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Une école de la dernière chance menacée de fermeture

Le Centre d'intégration scolaire, qui accueille actuellement 75 élèves, est une école dédiée à la persévérance scolaire et au développement du plein potentiel d’élèves présentant des difficultés de comportement.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le Centre d'intégration scolaire (CIS), qui reçoit les élèves ayant des troubles de comportement de la grande région de Montréal, devra peut-être mettre fin à la mission de rééducation sociale qu'il remplit depuis 50 ans, s'il n'arrive pas à se trouver un nouveau toit.

L’institution, qui est l'une des rares écoles qui se spécialisent dans ce type d'élèves, accueille actuellement 75 jeunes qui proviennent de 7 commissions scolaires. Son financement n’est assuré que par les subventions associées à chaque élève, que lui versent les commissions scolaires dont sont issus ces élèves.

Le CIS est menacé de fermeture, car les locaux qu’il occupe, dans une école du quartier Rosemont, à Montréal, appartiennent à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) qui a pris la décision de se les réapproprier.

« Je suis bien consciente que Rosemont est en boom démographique et que les écoles débordent », explique la directrice générale du CIS, Ysabelle Chouinard. « De toute façon, l'école est trop grande pour nous. »

Mme Chouinard, qui a enseigné pendant 17 ans au CIS avant d’en diriger les opérations, raconte avoir discuté avec la CSDM d’un éventuel échange de locaux, afin de trouver une façon de maintenir leur partenariat.

Ysabelle Chouinard

Ysabelle Chouinard

Photo : Radio-Canada

Ça ne semble pas fonctionner. Ils ont besoin de toutes leurs écoles, donc ils nous mettent dehors en juin 2019.

Ysabelle Chouinard, directrice générale du CIS

Une possible cohabitation avec une autre école n’est malheureusement pas une option envisageable pour le CIS. « Nos élèves peuvent être complètement désorganisés, en crise, ça peut frapper, ça fait du bruit, ça crie; donc, c'est difficile de penser à une cohabitation. Pour qu’on arrive à survivre, ce n’est pas compliqué, il nous faut des locaux », poursuit Ysabelle Chouinard.

Et pour mettre la main sur de nouveaux locaux, il faut de l’argent, que l’institution, avec son mince financement, n’a pas.

« On a deux projets qui nous intéressent, deux projets que j’ai déjà présentés au ministre [de l’éducation] : un sur le campus du Cégep Marie-Victorin et un autre projet privé, où on achèterait une bâtisse », détaille la directrice.

Elle ajoute que pour survivre, l’institution devra nécessairement aller de l’avant avec l’une ou l’autre de ces options, car « visiblement, on ne peut plus juste louer des locaux à la CSDM ».

Le hic, c’est qu’il manque au CIS l'argent pour la mise de fonds sur l’édifice qu’il convoite, dans l’est de Montréal. « On n’arrive pas à avoir de financement des banques, explique Mme Chouinard. On demande au ministère de nous accorder au moins le montant pour la mise de fonds. »

Mission : rééducation

Les élèves qui fréquentent le CIS suivent des cours allant du deuxième cycle du primaire jusqu’au 3e secondaire.

Quand ils arrivent, ces élèves sont « rarement disponibles pour les apprentissages », explique la directrice. « Il y a beaucoup, beaucoup de travail à faire pour leur redonner confiance en eux, confiance dans le système d’éducation, car ils se sont fait expulser de nombreuses écoles », dit Mme Chouinard.

Une pancarte où on peut lire : « Bienvenue au CIS ».

Au CIS, les programmes d'enseignement sont ceux du ministère de l'Éducation, mais ils sont dispensés en tandem par un enseignant et un éducateur spécialisé.

Photo : Radio-Canada

Dans chaque groupe du primaire, par exemple, on compte un professeur qui s’occupe de couvrir la matière scolaire ainsi qu’un éducateur spécialisé qui gère le côté émotif des élèves.

Marie-Audrey Cyr, qui enseigne au CIS depuis 14 ans et qui a enseigné autant au primaire qu’au secondaire, connaît bien les rouages de l’institution. « Quand les commissions scolaires sont arrivées à bout de ces élèves-là, on est une des ressources disponibles pour les aider à cheminer », raconte-t-elle.

« Ce sont des enfants en trouble de conduite et en trouble de comportement. Chaque jour, on ne sait jamais ce que l’enfant a vécu la veille ou s’il y a un problème d’émotion ou quoi que ce soit. Il y a des journées où on arrive à passer la matière, d’autres où on fait plus d’interventions. Chaque journée est très différente. »

Elle ne s’en cache pas, chaque jour est un défi. Et elle insiste : il est important d’aimer ce type d’enfant, d’être patient avec eux.

Marie-Audrey Cyr

Marie-Audrey Cyr

Photo : Radio-Canada

Je souhaite qu’on poursuive nos activités, car on est vraiment une école aidante pour eux, on aide les élèves qui n’ont aucune ressource après nous.

Marie-Audrey Cyr, enseignante au CIS depuis 14 ans

Son collègue Luc Fugère, éducateur spécialisé au primaire au CIS depuis 27 ans, a quant à lui remarqué un changement chez les élèves que le CIS accueille depuis ses débuts.

« Avant, on avait plus des p’tits bums à qui il fallait offrir un encadrement », dit-il.

L'éducateur spécialisé raconte comment il doit maintenant davantage travailler sur le côté émotif des jeunes .

Luc Fugère

Luc Fugère

Photo : Radio-Canada

« Je trouve que le mal de vivre, l'émotif prend beaucoup de place dans leur vie. Il faut prendre cette émotivité-là et essayer qu'ils apprennent à dealer avec pour en faire des adolescents et des adultes responsables et agréables. Ils ont beau avoir 7, 8 10 ou 12 ans, le mal de vivre à cet âge, je trouve ça triste. »

Une ancienne élève à la rescousse

Hyperactive, Stéphanie Bossé, 29 ans, manifestait rapidement son ennui à l'école secondaire.

Elle est arrivée au CIS, en 2004, après avoir été renvoyée de deux Commissions scolaires différentes pour la même raison : elle transformait son surplus d’énergie en agressivité.

L’institution a été le dernier recours de Stéphanie. Aujourd'hui, celle qui termine un bac en communications veut sauver « son » école.

Ysabelle Chouinard, directrice du CIS, est enlacée par son ancienne élève, Stéphanie Bossé.

Ysabelle Chouinard, directrice du CIS, est enlacée par son ancienne élève, Stéphanie Bossé.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

« C’est une des rares écoles qui se spécialisent dans ce type d’élèves et elle est menacée de fermeture. Ne rien faire et laisser plus de 70 jeunes avec des troubles de comportement dans la rue, sans l'encadrement dont ils ont besoin, c’est vraiment inacceptable. On demande au ministre de répondre à nos demandes », lance-t-elle.

Elle a d’ailleurs écrit une lettre au ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, que des élèves ont aussi signée. Un appel qui semble avoir été entendu.

« J’ai un préjugé favorable à maintenir des services éducatifs, notamment quand ce sont des services de dernière chance », assure Sébastien Proulx. Le ministre insiste cependant pour dire qu’il ne va pas « déshabiller des gens pour en habiller d'autres ».

« C'est une école qui a un statut particulier, par ailleurs », conclut-il.

Pendant ce temps, le CIS n’a toujours pas trouvé de nouveau toit. Et l’heure de l'expulsion approche.

Avec des informations d'Anne-Louise Despatie

Grand Montréal

Éducation