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Jeffrey Amherst et les Autochtones : un parc renommé à l'Île-du-Prince-Édouard

Lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : CBC

Radio-Canada

Un parc national à l'Île-du-Prince-Édouard qui porte le nom du controversé général Jeffrey Amherst est renommé pour que sa désignation représente l'histoire des Micmacs, en plus de celles des Français, des Acadiens et des Anglais.

Le parc Port-la-Joye–Fort-Amherst, près de Charlottetown, porte maintenant le nom de lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst.

Le nom micmac Skmaqn (qui se prononce Ska-MAA-kine) signifie « le lieu d'attente ». Au 18e siècle, les dirigeants micmacs et français s’y réunissaient chaque année pour renouveler leur alliance militaire.

Le legs du général anglais Jeffrey Amherst est controversé. Sa correspondance démontre un complot pour mener une guerre bactériologique contre les Autochtones par le moyen de couvertures infectées du virus de la variole.

L’histoire entière, bonne et mauvaise

Matilda Ramjattan, chef de la Première Nation de Lennox Island, à l’Île-du-Prince-Édouard, se réjouit de ce changement qui était réclamé depuis longtemps.

Matilda Ramjattan, chef de la Première Nation micmaque de Lennox Island.

Matilda Ramjattan, cheffe de la Première Nation micmaque de Lennox Island.

Photo : Radio-Canada / Pat Martel

La nouvelle dénomination, croit-elle, est une occasion d’en apprendre plus sur l’histoire. « Skmaqn, le lieu d'attente, amène la question pourquoi Skmaqn? Pourquoi ce nom? Alors les gens vont commencer à penser à l’histoire [du lieu], qui attendaient-ils? » dit Mme Ramjattan.

« Nous voulons nous assurer que notre histoire entière est racontée, la bonne, la mauvaise et la hideuse », explique-t-elle.

John Joe Sark

Keptin John Joe Sark.

Photo : CBC / Randy McAndrew

Keptin (Capitaine) John Joe Sark, un aîné micmac qui demande depuis des années que l’on retire le nom de Jeffrey Amherst du lieu historique national, n’était pas enchanté de la décision du gouvernement de conserver le nom du général anglais.

« C’est une insulte et une honte d’avoir un nom micmac qui côtoie celui du général Amherst, car le but du général était d’exterminer les peuples autochtones », dit-il.

La chef Ramjattan rejette cette idée. Elle ne voulait pas le retrait du nom d’Amherst, afin que l’histoire complète soit apprise et retenue.

« Je n’aime pas un endroit qui s’appelle "Fort Amherst" uniquement, mais je ne veux pas que l’on perde une partie de l’histoire, car si l’on efface cette partie de l’histoire, on pourrait se condamner à la répéter, et ce n’est pas ce que je veux », dit Mme Ramjattan.

L'an dernier, une porte-parole de Parcs Canada avait indiqué que l'endroit ne commémore pas et ne célèbre pas les actions du général Jeffrey Amherst. La porte-parole Audrey Champagne justifie la décision de conserver le nom Amherst par le lien qui associe le lieu au siège du gouvernement britannique au milieu du 18e siècle.

Qui était le général Jeffrey Amherst?

Étampe représentant le général Amherst

Le général Jeffery Amherst, gouverneur général et commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord de 1758 à 1764

Photo : Bibliothèque et Archives Canada / Joshua Reynolds

Après une éclosion de variole à Fort Pitt (aujourd’hui Pittsburgh, aux États-Unis), le général Amherst suggère de donner aux Autochtones des couvertures infectées par le virus, afin de leur transmettre la maladie mortelle.

Il suggère dans sa correspondance au colonel Henri Bousquet, un mercenaire suisse de l’armée britannique, d’« envoyer la variole aux tribus d’Indiens mécontents ». Il écrit : « Nous devons en cette occasion utiliser tous les stratagèmes en notre pouvoir pour les réduire [en nombre] ».

Dans une autre missive à Bousquet, Amherst écrit en 1763 : « Vous feriez bien d’essayer d’inoculer les Indiens au moyen de couvertures, ainsi que d’essayer toute autre méthode qui pourrait servir à éradiquer cette race exécrable. Je serais très heureux que votre idée de les prendre en chasse avec des chiens puisse être appliquée, mais l’Angleterre est trop loin pour envisager cela. »

De nombreuses villes portent le nom d’Amherst en Amérique du Nord, dont une en Nouvelle-Écosse, ainsi que des établissements d’enseignement prestigieux comme Amherst College, au Massachusetts.

En 2017, la Ville de Montréal a annoncé que la rue Amherst changerait de nom, ce qui avait été suggéré à plusieurs reprises au cours de la décennie précédente.

Traitement des Autochtones et déportation des Acadiens

Catherine McKenna, la ministre fédérale qui est responsable de Parcs Canada, souligne que la décision de modifier le nom du lieu historique est faite « dans un esprit de réconciliation » et avec l’appui de la Confédération des Mi'kmaq de l'Île-du-Prince-Édouard.

« À ce lieu, nous pouvons en apprendre sur les expériences vécues des Mi'kmaq, des Acadiens, des Français et des Britanniques, y compris les pages sombres de l'histoire du Canada telles que le traitement des peuples autochtones et la déportation des Acadiens », a indiqué la ministre.

Monument rappelant la déportation des Acadiens, au parc national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Monument rappelant la déportation des Acadiens, au parc national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Getty Images / brytta

Les Micmacs ont « beaucoup de mérite » dans l’adoption d’un compromis à ce sujet, souligne Harry Holman, de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Il dit que le nom que porte maintenant le site Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst a « une grande signification » à la fois pour les Autochtones et les Acadiens.

« Nous croyons que c’est un pas en avant majeur en matière de réconciliation », estime M. Holman.

La Commission passe en revue les sites historiques à travers le pays pour voir si leur nom ou l’affichage qui est proposé aux visiteurs reflète équitablement l’histoire.

Avec les informations de La Presse canadienne et CBC

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