne chose. »

L’espace-temps

Il s’est écoulé environ quatre ans depuis la parution de Dumas (2014), un espace-temps jamais vu entre deux albums originaux pour l’artiste. Pourquoi?

« La tournée – en trio – a été plus longue que prévu. Et après, je me suis dit : "Maintenant, qu’est-ce que je fais?" J’ai pensé faire des shows en solo, comme au temps du Cours des jours, au Cabaret. Tu te souviens de ça? Mais il n’y avait pas de plan d’album. J’écrivais avec un parolier, Jonathan Harnois, et on n’avait pas de pression.

« Ça faisait un an qu’on écrivait ensemble, quand, au printemps dernier, Gus Van Go m’a écrit un courriel me disant qu’il voulait travailler avec moi. Ça faisait des années qu’on en parlait, mais il me voulait dans son studio de New York pour travailler avec ses deux partenaires de studio [Werner F et Likeminds].

« Je suis arrivé en retard d’une journée à New York (sourire), les gars ont pigé dans mes démos et on a fait la chanson Mes idéaux en une journée. C’est là que j’ai commencé à penser à un disque. Je suis retourné là-bas un mois plus tard et on a fait quatre chansons. Même ma compagnie de disques ne savait pas que j’enregistrais. Gus m’aurait écrit une semaine plus tard et j’aurais peut-être été ailleurs, ou une semaine plus tôt, et ça ne m’aurait pas tenté. »

Le chanteur Dumas prend la pose dans des escaliers de la ville pour son dernier album, <i>Nos idéaux</i>.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Après avoir réalisé son rêve d'être chanteur à seulement 23 ans, Dumas avoue s'être cherché une bonne partie de sa trentaine.

Photo : La Tribu

La facture sonore

Les claviers ont toujours fait partie du « son » de Dumas, mais rarement les guitares ont été aussi discrètes. Sur certaines chansons, on repère des effluves sonores d’Indochine, cuvée années 1980. Tendance? Renouveau? Changement de direction artistique?

« Quand je suis arrivé là-bas [à New York], il y avait déjà des guitares sur mes démos, comme pour À l’est d’Eden, mais je ne tenais pas à en rajouter. Je venais de faire trois ans de tournée en trio, qui était très beatbox, avec un vrai drum et des synthés. Toujours ma référence de LCD Soundsystem…

« Le show en trio était axé sur ça et je pense que mes démos nous amenaient déjà dans cette direction. J’avais développé ce son durant la tournée. Je ne dis pas que je n’aime plus les guitares, mais j’aime UNE guitare (sourire). À New York, ils – Werner F et Likeminds – ne me connaissaient pas. Ils ne savaient pas ce que j’avais fait avant. Tu parlais d’Indochine. À New York, Indochine, ils ne connaissent pas.

« À l’écoute des démos, ils ont sorti le clavier vintage, le beatbox… Ça s’est fait naturellement et moi, je tripais. Je me disais que j’avais un synthé, comme au temps du Cours des jours. Et je pense aussi que pour Gus, qui a réalisé beaucoup d’albums de guitare, c’était un beau trip d’explorer une autre direction musicale. »

La décennie de feu

De 2001 à 2009, Dumas a mis en marché Dumas (2001), Le cours des jours (2003), le microalbum Ferme la radio (2004), la bande sonore du film Les aimants (2004), Fixer le temps (2006) et les albums bruts Nord (2008), Rouge (2009), Demain (2009) et Au bout du monde (2009), disques préparatoires à l’album « officiel » Traces (2009). Neuf albums et un microalbum; une production colossale qui tranche avec celle des années 2010!

« Ce sont deux décennies très différentes. J’ai eu la chance de commencer jeune et j’ai eu un gros succès à partir de 23 ans… Écoute, j’ai fait 25 concerts au National à l’époque de Fixer le temps. C’était fou! Il y avait une frénésie à ce moment. Ça permet de situer le genre de décennie que j’ai eue. En y repensant, c’était fulgurant. La trentaine, ça n’a pas été la même chose, mais je ne pense pas que tu puisses répéter ça. »

La trentaine a été moins productive, mais je me cherchais. À 20 ans, je rêvais de faire ce métier-là et j’ai eu la chance que ça se passe. Je suis très fier de ce que j’ai accompli à cette époque, mais une fois que ce rêve-là était réalisé, quels étaient mes idéaux?

Dumas

« Je me suis promené, j’ai fait des disques, mais je me suis beaucoup questionné sur ce dont j’avais envie, et j’ai réalisé que mon amour profond, c’était la chanson.

« Si je n’avais pas eu toutes ces interrogations, ce disque-là n’aurait pas vu le jour. J’ai le goût de durer. Tu sais comment ça marche, dans ce milieu… Tous les bands que j’aime durent six ans! Quand j’avais 20 ans, je ne pensais pas que je pouvais être encore là à 38 ans. »


Mes idéaux, de Dumas, en vente en ligne et en format physique le 23 février

Rentrée montréalaise à la Place des Arts (Cinquième Salle), les 3, 4 et 5 mai

Rentrée québécoise au Petit Champlain, le 6 avril

Musique

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