•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les itinérants autochtones encore moins intégrés que les autres, selon une étude

Adrienne Campbell, directrice de Projets autochtones du Québec, et Tealey Kasennisaks Normandin, du Foyer pour femmes autochtones de Montréal
Adrienne Campbell (gauche), directrice de Projets autochtones du Québec, et Tealey Kasennisaks Normandin, du Foyer pour femmes autochtones de Montréal Photo: Radio-Canada / Laurence Niosi
Radio-Canada

Surreprésentés dans la population de sans-abri de Montréal, les Autochtones se trouvent trop souvent en situation d'itinérance chronique. C'est ce qui ressort d'une nouvelle étude commandée par le Réseau pour la stratégie de la communauté autochtone de Montréal, qui recommande la création de services et de logements culturellement adaptés pour cette population.

Un texte de Laurence Niosi

L’étude dévoilée vendredi, qui dresse un portrait de l’itinérance autochtone à Montréal, note une « proportion importante d’individus qui se trouvent dans des situations résidentielles précaires, qui n’occupent pas d’emplois rémunérés et qui déclarent de faibles revenus ». Plus de deux tiers des répondants ont déclaré gagner moins de 750 $ par mois.

Le professeur de l’Université McGill Eric Latimer, qui a dirigé l’étude, a ciblé 134 membres des Premières Nations et Inuits qui fréquentent des organismes communautaires de Montréal, et leur a demandé de répondre à un questionnaire.

Entre 40 et 55 % des répondants ont déclaré habiter à Montréal depuis au moins 10 ans. Plus de 85 % des femmes des Premières Nations y résidaient depuis au moins cinq ans.

« Ce qui est frappant c’est le nombre d’années qu’un Autochtone peut passer à Montréal et être déconnecté en termes de revenu, d’accès aux services, au logement », a souligné Adrienne Campbell, directrice de Projets autochtones du Québec. L'organisme, qui héberge des sans-abri autochtones au centre-ville de Montréal, fait partie du sous-comité de travail sur l'itinérance du Réseau.

« Ça ne devrait pas arriver. [Au sein de] notre population autochtone en situation d’itinérance, la plupart sont dans une situation d’itinérance chronique ou épisodique, alors que [dans] la population itinérante non autochtone, c’est l’inverse. Très peu est chronique. Souvent ce sont des personnes qui ont vécu une situation de crise dans leur vie », a-t-elle ajouté.

Environ 10 % des 3000 personnes sans domicile fixe sont autochtones, alors que les Autochtones représentent 0,6 % de la population de Montréal. Parmi ces 10 %, environ 40 % sont des Inuits.

L’étude constate que les Inuits, plus pauvres, plus vulnérables et moins susceptibles d’avoir leur propre logement, sont moins intégrés à la société que les membres des Premières Nations, et ont moins de contact avec le réseau de services publics.

« L’itinérance inuite est un phénomène relativement récent et qui se concentre à Yellowknife, Ottawa et Montréal », souligne le professeur Latimer.

Plusieurs itinérants inuits arrivent à Montréal pour recevoir des soins de santé, ou bien pour purger une peine de prison. « [Ce sont ces] mécanismes qui font qu’il y a un flux de personnes qui arrivent ici. Et ce n’est pas facile d'y retourner, car les billets sont très chers », ajoute le chercheur.

Des logements adaptés

Une grande partie des répondants ont par ailleurs manifesté le souhait de vivre soit dans un logement avec subvention au loyer, soit dans un logement réservé aux Autochtones, avec des services culturellement adaptés.

Les chercheurs ont constaté que beaucoup de répondants souhaitaient avoir accès à des services culturellement adaptés. Par exemple, environ 85 % des femmes des Premières Nations voulaient avoir accès à des services de guérison spirituelle, et 71 % d’entre elles (73 % des hommes inuits) ont indiqué qu’elles désiraient des services de soutien par des pairs autochtones.

Le Réseau pour la stratégie urbaine de la Communauté autochtone de Montréal y est allé d’une série de recommandations. Parmi celles-ci :

  • financer des projets de logements abordables spécifiques aux Autochtones;
  • financer des ressources thérapeutiques culturellement appropriées;
  • inclure des perspectives d’Autochtones dans des situations précaires pour le développement de programmes les concernant.

Adrienne Campbell estime qu’il faudrait accueillir les Autochtones en ville au même titre que les immigrants. « On a des programmes pour les personnes immigrantes, mais on oublie les Autochtones, qui deviennent marginalisés rapidement quand ils arrivent à Montréal. [...] Les Autochtones, on les déracine et on ne les accueille plus », souligne-t-elle.

Nations métisses et autochtones

Société